Rébellion du Nord-Ouest: le chef cri Poundmaker est innocenté à titre posthume

CUT KNIFE, Sask. — Le premier ministre Justin Trudeau a innocenté à titre posthume, jeudi, un chef cri de la Saskatchewan qui avait été condamné pour trahison il y a plus de 130 ans, à l’issue de la rébellion du Nord-Ouest de 1885.

L’exonération du chef Poundmaker a été prononcée par le premier ministre dans la réserve même qui porte aujourd’hui son nom, à environ 200 kilomètres au nord-ouest de Saskatoon.

«Aujourd’hui, notre gouvernement reconnaît que le chef Poundmaker était un artisan de paix qui n’a jamais cessé de lutter pour la paix, a indiqué M. Trudeau dans une allocution solennelle. Un dirigeant qui, à maintes reprises, a cherché à empêcher d’autres pertes au cours du conflit qui s’aggravait dans les Prairies.

«Le gouvernement du Canada reconnaît que le chef Poundmaker n’était pas un criminel, mais bien un homme qui a travaillé sans relâche à assurer la survie de son peuple et à faire en sorte que la Couronne respecte ses responsabilités aux termes du Traité No 6, a poursuivi le premier ministre. Nous reconnaissons que la condamnation et l’emprisonnement injustes du chef Poundmaker ont eu de profondes répercussions sur la nation crie Poundmaker, qui en ressent encore les conséquences.

«Je suis ici aujourd’hui au nom du gouvernement du Canada pour déclarer sans réserve que le chef Poundmaker est entièrement innocenté de tout crime ou méfait», a indiqué M. Trudeau.

Le chef Poundmaker est considéré comme un leader politique important dans l’histoire canadienne. Il a notamment dénoncé les promesses non tenues du «Traité numéro 6» et défendu son peuple lors de la «rébellion du Nord-Ouest» de 1885, causée par les tensions entre le gouvernement canadien, les Métis, les Premières Nations et les colons.

Le chef cri a été alors qualifié de traître par le gouvernement canadien, alors même qu’il était reconnu comme un artisan de la paix et qu’il avait empêché les combattants autochtones de pourchasser, après leur repli, les forces fédérales qui les avaient attaqués. Le chef Poundmaker a été jugé pour trahison à Regina et condamné à trois ans de prison. Emprisonné au pénitencier de Stony Mountain, au Manitoba, il a finalement été libéré pour des ennuis de santé et il est mort en 1886.

Le soulèvement contre le jeune gouvernement canadien avait surtout été mené par les Métis et leurs alliés des Premières Nations dans ce qui est aujourd’hui la Saskatchewan et l’Alberta. Au dénouement de la rébellion, plusieurs peines avaient été prononcées: le chef métis Louis Riel a notamment été condamné à la peine de mort et il a été pendu à Regina en novembre 1885.

Le premier ministre de l’époque, John A. Macdonald, avait refusé que sa peine soit commuée — «il sera pendu, même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur». En 2002, un projet de loi prévoyant notamment l’annulation de la condamnation de Louis Riel pour haute trahison avait été soumis à la Chambre des communes, mais l’ancien leader métis n’a jamais été innocenté.