La CAQ veut un REM plus long: prudence de la Caisse, réticence de Couillard

QUÉBEC — L’engagement de la Coalition avenir Québec (CAQ) de prolonger le Réseau express métropolitain (REM) en Montérégie si elle forme le prochain gouvernement en octobre pourrait rencontrer des obstacles: la Caisse de dépôt et placement du Québec, maître d’oeuvre du projet, affirme que ce n’est pas dans ses cartons, tandis que le premier ministre Philippe Couillard prédit des complications.

La Presse canadienne a appris jeudi qu’un gouvernement Legault prolongerait de Brossard jusqu’à Chambly le tracé du train léger de la Caisse et lui demanderait même d’étudier un prolongement qui irait jusqu’à Boucherville, dans le corridor de l’autoroute 30.

Au cours d’une mêlée de presse à Saint-Jean-sur-Richelieu, le premier ministre Philippe Couillard n’a pas manqué de commenter l’engagement de ses adversaires caquistes pour cette région qui sera chaudement disputée par les grands partis au cours de la campagne électorale de septembre.

«Renégocier une nouvelle entente»

Il a affirmé que «c’est un projet possible, mais cela n’arrivera pas demain». Il a rappelé que les ententes sur le REM avec la Caisse ne comportent pas de dispositions prévoyant ces nouvelles phases éventuelles. Donc, il faudrait reprendre des pourparlers.

«Il faudrait renégocier une nouvelle entente, alors qu’ils (les gens de la Caisse) sont en train de bâtir le premier élément», a fait valoir M. Couillard.

De son côté, la Caisse laisse entendre que le plan de la CAQ n’est pas dans son radar actuellement. Dans un échange de courriels, le directeur des relations médias de CDPQ-Infra, Jean-Vincent Lacroix, a indiqué que la Caisse se «concentre sur la réalisation du tracé actuel».

«Pas analysé à ce jour»

Quant à savoir si elle a échafaudé des scénarios de prolongement de son réseau en Montérégie ou avait étudié la question de quelque façon que ce soit, le porte-parole a dit que «cela n’a pas été analysé à ce jour».

CDPQ-Infra a également refusé de se prononcer sur la faisabilité de cet engagement et a refusé même d’indiquer comment elle accueillerait une telle demande du gouvernement.

M. Lacroix a tenu à «rappeler que la Caisse ne s’immisce pas dans les débats de nature politique».

La CAQ avait indiqué avoir consulté de nombreux groupes qui ont demandé à ce que les échanges demeurent confidentiels, sans toutefois vouloir préciser si la Caisse avait exigé de même ou avait été approchée.

De même, «la Caisse ne commente jamais les rencontres qu’elle pourrait avoir ou ne pourrait avoir», a écrit M. Lacroix.

Axe Brossard-Chambly

D’un coût projeté de près de 7 milliards $, le REM actuel doit s’étendre sur 67 kilomètres et dans sa portion montérégienne, il est censé s’arrêter à un terminal à Brossard, non loin du carrefour des autoroutes 10 et 30.

Un gouvernement caquiste exigerait une extension d’une vingtaine de kilomètres jusqu’à Chambly, qui est incidemment une circonscription détenue par la CAQ. Mais une source du parti a assuré qu’il ne s’agit pas d’un calcul électoraliste, mais bien d’une volonté de décongestionner le croisement des autoroutes 10 et 30, déjà fort achalandé.

Cette source a d’ailleurs rappelé qu’à l’origine, c’est à la demande du gouvernement que la Caisse de dépôt a planifié puis mis en branle le projet du REM, dont le chantier s’est amorcé le 27 avril. Ainsi, un éventuel gouvernement caquiste pourrait très bien demander directement à CDPQ-Infra d’étendre le circuit déjà prévu, en lui garantissant le financement pour la construction et pour l’exploitation.

Axe Brossard-Boucherville

Un cabinet Legault mandaterait aussi la Caisse pour réaliser des études sur une autre antenne du REM qui couvrirait la Montérégie d’ouest en est, de Brossard à Boucherville/Sainte-Julie, en longeant l’autoroute 30.

Cette portion ferait elle aussi plus d’une vingtaine de kilomètres et permettrait de soulager l’autoroute 30. Les intersections avec l’autoroute 20 et la route 116 pourraient notamment comporter des stations.

Enfin, dans un souci d’intégrer les différents réseaux de transport, la CAQ soumettrait aussi un autre scénario, soit de raccorder le REM avec un autre train léger, par l’emprise du boulevard Taschereau, à la station Longueuil-Université de Sherbrooke, le terminus de la ligne jaune du métro de Montréal.

Ce raccord représente seulement 7 kilomètres et est plus simple à concrétiser qu’un prolongement de la ligne de métro, a argué notre source caquiste.

Montage financier

La CAQ n’a pas voulu dévoiler le montage financier et le calendrier précis de son projet, mais assure que le plan est «réaliste». 

Le coût du REM actuel avoisine donc les 7 milliards $ pour 67 kilomètres, soit environ 105 millions $ du kilomètre, donc une simple extrapolation pour une quarantaine de kilomètres supplémentaires permet d’estimer une facture de plus de 4 milliards $. La formation de François Legault soutient toutefois que le coût serait inférieur à 4 milliards $.

Québec, Ottawa et Hydro-Québec ont déjà fourni un peu plus de la moitié des 7 milliards $ pour le REM de la Caisse, qui demeure cependant un réseau entièrement privé.

Un gouvernement caquiste pourrait donc avoir à allonger quelques centaines de millions de dollars supplémentaires pour la réalisation de son plan et réclamerait aussi la participation du fédéral. 

Quant à l’exploitation, la Caisse a obtenu le versement par les pouvoirs publics d’un tarif de 0,72 $ du passager-kilomètre pour garantir son profit de 8 pour cent, et le gouvernement actuel s’est déjà engagé à raison de 240 millions $ par an pour y arriver.

Le tracé actuel du REM comprend une grande ligne allant de la couronne nord (Deux-Montagnes) à la Montérégie (Brossard) en passant par l’île de Montréal, ainsi que deux segments vers l’ouest de l’île, pour un total de 26 stations.

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