Relations Ottawa-Washington: signe d’un retour à la normale, selon des experts

OTTAWA — Le ministre des Affaires étrangères du Canada aura de nouveau la responsabilité de gérer la relation avec les États-Unis. Signe d’un retour à la normale avec le départ de Donald Trump? Oui, selon des experts consultés par La Presse Canadienne. 

Depuis les quatre dernières années, la responsabilité d’apaiser les tensions avec Washington incombait surtout à Chrystia Freeland. Ce n’est que lorsqu’elle est devenue ministre des Finances, en août dernier, que d’autres ministres du gouvernement sont venus l’épauler dans les dossiers touchant les États-Unis. 

Mardi, jour de remaniement ministériel, Marc Garneau a déclaré qu’il allait être responsable de ces dossiers en tant que nouveau chef de la diplomatie canadienne. 

«Bien sûr, la vice-première ministre est interpellée par beaucoup de dossiers, mais en tant que ministre des Affaires étrangères, je vais certainement travailler sur le dossier entre le Canada et les États-Unis. (…) C’est la relation bilatérale la plus importante entre deux pays», a-t-il dit lors d’une conférence de presse, après avoir été assermenté. 

En coulisses, on fait valoir que Mme Freeland continuera d’être impliquée, en raison des liens qu’elle entretient avec ses homologues américains. 

N’empêche, ce changement témoigne d’une impression, à Ottawa, d’un certain «retour à la normale» avec Washington à quelques jours de l’inauguration du nouveau président, selon Frédérick Gagnon, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand et directeur de l’Observatoire sur les États-Unis.

«Le fait que (Joe) Biden arrive à la Maison-Blanche, le fait qu’on assistera probablement à une plus grande prévisibilité, moins de crises diplomatiques qui peuvent exploser à tout moment, ça permet peut-être à M. Trudeau de dire: on peut maintenant confier ce dossier-là à quelqu’un d’autre», analyse-t-il. 

«Est-ce que c’est un retour à la normale? Oui, parce qu’avec M. Trump, c’était hors normes. (…) Il n’y aura plus cette folie qu’il y avait depuis quatre ans en matière de relations internationales et on n’a plus besoin d’une Chrystia Freeland à ce poste-là. Nos gros canons, on peut les mettre ailleurs. Ce n’est plus l’urgence», renchérit Geneviève Tellier, professeure titulaire de l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

Ce n’était pas la première fois que le gouvernement fédéral décidait de séparer les relations canado-américaines du mandat du ministre des Affaires étrangères. La dernière fois, c’était à l’époque de Brian Mulroney, au moment de négocier le premier accord de libre-échange nord-américain. 

«C’est un peu étrange, mais ce n’est pas inhabituel. Les relations canado-américaines sont considérées parfois, par certains gouvernements, comme tellement importantes qu’on laisse le ministre des Affaires étrangères s’occuper de tout le reste», explique Stéphane Roussel, professeur en relations internationales à l’ENAP.

La future administration Biden apportera tout de même son lot de défis pour le gouvernement Trudeau. 

M. Gagnon prévient que la menace protectionniste aux États-Unis est toujours bien présente après quatre ans de Donald Trump. Les démocrates ont promis des mesures «Buy American» dans leur plan de relance économique post-pandémie. 

«Donc cette insécurité économique, je pense, aux États-Unis, va être un défi pour Ottawa même si, évidemment, les relations personnelles entre l’équipe de M. Trudeau et le nouveau gouvernement américain risquent d’être beaucoup plus cordiales», dit-il en conclusion. 

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