Réouverture des salles de spectacle: un nouveau souffle pour les arts vivants

MONTRÉAL — Vendredi midi, les billets pour le spectacle d’Émile Bilodeau au Café culturel de la Chasse-Galerie prévu pour la relance des activités samedi ont presque tous trouvé preneurs. Quant à la vente en ligne, elle se poursuivait tranquillement. 

«Ça a été dur pour les artistes de jouer sans public», témoigne Philippe Cyr-Pelletier, directeur général de la Chasse-Galerie.

Cette emblématique salle de Lavaltrie, dans Lanaudière, dont la programmation attire de nombreux mélomanes, a trouvé refuge dans une église depuis l’automne 2019 à la suite de l’incendie qui a ravagé l’ancienne grange qui servait de lieu de spectacle. 

L’église peut accueillir une centaine de personnes distancées au lieu des 300 spectateurs habituels. 

«Ce que je comprends de ce que mes collègues en zone orange qui ont pu rouvrir m’ont partagé, c’est que ça semble être vraiment émotif (la reprise de concerts en salle). Entendre les applaudissements, voir une foule. Il y a des artistes qui en viennent aux larmes», relate le directeur général et artistique qui se préparait à vivre un moment similaire. 

L’idée de renouer avec le public est accueilli avec soulagement dans le milieu des arts vivants, mais aussi avec une part de prudence à cause de la menace des variants qui gagnent du terrain au Québec. 

«Cet allègement vient avec des efforts inouïs pour gérer la gymnastique de l’accueil du public», explique le directeur artistique et codirecteur général au Théâtre du Quat’sous, Olivier Kemeid. 

Il souligne que c’est tout l’espace qui doit être repensé en fonction de l’entrée et de la sortie des spectateurs en plus de considérer l’ajout de membres du personnel pour voir à la bonne marche de cette opération. 

À cela s’ajoutent les heures de représentation qui doivent être ajustées en vue du couvre-feu. Autant de détails qu’il peaufine encore avec son équipe à l’heure actuelle. 

C’est la raison pour laquelle le Quat’sous, une salle montréalaise, préfère attendre avant de rouvrir ses portes, malgré l’aval du gouvernement. 

Il n’est pas le seul à procéder ainsi. «La plupart des théâtres en zone rouge ouvrent la semaine prochaine et d’autres la semaine suivante», confirme la directrice générale du Conseil québécois du théâtre, Catherine Voyer-Léger. 

Et déjà l’engouement est manifeste puisque la directrice générale confirme que la plupart des spectacles ont été vendus à guichet fermé. 

C’est le cas de «L’Amour est un dumpling» présenté chez Duceppe et mettant à l’affiche Nathalie Doummar, Simon Lacroix et Zhimei Zhang. De nouvelles dates ont d’ailleurs été inscrites au calendrier, les 15 et 22 avril.

Quant à la pièce solo «Les étés souterrains» présentée à La Licorne de Montréal et interprétée par Guylaine Tremblay, toutes les représentations se déroulant du 30 mars au 8 mai sont complètes.

Le Conseil québécois du théâtre confirme que la situation est similaire à Québec. 

Sa directrice générale rappelle que les salles doivent tenir compte de la distanciation physique, ce qui réduit le nombre de personnes pouvant être admises. 

Bien qu’elle se réjouisse d’une part de cet élan d’enthousiasme, elle confie également que «les théâtres doivent gérer beaucoup de gens insatisfaits de ne pas trouver de billets». Un autre défi. 

Mme Voyer-Léger se demande également si l’engouement va persister ou s’il n’est pas lié au «coup de foudre de l’absence».

Elle se questionne aussi par rapport à la vigueur des abonnements et des dons dans les prochaines années. Bon nombre de questions dont elle n’a pas les réponses pour l’instant. 

«Ce n’est pas évident de trouver l’espace pour penser à ça, c’est difficile parce qu’on est encore en temps de crise.» 

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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