Turbines de gazoduc: l’ambassadrice ukrainienne réclame une révocation de l’envoi

OTTAWA — L’ambassadrice de l’Ukraine au Canada exhorte Ottawa à annuler le renvoi de turbines en Europe pour l’approvisionnement en gaz naturel russe.

Le fait que le gouvernement Trudeau a retourné une première turbine parmi six après qu’elle eut été réparée à Montréal a déjà accru «le sentiment d’impunité de Moscou», a martelé Yuliia Kovaliv, jeudi, devant le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international.

«C’est une pente glissante», a-t-elle dit en faisant valoir que cela encouragerait le Kremlin à rechercher davantage d’exemptions aux sanctions qui lui sont imposées en raison de l’invasion russe de l’Ukraine.

Témoignant aussi devant les députés fédéraux, l’ambassadrice de l’Allemagne au Canada a paru ouverte à une annulation de l’envoi des cinq turbines restantes. «Je crois que nous allons en discuter dans un futur proche. (…) À ce stade, il y a une turbine, la Russie ne semble pas vouloir la récupérer (et) a déclaré qu’elle ne va pas la récupérer. C’est la prochaine étape à considérer», a répondu Sabine Sparwasser à une question de l’élue néo-démocrate Heather McPherson.

Questionnée sur le même sujet un peu plus tôt devant le même comité, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a évité de s’avancer sur les intentions d’Ottawa.

Par ailleurs, l’ambassadrice ukrainienne a taillé en pièces l’explication d’Ottawa voulant que sa décision a permis de démontrer le «bluff» de la Russie.

«Il n’y avait aucun besoin de lever des sanctions pour mettre en lumière le bluff du régime de Poutine. (…) Vous n’avez qu’à faire une recherche Google sur l’histoire», a-t-elle lancé.

Mme Joly a d’ailleurs répété, jeudi, l’argumentaire du bluff, faisant valoir que les alliés d’Ottawa tels que l’Allemagne, l’Union européenne et les États-Unis étaient d’accord avec la décision.

«Nous étions unanimes dans l’approche à prendre, c’est-à-dire de faire en sorte qu’on ne puisse donner aucune justification, aucun prétexte au président Poutine, a-t-elle dit. Cette idée même d’utiliser l’énergie comme une façon de faire du chantage à l’Europe était une approche (à laquelle nous voulions répondre) en commun avec nos alliés.»

À ses côtés, le ministre des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, a soutenu que la décision répondait aussi à une menace de fractures au sein des alliés avec lesquels le Canada impose des sanctions à Moscou. Il a notamment mentionné que ce risque préoccupait les États-Unis.

«Ils ont fait part de leurs inquiétudes entourant les divisions qui auraient pu miner le soutien à l’Ukraine, ce qui ne serait dans l’intérêt de personne», a-t-il affirmé.

Lorsque le député conservateur Marty Morantz a déploré un changement de discours de la part du gouvernement Trudeau, les ministres Joly et Wilkinson ont assuré que la question du «bluff» avait été discutée avec les alliés du Canada dès le début. 

«Ce n’est pas ce que vous avez dit au début juillet, quand vous avez pris la décision», a lancé le député, ajoutant qu’Ottawa s’était plutôt justifié en parlant de protection de l’économie de l’Allemagne qui dépend du gaz russe.

Un autre député conservateur siégeant au comité, James Bezan, a ajouté que l’opposition officielle n’aurait «jamais contourné notre propre régime de sanctions».

La députée néo-démocrate Heather McPherson a renchéri qu’il était inutile de démontrer le «bluff» de la Russie. «Nous savions déjà que le bluff était là et, maintenant, ce que nous avons fait est que nous avons affaibli notre régime de sanctions.»

Le bloquiste Stéphane Bergeron a aussi déploré le renvoi de la turbine. «La seule personne qui devait se bidonner littéralement à voir la situation, c’est Vladimir Poutine au Kremlin», a-t-il dit.

Les membres du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international se penchent sur la décision controversée d’Ottawa d’autoriser le retour en Europe d’une turbine utilisée dans le gazoduc Nord Stream 1, exploité par le géant russe de l’énergie Gazprom.

Le gouvernement canadien a accordé à Siemens Energy une exemption sur les sanctions contre la Russie pour l’envoi d’une turbine en Allemagne après qu’elle eut subi des réparations à Montréal. Le gazoduc Nord Stream 1 approvisionne l’Allemagne en gaz naturel russe. En tout, Siemens Energy a obtenu un permis pour importer, réparer et retourner jusqu’à six turbines pour Gazprom.

Outre l’ambassadrice de l’Ukraine au Canada, la présidente du Congrès des Ukrainiens-Canadiens, Alexandra Chyczij, a aussi exhorté le gouvernement Trudeau à revenir sur sa décision.

Tant Mme Chyczij que Mme Kovaliv ont souligné que la turbine envoyée en Allemagne dans le but d’être acheminée en Russie demeure en fait en Allemagne.

Depuis l’envoi, la Russie a aussi réduit l’approvisionnement en gaz naturel de l’Allemagne à 20%.

La Russie avait cité le retour tardif de l’équipement du gazoduc Nord Stream 1 comme raison de la réduction du flux de gaz naturel via le gazoduc qui relie l’Allemagne à la Russie.

– Avec des informations de Marie Woolf

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