Québec congédie le patron de la Société des traversiers du Québec

MONTRÉAL — Québec congédie le président-directeur général par intérim de la Société des traversiers du Québec (STQ), François Bertrand, en parlant d’un «bris de confiance».

Le ministre des Transports, François Bonnardel, en a fait l’annonce, jeudi, à Montréal, au coeur de problèmes sur les liaisons maritimes entre la Côte-Nord et le Bas-Saint-Laurent affectant les camionneurs et les résidants de ces régions éloignées.

M. Bertrand travaillait depuis 2009 à la STQ, et il avait été nommé président-directeur général par intérim en mars 2017.

Le navire F.-A.-Gauthier est en cale sèche depuis le 14 janvier au chantier maritime Davie, de Lévis, afin d’identifier un problème constaté avec ses propulseurs et le corriger.

«Il m’apparaît surréaliste de voir ce bateau neuf, qui a été en activité seulement un peu plus de trois ans, être hors service pour une période de huit mois. Il s’agit d’une situation inacceptable», a déclaré M. Bonnardel.

Les coûts de services temporaires de transport depuis l’arrêt de service du F.-A.-Gauthier s’élèveraient jusqu’ici à plus d’un million de dollars. Cette facture, qui comprend le transport aérien initialement mis en place et l’affrètement du CTMA Vacancier, sera gonflée par les coûts de réparation du F.-A.-Gauthier.

«Les contribuables québécois ont déjà assez investi d’argent dans ce bateau», a affirmé M. Bonnardel en point de presse.

Le ministre a parlé d’un «manque de planification grave».

S’il impute une partie du blâme au précédent gouvernement libéral, M. Bonnardel a dit aussi avoir conclu à un «bris de confiance» avec M. Bertrand après lui avoir demandé un état de la situation il y a 48 heures.

M. Bertrand est retiré de ses fonctions dès maintenant, et est remplacé par le sous-ministre associé au ministère des Transports, Stéphane Lafaut. M. Lafaut a connu une carrière de près de 25 ans dans des postes de direction dans les Forces armées canadiennes et au ministère de la Défense nationale, indique le ministère des Transports.

Une remise en service du navire F.-A.-Gauthier est envisageable en août, a indiqué le ministre.

Des travaux de démantèlement des deux propulseurs du F.-A. Gauthier ont été réalisés en présence du manufacturier et d’un expert maritime. À ce jour, le manufacturier, Steerprop, est en mesure de fournir l’ensemble des pièces endommagées pour une seule des deux unités de propulsion.

M. Bonnardel a demandé qu’on évalue les recours juridiques possibles s’il s’avérait qu’une «faute est reconnue».

Lors de l’arrêt du navire F.-A.-Gauthier, le 17 décembre, le ministre a été surpris d’apprendre que la STQ ne disposait d’aucun navire de relève. Pire encore, selon M. Bonnardel, une proposition d’acquisition d’un tel navire avait été soumise à l’ancien gouvernement, qui n’a pas «cru bon donner suite à la recommandation».

«On voit aujourd’hui dans quelle situation la société se trouve», a-t-il lancé.

Le ministre a dit avoir interpellé la STQ pour qu’elle présente une stratégie pour se doter d’un bateau à l’étranger qui pourrait garnir sa flotte et assurer qu’il n’y ait aucun bris de service, en particulier dans la traverse entre Matane et Baie-Comeau. Il y a actuellement des discussions pour l’acquisition d’un bateau de remplacement permanent en Europe, et un avis d’intention figure au service électronique d’appel d’offres jusqu’au 5 février, a indiqué le ministre.

En attendant l’acquisition d’un navire de relève permanent, la STQ a dû trouver une solution temporaire, soit l’acquisition du NM Apollo. Contrairement à ce qui avait été anticipé, le NM Apollo ne reprendra pas du service vendredi, mais «au plus tôt le 13 février (…) pour une situation presque normale», a indiqué le ministre des Transports.

Le traversier CTMA Vacancier doit partir vendredi pour son entretien annuel et sera remplacé par le CTMA Voyageur. Or, ce navire, qui peut prendre les véhicules lourds et les automobiles, ne peut embarquer que 12 passagers. Le CTMA Voyageur effectuera un aller-retour par jour.

En raison de la capacité du navire, l’accès au service maritime sera accordé en priorité au transport lourd.

De nombreux passagers devront se tourner vers le service aérien entre Mont-Joli, Baie-Comeau et Sept-Îles.

Enquête de la vérificatrice générale?

Le Parti québécois demande une enquête de la vérificatrice générale «sur l’ensemble du processus d’acquisition du F.-A.-Gauthier et sur celui du NM Apollo».

«Nous en sommes au quatrième bateau de remplacement pour assurer le service, et celui-ci donne la priorité aux entreprises de transport. La navette aérienne est certes de retour, mais les citoyens doivent maintenant se rendre à l’aéroport pour l’emprunter. Tous ces contretemps sont intolérables», a fait valoir par communiqué Lorraine Richard, députée du PQ de la circonscription de Duplessis, sur la Côte-Nord.

Sur Twitter, le chef parlementaire du PQ et député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, a exhorté le ministre à «se rendre à Matane et Baie-Comeau pour répondre à d’autres questions des intervenants politiques et des médias locaux».

M. Bonnardel a affirmé que le nouveau président-directeur général devait prioritairement établir un plan d’action sur les services et un «diagnostic organisationnel» de la STQ pour que cette société soit «une source de fierté pour les Québécois».

«Je pense que M. Lafaut pourra me démontrer, si oui ou non, il y aurait lieu de demander à la vérificatrice générale d’enquêter sur les actions de l’ancienne direction. On va laisser à M. Lafaut la chance de faire son travail», a-t-il affirmé en réponse à l’appel lancé par le PQ.

«(M. Lafaut) a toute ma confiance pour permettre à la STQ d’assurer pleinement sa mission et de répondre aux attentes du gouvernement et des Québécois», a dit M. Bonnardel. À l’endroit des «600 employés» à la STQ, le ministre leur a assuré de son écoute et de son appui pour redresser la situation.