Revoir les politiques d’aménagement urbain pour assurer la survie du centre-ville

MONTRÉAL — À l’heure où plusieurs commerces des centres-villes de la province peinent à reprendre leur souffle, un panel pour discuter de la relance économique dans une perspective durable aura lieu lundi.

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, et le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charrette, y sont notamment attendus. 

Organisée par le groupe G15+ qui rassemble des gens d’affaires et des leaders du milieu social, syndical et environnemental, cette rencontre virtuelle a pour but de proposer des solutions visant à stimuler l’économie tout en protégeant l’environnement, font valoir les intervenants. 

La pandémie a affecté l’activité socioéconomique des municipalités. Le sommet veut profiter des démarches entamées par Québec, et qui doivent mener à une politique nationale d’urbanisme, pour prendre part aux discussions. 

«C’est plutôt rare qu’il y ait une coalition qui regroupe des gens de milieux aussi diversifiés, explique le directeur général de Vivre en Ville Christian Savard. On souhaite interpeller le gouvernement sur les propositions qu’on a. Je pense que le fait qu’il y ait des ministres qui aient accepté de venir, c’est déjà de bon augure.» 

Logements abordables

Le G15+ a formulé quinze recommandations pour valoriser le centre-ville dans un rapport paru la semaine dernière. Parmi celles-ci, on trouve des propositions sur le logement abordable. 

M. Savard fait valoir qu’il est important d’inclure une mixité de logements sociaux et abordables dans les projets de construction. Cela crée de l’emploi tout en offrant une solution à la crise du logement. 

La pandémie a révélé les conditions de logement inadéquates de certaines familles québécoises et exacerbé les problèmes d’itinérances, souligne-t-il. 

M. Savard estime que les coûts de loyer élevés ne concernent pas uniquement Montréal. 

Il ajoute qu’il y a lieu de réfléchir à l’échelle nationale pour trouver des solutions adaptées aux différentes réalités du territoire. 

Le président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Charles Milliard, dit «qu’il y a moyen d’allier le développement économique avec la construction de meilleurs milieux de vie». 

À ce titre les écoquartiers — ces parcs immobiliers écologiques qui favorisent la mixité sociale et l’implantation de petits commerces à proximité d’espaces verts — en sont de bons exemples. 

«À un moment où les répercussions de la pandémie se font sentir sur notre qualité de vie, on ne peut plus continuer de faire les choses de la même manière», dit M. Milliard qui ajoute que c’est aussi l’occasion de revoir les façons de faire et d’avoir un réel impact sur l’avenir de la planète. 

Incitations fiscales

Le G15+ suggère aussi de rénover les vieux immeubles. Il prône un programme de soutien à la rénovation sous forme de crédit d’impôt gouvernemental. 

Cela permettrait d’embellir le quartier en plus de créer de l’emploi dans le secteur de la construction, soutiennent MM. Milliard et Savard. 

Un fonds de soutien géré par Investissement Québec pour soutenir l’installation des entreprises au centre-ville est une autre avenue proposée par le groupe. 

Une autre solution serait de créer un fonds pour l’aménagement durable afin de permettre notamment le développement de nouveaux écoquartiers. 

«Gaspillage de terrain»

À court terme, «il faudrait aider certains projets à lever de terre plus rapidement», argue M. Milliard. Il est également en faveur de l’utilisation des emplacements existants parce qu’il y a du «gaspillage de terrain». 

M. Milliard cite en exemple l’ancien hippodrome de Montréal vacant depuis la fin des courses de chevaux en 2009. 

Il indique avoir siégé à des comités pour discuter du sort de ses différents bâtiments, il y a plus d’une dizaine d’années déjà. 

M. Milliard qualifie ces espaces vacants de «verrues urbaines» dont il faudrait s’occuper rapidement. 

C’est la même chose pour le terrain de l’ancienne usine Fortissimo à Drummondville qui a obtenu l’été dernier un financement de 2 millions pour débuter les travaux de réhabilitation après plusieurs années.

À terme, le terrain de 1 million de pieds carrés deviendra un écoquartier axé sur le développement durable.

Achat local

M. Savard réitère l’importance d’encourager les petits commerçants des quartiers centraux. «L’idée d’achat local a fait beaucoup de chemin. Il faut maintenir ce beau momentum-là».

«Les centres-villes ont particulièrement besoin d’amour en ce moment, renchérit M. Milliard. Ça fait un an que la situation est catastrophique.»

C’est le cas à Montréal, mais aussi dans les autres centres urbains, explique-t-il. Il fait également référence aux «cœurs des villages» un peu partout au Québec dont la pandémie a affecté le dynamisme. 

Selon le rapport de l’Institut urbain du Canada, les alentours de la rue Sainte-Catherine à Montréal ont vu leur achalandage baisser de 76%, soit une perte de 18,8 millions de visiteurs, pendant les printemps-été 2020 en comparaison à la même période de l’année précédente.

Selon un autre sondage réalisé au mois d’août 2020 par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), seulement 22 % des petites et moyennes entreprises (PME) interrogées dans les centres-villes avaient renoué avec un niveau d’activité jugé normal, par rapport à 37 % pour celles situées dans les zones rurales.

Toutefois les deux intervenants se montrent optimistes quant à l’avenir surtout dans un contexte où on serait appelé à repenser l’aménagement urbain. 

L’exode des travailleurs des tours de bureaux a porté un dur coup, admet M. Savard. Il est toutefois d’avis que l’attrait pour le centre-ville n’est pas près de disparaître. Il cite en exemple les habitations en plein cœur de la métropole qui trouvent preneurs. 

«Une nouvelle population, ça amène une nouvelle clientèle», affirme-t-il. 

Mais «la diversification est importante», précise M. Savard. 

Il explique qu’un quartier central est un endroit où des gens y vivent, d’autres y travaillent ou font des affaires, tandis que d’autres le visitent. 

C’est ce mélange d’activités culturelles et commerciales qui fait la recette d’une artère dynamique, affirme-t-il. 

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Cet article a été écrit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.