Réserve La Vérendrye: les Algonquins veulent un moratoire sur la chasse à l’orignal

LAC-SIMON , Qc — Plusieurs dirigeants autochtones de l’Outaouais et de l’Abitibi-Témiscamingue réclament un moratoire «de deux à trois ans» sur la chasse à l’orignal dans la Réserve faunique La Vérendrye.

Les membres de certaines communautés algonquines, notamment à Kitigan Zibi et à Lac-Barrière, ont même érigé des barrages pour empêcher les chasseurs d’accéder à des zones de chasse.

«On veut une écoute du ministère (de la Forêt, de la Faune et des Parcs), affirme Lucien Wabanonik. Membre du Conseil de la nation Anishinabeg de Lac-Simon, située à 40 km au sud de Val-d’Or. Le ministère lui-même constate une baisse du cheptel d’orignaux dans la Réserve faunique depuis quelques années. Il ne faut pas qu’il arrive aux orignaux du Parc ce qui est arrivé aux caribous de Val-d’Or.»

La faute aux forestières

Lucien Wabanonik croit aussi que les coupes forestières abusives ont eu un impact négatif sur le nombre d’orignaux. «Ce n’est pas que la pression de chasse, précise-t-il. Les coupes forestières permettent aux prédateurs de l’orignal de se déplacer plus facilement sur le territoire. Les hivers plus rigoureux ont aussi eu un rôle à jouer, et quand il y a moins d’arbres, les orignaux peuvent moins s’abriter du vent. Il y a urgence d’agir, et il va falloir un effort collectif important.»

Les barrages érigés par les Autochtones ont eu des effets désagréables non seulement pour les chasseurs, mais aussi pour les Anishinabeg de Kitcisakik.

«Des chasseurs frustrés sont passés à pleine vitesse dans la communauté, a indiqué l’ancien chef, Jimmy Papatie. Ils ont été obligés de faire un détour de deux heures à cause des barrages, et ils sont passés à pleine vitesse dans des zones scolaires. C’est dangereux. C’est un geste haineux, alors que la communauté de Kitcisakik n’y est pour rien. On n’a même pas encore pris position quant au moratoire.»

Une baisse constante

Selon des chiffres transmis aux Anshinabeg par le ministère, les chasseurs ont tué plus de 25 000 bêtes entre 2008 et 2018 dans la Zone 13 (qui regroupe la grande majorité du territoire de l’Abitibi-Témiscamingue), et près d’un millier dans la réserve faunique La Vérendrye.

La Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ) propose de réduire le territoire de chasse de 1200 km2 et de réduire de 30% le nombre de permis de chasse émis pour la réserve faunique. Une mesure que Lucien Wabanonik estime insuffisante. «C’est un coup d’épée dans l’eau, affirme-t-il. Le taux d’insuccès des permis de chasse est de 40% à 50%. Ça ne sauve pas assez d’orignaux pour la peine.»

Dans les années 1990, on avait interdit la chasse à la femelle une année sur deux, avec des résultats intéressants.

Les Anishinabeg estiment qu’il faudrait aller encore plus loin. «Les femelles de moins de 5 ans ont plus de mal à faire survivre leurs petits, fait valoir Lucien Wabanonik. C’est pour cela que l’on recommande un moratoire de deux à trois ans, question que le cheptel se rebâtisse.»

M. Wabanonik se dit ouvert aux idées pour sauver l’orignal. «Je veux juste qu’on s’assoie et qu’on en discute, dit-il. Le ministère et le ministre (Pierre Dufour) doivent démontrer de l’écoute. Si on rebâtit le cheptel, tout le monde sera gagnant.»

Texte de l’Initiative de journalisme local

Laisser un commentaire