Réouverture des écoles: les députés québécois déchirés

QUÉBEC — La réouverture des écoles à compter du 11 mai au Québec continue de déchirer bien des familles. Le premier ministre François Legault a déclaré lundi qu’il serait prêt à envoyer ses propres enfants à l’école (ils sont adultes maintenant), tandis que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, lui, hésiterait à le faire. La question est délicate, le choix, excessivement personnel. Deux députés ont accepté de nous expliquer pourquoi ils enverront — ou n’enverront pas — leurs enfants à l’école, après un confinement de huit semaines.

Martin Ouellet, député du Parti québécois (René-Lévesque)

M. Ouellet et sa conjointe, qui habitent Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, ont finalement décidé d’envoyer leurs enfants à l’école lundi prochain, pour «deux raisons distinctes».

Leur fille a besoin de socialiser. «Pour elle, (…) c’est extrêmement important, confie le député en entrevue. Pour son équilibre personnel, on a décidé de l’envoyer à l’école pour qu’elle puisse être avec ses amis.»

En revanche, leur garçon, plus réservé, connaît des retards d’apprentissage. Avant la pandémie, il voyait une orthophoniste. «Dans le cas de Nathan, mon petit bonhomme, pour lui c’est d’aller consolider ses acquis, pour être certain (…) qu’au final, il puisse entrer en 3e année l’année prochaine.»

L’école à la maison aurait fait son temps chez les Ouellet. «Je ne suis pas bon pédagogue, comme probablement plein de parents au Québec, affirme le leader parlementaire du PQ. Même si on fait des petits exercices, on va sur les sites web, ce n’est pas complet.»

À la maison, ajoute-t-il, les jouets et la télévision font en sorte que «c’est facile de sortir de la concentration».

M. Ouellet admet par contre se poser les mêmes questions sur le déconfinement des écoles que la plupart des parents, à savoir: «Est-ce que les classes seront assez grandes? (…) Est-ce qu’on aurait pu commencer à mi-temps? Moi, la classe de 2e année, il n’en rentre pas 15, c’est trop petit.»

Finalement, il a choisi de faire confiance aux gens sur le terrain. «J’ai confiance que le système va répondre aux besoins de mes enfants, dit-il. S’il y a des gens qui veulent suivre cet exemple-là, tant mieux. Mais d’un autre côté, je respecte ceux qui sont plus craintifs.»

La Côte-Nord figure parmi les régions les moins touchées par la COVID-19, avec un total en date de lundi de 113 cas confirmés de la maladie, comparativement à 938 pour la Capitale-Nationale et 16 606 pour Montréal.

Andrés Fontecilla, député de Québec solidaire (Laurier-Dorion)

Pour l’instant, il est toujours prévu que les écoles de la région de Montréal pourront accueillir des enfants à compter du 19 mai.

Sur les 50 États américains et les 10 provinces canadiennes, le Québec est le seul à rouvrir ses écoles dès la mi-mai, a rapporté Radio-Canada.

Pourquoi cet empressement, se demande le député montréalais Andrés Fontecilla. La décision d’envoyer son fils unique de huit ans à l’école n’est pas encore prise, mais il dit que plusieurs facteurs le poussent à refuser.

«On craint la peste, lance-t-il en entrevue. On craint que l’enfant tombe malade, même si on dit que c’est excessivement rare. Vous savez, il y a toujours un petit risque et c’est sur ce petit risque qu’on accroche.»

En outre, son garçon, qui «regarde les nouvelles», a lui-même exprimé la peur de contracter la COVID-19. S’il l’attrape, il pourrait ramener le virus à la maison, renchérit M. Fontecilla. «On est très hésitant», dit-il.

D’un autre côté, il craint pour la santé de son enfant qui a ni frère ni soeur, et qui, comme bien des jeunes, passe de longues heures devant un écran pendant que ses parents travaillent.

«Il faudrait carrément se libérer, le guider, s’asseoir avec lui, prendre du temps, l’accompagner dans l’accomplissement de ses devoirs, mais on n’a pas le temps. (…) Moi, personnellement, ça me pèse beaucoup.»

M. Fontecilla estime qu’au-delà du questionnement parental, c’est au gouvernement de prendre ses responsabilités et d’assurer le bien-être collectif en traçant une voie claire.

Cela pourrait vouloir dire repousser la réouverture des écoles à Montréal, selon lui.

M. Legault n’a jamais exclu de retarder le déconfinement des écoles dans la métropole si la situation, qu’il juge «stable» à l’heure actuelle, s’aggravait. Pour l’instant, il demande aux Québécois d’être «indulgents».

Vie privée des députés

Les députés de la Coalition avenir Québec (CAQ) et du Parti libéral du Québec (PLQ) n’ont pas donné suite aux demandes d’entrevue de La Presse canadienne.

Le 21 avril dernier, l’agence de presse faisait état d’avis très partagés au sein du caucus caquiste concernant un déconfinement hâtif du milieu scolaire.

«Il s’agit de leur vie personnelle et familiale, et nous désirons respecter leur vie privée, peu importe leur décision», a déclaré lundi l’attaché de presse de la CAQ Michel Vincent.

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