Risques croissants liés au climat pour des «espèces sentinelles» dans l’Arctique

HALIFAX — Des scientifiques participant à un colloque national sur l’Arctique ont décrit un éventail croissant de risques liés au changement climatique pour les espèces dites «sentinelles», comme les phoques annelés et les bélugas, sur lesquels comptent les Inuits depuis des millénaires.

La conférence du réseau d’experts «ArcticNet», qui se tient cette semaine à Halifax, fait suite aux travaux d’un comité scientifique qui a recommandé que les phoques annelés soient inscrits sur la liste fédérale de la Loi sur les espèces en péril. «Ce petit phoque a besoin de la glace de mer pour prospérer», indique un résumé analytique publié la semaine dernière par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

La réduction de la glace de mer due au réchauffement climatique devrait réduire les zones de mise au monde des bébés phoques annelés. En conséquence, le déclin de l’espèce devrait se faire au cours des trois prochaines générations, indique-t-on. Cependant, le rapport note aussi que les estimations actuelles de la population de phoques — une source essentielle de nourriture dans le Nord — restent stables, avec environ 2 millions d’individus dans l’Arctique.

La recommandation d’inscrire le phoque annelé dans la liste fédérale suscitait des préoccupations diverses auprès des scientifiques, des décideurs mais aussi des pêcheurs autochtones, réunis cette semaine à Halifax.

Enooyaq Sudlovenick, doctorante à l’Université du Manitoba, a présenté une conférence sur la santé des phoques annelés. La chercheuse a noté que dans l’est de l’Arctique, elle entend de plus en plus parler de phoques du Groenland venus du Labrador dans des zones habitées par les phoques annelés. «Cela pourrait avoir un effet négatif non seulement pour la concurrence alimentaire, mais ces phoques du Groenland pourraient également interagir et apporter des agents pathogènes dans la nourriture», a-t-elle déclaré en entrevue.

Par contre, si ces phoques annelés étaient répertoriés dans la loi en tant qu’«espèce préoccupante», Mme Sudlovenick entrevoit des questions majeures pour les membres de sa communauté inuite. «Allons-nous avoir un quota?», a-t-elle demandé.

Les communautés inuites

Derrick Pottle, chasseur, guide et pêcheur à Rigolet, au Labrador, a déclaré en entrevue que les phoques annelés constituaient une source de nourriture essentielle pour la vie des communautés du Nunatsiavut. Il souhaite que les scientifiques fournissent plus d’informations sur la manière dont ils parviennent à leurs conclusions. «Nous sommes tout à fait capables de surveiller et de gérer nos propres vies», a-t-il déclaré.

John Noksana Jr., membre du Comité mixte de gestion de la pêche Canada-Inuvialuit, estime en entrevue que les chercheurs «devraient s’adresser aux gens sur place pour constater le changement, le cas échéant, et les consulter avant de passer à l’étape suivante».

David Lee, coprésident du sous-comité du COSEPAC qui a examiné les phoques annelés, a déclaré que le groupe s’était appuyé sur les connaissances autochtones pour documenter certains changements dans la répartition des individus. Il rappelle toutefois que l’essentiel de ses recommandations réside dans les données fournies par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies.

«Les modèles (climatiques) continuent d’être mis à jour et, avec l’accélération du déclin de la glace de mer, il a semblé approprié d’ajouter les phoques comme animaux particulièrement préoccupants», a-t-il déclaré en entrevue.

Le béluga

Des communications ont également été présentées à Halifax sur le béluga, un autre mammifère marin au cœur de l’histoire et de l’approvisionnement en nourriture des Inuits.

Lisa Loseto, biologiste au ministère fédéral des Pêches, et ses équipes tentent de comprendre pourquoi de nombreuses baleines qu’ils avaient retenues et étiquetées sont décédées l’été dernier. Il s’agit d’un changement radical par rapport à la résistance des baleines à l’étiquetage au cours des décennies précédentes, a-t-elle déclaré.

La théorie de Mme Loseto est que les impacts du changement climatique sur la nourriture des baleines — en particulier la morue polaire — peuvent affaiblir la capacité des bélugas de résister au stress de l’étiquetage.

La biologiste ajoute par ailleurs qu’avec 40 000 bélugas dans l’est de la mer de Beaufort, les scientifiques croient que cette sous-population est actuellement stable.

Le comité s’est également engagé à évaluer les narvals et les épaulards lors de discussions futures, a déclaré M. Lee.