Remise en question forcée pour plusieurs musiciens du métro et artistes de la rue

MONTRÉAL — Depuis le début de la pandémie, les temps sont difficiles pour les musiciens du métro et les artistes de la rue à Montréal. Privés de leurs plus grandes scènes, plusieurs d’entre eux songent désormais à changer de profession.

«Comme beaucoup d’entre nous, je suis en train de me demander si je vais continuer à être musicien», confie Claude Gélineau, un violoniste qui compte plus de 30 ans d’expérience.

En plus de jouer dans le métro, M. Gélineau vit de sa musique grâce à plusieurs contrats dénichés en solo ou avec son trio dans des mariages, des écoles, des résidences pour personnes âgées et dans divers évènements privés. Il donnait aussi des cours de violon dans une école d’Outremont, et il lui arrivait de participer à des concerts avec différents orchestres et des chorales.

Cependant, tout s’est arrêté en mars dernier.

«À partir de ce moment-là, il n’y avait plus rien; tout était annulé, rappelle-t-il. Et quand le spectacle est annulé, tu ne reçois pas ta paye.»

Après avoir perdu ses différents contrats, M. Gélineau n’avait plus beaucoup d’options devant lui. Jouer dans le métro? Interdit. Jouer dans les rues? Interdit aussi. Et de toute manière, tous ces endroits étaient déserts.

«Alors je restais chez moi, comme tout le monde», raconte-t-il.

Pour continuer à payer son loyer et à couvrir ses dépenses, le diplômé à la maîtrise en interprétation de l’Université de Montréal s’est tourné vers la Prestation canadienne d’urgence (PCU), qui lui permettait d’obtenir 2000 $ par mois.

Après un printemps difficile, une certaine lueur d’espoir s’est présentée cet été pour les artistes de la rue, lorsque l’arrondissement de Ville-Marie a donné la permission à ceux qui détenaient un permis de recommencer à jouer dans le Vieux-Montréal.

En temps normal, ce secteur est d’ailleurs «le plus payant», selon M. Gélineau, mais le contexte particulier de 2020 a aussi eu un impact sur les dons des passants.

«Il y avait moins de monde et moins de touristes, donc c’est certain que ça paraissait dans le montant que je récoltais.»

Les musiciens ont pu jouer dans le Vieux-Montréal de juillet à octobre, mais l’arrondissement a fermé son système de réservation pour les emplacements pendant l’automne.

En effet, dans le Vieux-Montréal comme dans le métro, les artistes doivent réserver leur plage horaire pour jouer dans les endroits les plus populaires. Dans certains cas, une audition est même nécessaire pour avoir accès à l’emplacement.

Depuis le retour de l’automne et du temps froids de l’hiver, impossible pour M. Gélineau de continuer à jouer dehors.

«Je joue d’un instrument à cordes, donc je ne peux pas jouer dehors quand il fait froid», explique-t-il, puisque les intempéries pourraient endommager son outil de travail dispendieux.

Ne recevant plus d’aide financière du gouvernement, le violoniste doit donc se contenter des rares contrats qu’il a réussi à se dénicher pour «survivre», soit des visites sur le perron de résidences pour personnes âgées et quelques funérailles.

Une situation difficile

Au Regroupement des musiciens du métro et de la rue de Montréal, la demande pour embaucher des musiciens a chuté à vue d’œil durant la pandémie.

Sa directrice des communications, Claire Dellar, a confirmé que plus de 75 % des contrats des artistes avaient été annulés en 2020.

«La majorité de nos musiciens font carrière dans la musique et c’est le plus gros de leur gagne-pain, assure-t-elle. Dans les derniers mois, ils ont dû être bien créatifs.»

L’organisme à but non lucratif avait l’habitude d’offrir des contrats à ses musiciens dans des maisons de retraite, des centres d’achats ou des évènements spéciaux à Montréal, mais 2020 a été «très tranquille», selon Mme Dellar.

« Nous avons bien hâte que tout retourne à la normale, parce que c’est extrêmement difficile pour nos musiciens en ce moment», mentionne-t-elle. 

Remise en question

Selon ses estimations, Claude Gélineau devra se trouver un nouvel emploi d’ici deux ou trois mois si la situation ne s’améliore pas.

«La musique, en ce moment, ce n’est pas assez», conclut-il.

Il aimerait bien se trouver un emploi dans le domaine de l’enseignement de la musique, mais puisque sa formation universitaire est en musique et pas en enseignement, plusieurs portes se ferment devant lui.

Sur son site internet, la Société de transport de Montréal indique que les prestations musicales sont interdites «jusqu’à nouvel ordre» dans les stations de métro.

«La STM a annoncé en avril 2020 la suspension temporaire d’activités qui ne sont pas directement en lien avec la mission de la STM afin de favoriser le respect des consignes de précaution en place et de réduire les risques de propagation de la COVID-19», a précisé sa porte-parole, Amélie Régis.

Elle a ajouté que «ces consignes sont évidemment toujours en place en raison de la deuxième vague qui bat son plein».

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