Retour aux Communes: les conservateurs refusent l’entente conclue

OTTAWA — Le Parti conservateur s’entête à réclamer au moins trois séances hebdomadaires en personne à la Chambre des communes. Et cette position, à moins d’entente de dernière minute, forcera le rappel des 338 députés lundi matin, à Ottawa.

Dimanche avant-midi, le premier ministre ne faisait plus preuve d’aucune retenue.

«Pour moi, c’est un peu frustrant», a-t-il commencé par dire avant de qualifier l’opposition officielle de «déraisonnable».

«Nos autorités, nos experts (…) nous disent qu’il faut continuer à prendre des choix responsables, à limiter nos déplacements. Et il me semble que c’est assez évident que le Parlement ne devrait pas revenir de la même façon qu’il était avant, dès demain», a-t-il noté.

«Les conservateurs ont leur… je ne sais pas», a-t-il dit avant de s’interrompre.

Au Bloc québécois, on ne s’interrompt pas quand on se lance dans la critique de l’adversaire conservateur.

«C’est pas ben ben compliqué. C’est que le Parti conservateur pense pour le Parti conservateur, ce qui ne va pas nécessairement dans le sens des besoins de la population», a pesté Alain Therrien, leader parlementaire bloquiste.

«Je ne comprends plus ce parti-là. Je ne comprends pas qu’il y a des conservateurs québécois dans ce caucus-là qui acceptent de revenir trois jours par semaine pendant que le Québec est au pic de sa contagion», a enchaîné le député, au bout du fil.

Les travaux parlementaires aux Communes ont été suspendus le 13 mars jusqu’au 20 avril, grâce à un accord unanime des partis reconnus en Chambre. Il faut un pareil accord unanime de ces mêmes partis pour que les travaux ne reprennent pas lundi matin.

En point de presse, dimanche après-midi, Andrew Scheer, chef par interim du Parti conservateur, s’est appuyé sur la motion adoptée le 13 mars pour justifier un retour le 20 avril.

«C’est n’importe quoi», a lâché M. Therrien. Le député a rappelé que le 13 mars, on ne savait pas où on en serait à ce moment-ci de la pandémie.

Bloquistes, néo-démocrates et libéraux s’entendent pour que la suspension des travaux parlementaires continue jusqu’au 24 mai, au moins. Entretemps, ils proposent de tenir aux Communes, chaque semaine, une séance, en groupe réduit, en personne, et deux séances virtuelles.

Le conservateur Scheer n’en démord pas.

«Les séances doivent se tenir trois fois par semaine, a-t-il martelé. «Le Parlement est un service essentiel», a-t-il répété, «essentiel en tout temps et deux fois plus en temps de crise». Et puis, il a accusé Justin Trudeau «d’essayer de remplacer le Parlement par des conférences de presse».

Selon M. Scheer, c’est seulement grâce à des séances aux Communes en personne, en groupe restreint, trois fois par semaine, que l’opposition pourra demander des comptes au gouvernement sur sa gestion de la crise provoquée par la pandémie.

«Ils font de la petite politique. Ils critiquent le gouvernement et ils veulent faire un spectacle à la Chambre des communes pour critiquer le gouvernement», lui a répondu le député Therrien.

Un retour des élus aux Communes signifie aussi un retour au travail sur place pour des centaines d’employés de soutien dans un lieu où la distanciation sociale est difficile à respecter.

Même si des députés peuvent décider de rester chez eux, loin d’Ottawa, ce luxe n’est pas offert au personnel qui travaille aux Communes. M. Scheer a esquivé les questions sur le sort de ces employés, se limitant à répéter que sa proposition est «sensée».

Même s’il n’y a pas d’entente, lundi matin, ils ne seront que trois députés bloquistes à se déplacer jusqu’à Ottawa. Deux d’entre eux, le chef Yves-François Blanchet, et le leader parlementaire, Alain Therrien, seront accompagnés des membres de leur cabinet.

M. Scheer a laissé entendre que les conservateurs ne seraient pas non plus tous là, sans préciser combien d’entre eux iront aux Communes.

Les sénateurs, de leur côté, se sont entendus pour repousser leur retour aux travaux parlementaires au 2 juin.

Les post-mortem à venir

Justin Trudeau estime qu’il faudra enquêter, éventuellement, sur les responsabilités de la Chine et d’autres pays dans cette pandémie. Mais pour le moment, «la priorité doit demeurer pour moi et pour les autres leaders comment on va protéger nos citoyens aujourd’hui et demain, comment on va s’assurer qu’on a tout ce qu’il nous faut pour nous garder en sécurité».

Pour ce qui est d’un retour sur l’état de préparation du Canada lorsque la pandémie a frappé, le premier ministre n’hésite pas à faire un mea culpa.

«Quand on vit une crise comme ça, avec les tragédies qu’on est en train de voir, on ne peut jamais dire qu’on était tout à fait préparé», a-t-il fait remarquer.

«On s’est rassemblé pour pouvoir mettre en place des mesures pour protéger les gens, pour freiner la propagation de ce virus (d’une) façon qui est bien positive, comparée à d’autres pays, a-t-il ajouté. Mais même si nous, on a une meilleure histoire que d’autres pays à raconter, on ne va pas se tromper, c’est une tragédie extraordinaire et atroce pour trop de familles.»

Rapatriements

Dès lundi midi, heure de l’est, tous les voyageurs qui embarqueront dans un avion en direction du Canada devront se couvrir le nez et la bouche pendant le transport aérien à l’aide d’un masque non-médical.

Dimanche, des Canadiens ont pu rentrer au pays en provenance de l’Inde et du Pakistan.

Il reste 18 touristes et sept membres d’équipage canadiens sur trois bateaux de croisière encore en mer. Affaires mondiales Canada surveille aussi quelque 305 Canadiens, membres d’équipage à bord de 87 paquebots.

Nombre de cas

Il y a eu plus de 536 000 tests administrés au Canada jusqu’à maintenant.

Ces tests ont décelé 34 815 cas confirmés et probables. La COVID-19 a provoqué la mort de 1583 Canadiens.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans provinciaux et territoriaux: 18 357 cas au Québec, dont 877 décès; 10 578 cas en Ontario, dont 553 décès; 2562 cas en Alberta, dont 51 décès; 1647 cas en Colombie-Britannique, dont 81 décès; 675 cas en Nouvelle-Écosse, dont neuf décès; 315 cas en Saskatchewan, dont quatre décès; 257 cas à Terre-Neuve-et-Labrador, dont trois décès; 253 cas au Manitoba, dont cinq décès; 118 cas au Nouveau-Brunswick; 26 cas à l’Île-du-Prince-Édouard; neuf cas au Yukon; cinq cas dans les Territoires-du-Nord-Ouest; aucun cas au Nunavut.

À ces bilans provinciaux et territoriaux s’ajoutent les 13 cas chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.

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