Rattrapage scolaire: Québec injecte 20 millions $ pour l’embauche d’enseignants

QUÉBEC — Les élèves devraient pouvoir rattraper le temps perdu au printemps, en raison de la pandémie, grâce à l’ajout prochain de ressources en classe.

C’est du moins ce qu’espère le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, qui a débloqué 20 millions $, lundi, une somme destinée à l’embauche temporaire de quelque 350 enseignants et professionnels, tels que des orthophonistes, qui seront chargés d’aider les jeunes à rattraper le retard scolaire pris de mars à juin, durant l’année scolaire précédente.

Il s’agit d’une aide ponctuelle, uniquement pour l’année scolaire qui débute bientôt.

Les élèves du primaire et du secondaire éprouvant des difficultés d’apprentissage seront également visés par cette mesure, qui pourra entrer en vigueur, en principe, dès la rentrée, dans quelques semaines.

Ce sont les équipes-écoles qui devront identifier les besoins de ressources additionnelles pour leur établissement. 

Le ministre Roberge a qualifié l’annonce de «filet de sécurité», qui vient former «un tout cohérent» de soutien pédagogique aux jeunes avec d’autres mesures rendues publiques précédemment.

Si on compare septembre 2019 à septembre 2020, Québec aura injecté 100 millions $ de plus dans l’aide accrue aux élèves, a calculé le ministre.

La tâche des professionnels supplémentaires (à temps plein ou à temps partiel) consistera à se concentrer sur la récupération, l’aide aux devoirs et, en général, le rattrapage à effectuer en termes de contenu.

M. Roberge s’est dit confiant de trouver le personnel requis, même en cette période de pénurie de main-d’oeuvre dans les métiers reliés à l’éducation.    

En procédant à cette annonce, en conférence de presse dans le gymnase d’une école de la région de Québec, le ministre Roberge était surtout fier d’indiquer que le réseau scolaire se verrait soulagé d’une contrainte administrative: il ne lui sera plus nécessaire de remplir des tonnes de paperasse pour s’assurer d’obtenir les budgets requis destinés cette année aux élèves handicapés et à ceux ayant des troubles d’apprentissage. Le ministère a choisi de renouveler pour deux ans, et sans poser de questions, tous les budgets versés l’an dernier pour ce type de services aux élèves, une demande formulée par le milieu depuis longtemps.

Ainsi, le ministre calcule que plus d’un demi-million d’heures de services supplémentaires seront libérées pour assurer un soutien direct accru aux élèves en difficulté. «Cela va faire une très grande différence», assure le ministre.

La semaine dernière, il avait énuméré les mesures sanitaires qui devraient être prises à la rentrée scolaire, incluant le port du masque obligatoire dans les aires communes de l’école, mais pas en classe. 

Par ailleurs, une campagne publicitaire destinée aux parents sera déployée  dans divers médias (radio, télévision et réseaux sociaux) et portera sur divers thèmes, dont les mesures sanitaires à l’école et la prévention du décrochage scolaire, une initiative à laquelle s’est associé l’expert reconnu en matière de lutte au décrochage, le psychologue Égide Royer, qui s’est dit inquiet devant la possibilité que des adolescents profitent de la situation particulière créée par la pandémie pour renoncer à retourner en classe.

En mêlée de presse, M. Royer a rappelé que le Québec affichait un des taux de diplomation des élèves en difficulté parmi «les plus bas en Amérique du Nord», à 38 %.

Il s’est dit préoccupé par les taux de décrochage scolaire (17 % chez les garçons, 11 % chez les filles) en général au Québec, d’où sa crainte de voir davantage de jeunes laisser tomber l’école en septembre.

M. Royer a réaffirmé que la fréquentation scolaire devrait être obligatoire jusqu’à 18 ans, au lieu de 16 ans, selon lui.

L’annonce des nouvelles mesures, lundi, a été en général bien accueillie par le milieu de l’éducation, mais un peu moins par les syndicats et les partis d’opposition.

Les regroupements de directions d’établissements d’enseignement ont bien reçu l’annonce. L’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE), l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES) et  la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE) ont salué l’initiative, y décelant une plus grande marge de manoeuvre pour les équipes de direction.

La présidente de l’Asociation des orthopédagogues du Québec, Isabelle Gadbois, s’est montrée très satisfaite. «On est vraiment très, très contents», a-t-elle dit, ajoutant que ces mesures étaient attendues depuis longtemps et qu’elles permettront une plus grande efficacité sur le terrain.

Du côté syndical, la CSQ a estimé que l’ajout de 20 millions $ pour tout le réseau était «loin d’être suffisant pour répondre aux immenses besoins du terrain, en plus d’être non récurrent», a fait valoir sa présidente, Sonia Éthier.

Cela donne 6000 $ par établissement scolaire pour toute l’année, «un montant dérisoire», selon elle.

La porte-parole péquiste en éducation, la députée Véronique Hivon, partage cet avis. Elle s’est interrogée à savoir comment le ministre en était arrivé à fixer le montant de 20 millions $, qui semble «tiré d’un chapeau», et sans qu’on sache à quelle proportion des besoins réels il correspondait. 

Même son de cloche de la part de la  porte-parole solidaire en éducation, la députée Christine Labrie, peu impressionnée par une annonce de postes «précaires» et de mesures «temporaires». Elle réclame du ministre de fixer un «seuil minimal de services aux élèves» à offrir.

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