Reprise parlementaire: premier duel sans hostilité entre Legault et Anglade

QUÉBEC — Le premier affrontement entre le premier ministre François Legault et la nouvelle cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, n’a donné lieu à aucune passe d’armes, mercredi.

Pour sa première période de questions à l’Assemblée nationale dans ses fonctions de cheffe de parti, Mme Anglade a plutôt choisi d’adopter un ton posé, en demandant au premier ministre pourquoi le Québec était frappé plus durement que les autres provinces du pays par la pandémie de COVID-19.

Sur le même ton, le premier ministre Legault a réaffirmé que le gouvernement était mal préparé à gérer la situation dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), où surviennent la plupart des décès attribuables au virus. Il a promis une fois de plus une réforme majeure des CHSLD.

Exceptionnellement, la reprise des travaux parlementaires, après une éclipse de deux mois, a donné lieu à deux périodes de questions, mercredi matin.

Le premier ministre était absent de la deuxième.

Dans ses questions, Mme Anglade a aussi réclamé plus de transparence dans les critères retenus par le gouvernement pour procéder au déconfinement du Québec.

La prochaine période de questions aura lieu le 26 mai. Le Parlement fait relâche la semaine prochaine.

En conférence de presse par la suite, sa première en tant que cheffe de parti, Mme Anglade a observé qu’on devrait revoir le modèle d’intervention gouvernementale auprès des personnes âgées, en privilégiant les soins à domicile plutôt que les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), de même que la construction de maisons des aînés, projet cher au gouvernement Legault.

«Au lieu d’investir dans le béton, je pense qu’on doit investir dans les relations», a fait valoir la cheffe de l’opposition officielle.

Les priorités «vont devoir être revues», et le gouvernement devra prendre du recul en misant «sur ce qui va réellement faire une différence», à la lumière de la crise sanitaire qui secoue le Québec, selon Mme Anglade.

Dans son esprit, donc, à compter de maintenant, tous les projets du gouvernement «doivent être réévalués».

Un Salon bleu minimaliste

Pour respecter les règles de distanciation, un nombre limité de parlementaires peut désormais siéger en même temps au Salon bleu, dont seulement une vingtaine d’élus de l’équipe gouvernementale.

Au total, le Salon bleu ne peut contenir que 36 des 125 députés à la fois, d’ici la fin de la session parlementaire, le 12 juin.

Au lendemain de la recommandation du premier ministre de porter un masque dans les lieux publics, aucun député n’en portait un au Salon bleu mercredi, même ceux qui n’avaient pas à prendre la parole.

Cependant, dans les corridors du parlement, la ministre des Relations internationales, Nadine Girault, se promenait masquée. Elle a mis une photo d’elle sur Twitter avec l’inscription suivante: «Ne prenez pas de chance. Faites comme moi. Portez le masque.»

Quelques autres élus en portaient un au moment d’entrer au Salon bleu.

Plus tôt, les leaders des trois partis d’opposition ont reproché au gouvernement de ne pas garantir la présence en Chambre des ministres les plus directement touchés par la crise sanitaire, au cours des prochaines semaines de travaux parlementaires.

Le leader parlementaire de l’opposition officielle, le libéral Marc Tanguay, a insisté pour affirmer qu’il était essentiel dans ce nouveau contexte que les ministres touchés de près par la gestion de la crise sanitaire (Santé, Éducation, Famille, Aînés) soient présents en Chambre chaque jour pour rendre des comptes.

Le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a renchéri pour soutenir que c’était une question de «fair-play». Le gouvernement ne doit pas se servir des règles de distanciation comme prétexte pour soustraire certains ministres à leur obligation de rendre des comptes, a-t-il fait valoir.

«Il va manquer des joueurs importants» pour répondre aux questions de l’opposition, a ajouté le leader parlementaire de l’équipe péquiste, le député Martin Ouellet.