Rohingyas: traduire les responsables en justice sera difficile, dit Bob Rae

OTTAWA — Bob Rae, l’envoyé spécial du Canada pour la crise des Rohingyas, affirme que la communauté internationale devra relever des défis de taille si elle entend traduire en justice les dirigeants militaires du Myanmar pour le génocide de la minorité musulmane.

M. Rae a fait ce commentaire après la publication, lundi, par les Nations unies d’un rapport mentionnant les noms de six responsables militaires considérés comme étant responsables des crimes contre les Rohingyas, ce qui constitue la dénonciation la plus cinglante de l’ONU depuis le début de la crise en août dernier.

Les Nations unies estiment que plus de 700 000 Rohingyas ont été forcés de se réfugier au Bangladesh à la suite d’une sanglante répression menée par l’armée du Myanmar.

Dans son propre rapport publié plus tôt cette année, Bob Rae avait affirmé que ces crimes contre l’humanité devaient faire l’objet de poursuites et avait exhorté le Canada à jouer un rôle de premier plan dans cette affaire.

Si M. Rae, à l’instar de plusieurs gouvernements occidentaux, n’est pas allé jusqu’à parler de génocide, il a toutefois déclaré, lundi, que le rapport de l’ONU accentuait la pression sur la communauté internationale pour trouver un moyen de juger les individus pointés du doigt par les enquêteurs des Nations unies.

L’envoyé spécial a prévenu que ce ne serait pas une tâche facile.

«Le défi, ce sera de trouver comment créer un tribunal qui aura l’indépendance et la capacité nécessaires pour prendre des décisions qui auront de la crédibilité», a-t-il indiqué.

Bob Rae a rappelé que des tribunaux spéciaux avaient été créés pour juger les crimes de guerre commis au Cambodge, au Rwanda et dans l’ancienne Yougoslavie.

Nommé par le gouvernement Trudeau, M. Rae a fait deux voyages au Myanmar avant de rendre son rapport sur la situation au printemps dernier. Le document incitait les libéraux à augmenter leur soutien financier aux Rohingyas et à agir comme un leader dans l’enquête menée par la Cour pénale internationale (CPI) sur de possibles crimes de guerre.

Selon le rapport de l’ONU, l’affaire devrait être soumise à la CPI, ou alors à un tribunal spécial puisque le Myanmar refuse de collaborer avec la CPI, une entité dont il ne fait pas partie.

Le Conseil de sécurité des Nations unies pourrait confier le dossier à la CPI, mais la Chine, qui est un membre permanent et qui a évité de critiquer le Myanmar depuis le début de la crise, pourrait utiliser son droit de veto pour freiner une telle décision.

M. Rae a soutenu que les dirigeants du Myanmar ne pouvaient plus ignorer les preuves mentionnées dans le rapport publié lundi et celles relevées dans son propre rapport.

«Le fait est que la situation est très grave et que ces preuves ne peuvent pas être simplement balayées du revers de la main. Le Myanmar va devoir réagir de manière plus sérieuse qu’il ne l’a fait jusqu’à maintenant», a-t-il martelé.

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