Robert Lepage réagit aux critiques du spectacle «SLAV»

MONTRÉAL — Silencieux depuis le début de la controverse entourant son spectacle «SLAV» qui était présenté dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), Robert Lepage a réagi, vendredi, aux nombreuses critiques.

Dans un communiqué, Robert Lepage dénonce «l’affligeant discours d’intolérance» et parle d’un «coup porté à la liberté d’expression artistique». Il ajoute que le spectacle serait toujours présenté, s’il n’en tenait qu’à lui.

Le metteur en scène reconnaît «que tout nouveau spectacle comporte son lot de maladresses, de ratés et de mauvais choix», mais, selon lui, le théâtre est un art qui évolue, notamment au contact du public, et qu’il est possible de «corriger le tir au fil des représentations». Or, «SLAV» a été annulé après trois représentations déplore-t-il.

«SLAV» est au coeur d’une controverse, alors que de nombreuses voix se sont élevées contre la présentation du spectacle qui représente, estiment certains, une réappropriation de la culture noire, voire une démarche raciste. D’autres déploraient le fait que seulement deux artistes noires faisaient partie de la distribution.

Le musicien afro-américain Moses Sumney s’est notamment retiré du FIJM, mardi, en raison de la présence du spectacle au sein de la programmation. M. Sumney reprochait au spectacle d’être dirigé par un homme blanc (Robert Lepage) et qu’une chanteuse blanche (Betty Bonifassi) y interprète des chansons composées par des esclaves afro-américains. Le Californien de 28 ans avait indiqué sur Twitter qu’il ne pouvait présenter sa musique au Festival en bonne conscience après avoir appris que celui-ci continuait à défendre son événement publiquement.

Le Festival international de jazz de Montréal a ensuite annulé les prochaines représentations de «SLAV». Robert Lepage avait alors promis de réagir d’ici la fin de la semaine.

Dans sa déclaration, vendredi, le metteur en scène soutient avoir déjà réalisé des spectacles qui portaient sur des injustices subies par des groupes culturels spécifiques, dont les acteurs n’étaient pas issus. «Ces spectacles ont été joués partout à travers le monde, devant les publics les plus divers, sans jamais que l’on ne m’accuse d’appropriation culturelle et encore moins de racisme», constate-t-il. 

M. Lepage ajoute que le théâtre repose sur le principe d’interpréter d’autres personnes et que sans cela, cette discipline artistique perd sa nature première. «À partir du moment où il ne nous est plus permis de nous glisser dans la peau de l’autre (…) le théâtre s’en trouve dénaturé, empêché d’accomplir sa fonction première, et perd sa raison d’être», soutient le metteur en scène et dramaturge.

Réactions politiques 

Dans une brève déclaration sur son compte Twitter, vendredi, la ministre québécoise de la Culture et des Communications, Marie Montpetit, déplore d’une part que «des personnes se soient senties heurtées par la pièce», mais elle trouve aussi «malheureux que cette controverse se conclue par l’annulation d’une production artistique».

La ministre estime que «la liberté d’expression et de création sont des éléments fondamentaux de notre société et se doivent d’être toujours protégés», mais elle rappelle aussitôt que «nous ne pouvons contrôler ni juger ce que les gens ressentent». Elle invite par ailleurs les intervenants au dialogue, en évitant tout braquage, afin que «ce genre de situation ne se reproduise» plus.

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, avait plus tôt appuyé «entièrement» la position exprimée vendredi matin par Robert Lepage. «Agir pour une plus grande présence de la diversité en culture, oui. Museler et censurer l’art, non», a-t-il écrit sur Twitter.

Le porte-parole du PQ en matière de culture, Pascal Bérubé, avait qualifié de «regrettable l’annulation d’un spectacle, et en particulier celui de « SLAV »».

«C’est une défaite pour la liberté artistique et d’expression face à un procès d’intention. Un précédent qui laissera des traces auprès des créateurs et des artistes», écrivait mercredi soir le député de Matane-Matapédia, sur son compte Twitter.

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2 commentaires
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Je partage entièrement la position de M. Lepage. Elle me rappelle un moment de vie, dans les années 1990, où j’avais résidé dans le condo à New York d’un éminent chercheur en études africaines. Celui-ci ne pouvait enseigner chez lui, dans son domaine de spécialisation (African-American Studies), simplement parce qu’il était blanc. Pour poursuivre dans son domaine de recherche, il s’exilait chaque été vers son terrain d’études et de passion, laissant libre son condo … pour le plaisir d’autres souhaitant résider à New York. Bref, la discussion n’est pas nouvelle. Que ce soit dans le domaine académique ou artistique, mettre fin à une conversation n’est aucunement acceptable et, il me semble, très dangereux. Argumenter, critiquer ou éclairer la discussion certes, mais museler n’est pas plus acceptable pour le groupe d’une origine culturelle que pour l’autre.

La situation entourant cette crise fabriquer de toute pièce est complétement absurde et ne fait que mettre en évidence la stupidité de ceux qui se clame comme étant les défendeur des droits de tous et chacun, car dans leur ignorance crasse il on carrément juger le travail d`un homme par la couleur de sa peau en ignorant volontairement le contexte mème de l`histoire de la dite pièce, qui est l`esclavage en europe de l`est. La cerise sur le gâteau c`est que l`esclavage a tellement fait une partie intégrale de leur existence que l`ethnicité qui réside en cette région du monde porte le nom de Slaves, ce qui est facilement vérifiable par une simple recherche sur Google. Non mais, je peine a comprendre l`ignorance d`on il faut être douer pour aller de l`avant avec une telle absurdité, on dirait qu`il ne savent même pas pourquoi il son la.