Réseau de santé: la région de Québec au bord du point de rupture de services

QUÉBEC — Le réseau de santé de la grande région de la capitale nationale est au bord de la rupture de services.

Si la population ne se ressaisit pas et n’observe pas les consignes sanitaires à la lettre, le réseau devra procéder à du délestage et reporter des chirurgies, a prévenu la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, vendredi.

La vice-première ministre, qui est aussi responsable de la région de Québec, a adopté un ton très alarmiste, solennel, en conférence de presse, pour supplier la population locale d’observer les consignes, en réduisant les contacts interpersonnels et en misant sur le télétravail, pour espérer freiner la propagation du virus de la COVID-19 qui fait de plus en plus de ravages. Les éclosions se multiplient dans tous les milieux.

La capacité du réseau hospitalier de soigner tous les patients de la région est en péril, selon elle.

Mais ce discours dramatique n’a été accompagné d’aucune nouvelle mesure contraignante. Mme Guilbault a indiqué que l’important consistait plutôt à convaincre les gens d’observer les mesures existantes.

«Les mesures sont suffisantes en soi, quant à nous, pour l’instant», en autant qu’elles soient suivies.

Aucun scénario de confinement général, ni même de couvre-feu, ne circule en ce moment dans les bureaux du gouvernement, a-t-elle précisé.

La région de la capitale, rive-nord et rive-sud, est devenue l’épicentre de la pandémie au Québec, rapportant en moyenne de 150 à 200 nouveaux cas d’infections chaque jour, un seuil que le réseau ne pourra supporter bien longtemps, a-t-elle insisté.

Elle figure désormais au premier rang de toutes les régions du Québec, quant au nombre de cas actifs par 100 000 habitants.

Le nombre d’éclosions a lui aussi explosé depuis quelques semaines, passant de 79 à 161.

Dans ce contexte, la ministre s’est montrée très inquiète, déplorant la «désinvolture» de la population, et jugeant nécessaire de lancer un «wake-up call» destiné à convaincre les gens de changer leur comportement au plus tôt.

Entourée du maire de Québec, Régis Labeaume, et du maire de Lévis, Gilles Lehouillier, deux élus qu’on voit rarement sur la même tribune, la ministre Guilbault a insisté lourdement pour dire que le risque de rupture de services dans le réseau était bien réel à court terme et qu’il fallait tout mettre en oeuvre pour l’éviter.

En fait, l’opération délestage a déjà commencé. Des hôpitaux ont entrepris de délester certaines activités. Elle a cité le cas de l’Hôpital de La Malbaie, où une éclosion a provoqué la fermeture temporaire de 40 % des activités du bloc opératoire. Depuis des semaines, une éclosion majeure continue de frapper l’Hôtel-Dieu de Lévis, où une centaine de membres du personnel ont dû être retirés du travail, soit parce qu’il avaient reçu un test positif ou par mesure préventive. Les services d’obstétrique ont été suspendus à l’Hôpital de Thetford Mines.

«L’heure est grave», a-t-elle résumé, prônant l’«urgence» pour la population de prendre très au sérieux les consignes sanitaires, afin de ne pas être confrontée à un éventuel refus de traitement, faute de personnel soignant disponible.

La population doit se dire: «Même si j’attrape autre chose que la COVID, je pourrais ne plus avoir accès à des soins, si la situation continue de dégénérer. C’est ça le message aujourd’hui», a observé la ministre.

La région a atteint «un point de bascule», a renchéri le maire Labeaume, la mine sombre, en qualifiant le contexte actuel de «dangereux». Il a déploré le fait qu’une lassitude s’était installée dans la population après plusieurs mois de pandémie, une espèce de «torpeur psychologique» qui donne à bien des gens «le goût de se rebeller» et de demeurer sourds aux consignes.

Durant la première vague, la région de la capitale avait pourtant été pratiquement épargnée. Mais la situation paraît bien différente durant cette deuxième vague.

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