Roman Polanski: un juge serait revenu sur sa promesse, selon un ex-procureur

LOS ANGELES — Un juge de Los Angeles a déclaré en privé aux avocats qu’il reviendrait sur sa promesse et emprisonnerait Roman Polanski pour avoir agressé sexuellement une adolescente de 13 ans en 1977, préparant le terrain pour que le célèbre réalisateur fuie les États-Unis, a témoigné un ancien procureur.

Une transcription précédemment scellée obtenue par l’Associated Press dimanche soir du témoignage du procureur de district adjoint à la retraite Roger Gunson soutient l’affirmation de Roman Polanski selon laquelle il s’est enfui à la veille de sa condamnation, en 1978, parce qu’il ne pensait pas obtenir un traitement équitable.

M. Gunson a déclaré lors d’un témoignage à huis clos en 2010 que le juge avait rompu sa promesse de laisser Roman Polanski en liberté après que les responsables de la prison d’État ont déterminé qu’il ne devrait pas purger une longue peine.

«Le juge lui avait promis à deux reprises (…) une chose qu’il a reniée, a déclaré M. Gunson. Donc, ce n’était pas surprenant pour moi que, quand on lui a dit qu’il allait être envoyé dans une prison d’État (…), qu’il ne pouvait pas ou ne voulait pas faire confiance au juge.»

La victime de Roman Polanski a témoigné devant un grand jury que lors d’une séance photo chez Jack Nicholson, en mars 1977, alors que l’acteur n’était pas à la maison, Roman Polanski lui a donné du champagne et une partie d’un sédatif, puis l’a forcée à avoir des relations sexuelles. Elle a ajouté qu’elle ne l’avait pas combattu parce qu’elle avait peur de lui, mais que sa mère a ensuite appelé la police.

Lorsque la jeune fille a refusé de témoigner devant le tribunal, Roman Polanski a plaidé coupable d’avoir eu des relations sexuelles illégales avec une mineure, en échange de l’abandon par les procureurs des accusations liées à la drogue, au viol et à la sodomie. La victime a depuis appelé à la fin de l’affaire.

L’avocat de la défense Harland Braun a déclaré vendredi – dans l’attente de la publication de la transcription – que le développement renouvellerait ses efforts pour faire condamner Roman Polanski par contumace, ce qui mettrait fin à son statut de fugitif.

M. Braun a déjà tenté cette manœuvre sans succès, les procureurs affirmant et les juges convenant que Roman Polanski devait se présenter devant la Cour supérieure de Los Angeles pour résoudre l’affaire.

La publication de la transcription, qui a été ordonnée par une cour d’appel de Californie mercredi après que le procureur du district de Los Angeles, George Gascón, a abandonné les objections de longue date que ses prédécesseurs avaient formulées à sa publication, pourrait étayer les affirmations de Polanski selon lesquelles il allait se faire piéger par un juge corrompu.

La saga juridique s’est jouée des deux côtés de l’Atlantique comme une scène récurrente sur quatre décennies d’une vie marquée par la tragédie et aussi le triomphe.

Enfant, Roman Polanski s’est échappé du ghetto de Cracovie pendant l’Holocauste. Sa femme, Sharon Tate, faisait partie des sept personnes assassinées en 1969 par des partisans de Charles Manson.

Le cinéaste de 88 ans, qui a été nommé aux Oscars pour «Chinatown» (1974) et «Tess» (1979), a remporté la statuette du meilleur réalisateur pour «The Pianist» («Le pianiste») en 2003. Mais il n’a pas pu l’accepter, car il risquait d’être arrêté aux États-Unis.

La France, la Suisse et la Pologne ont rejeté les demandes d’extradition vers les États-Unis et il continue d’être célébré en Europe, gagnant des éloges et travaillant avec des acteurs majeurs. L’Académie des arts et des sciences du cinéma, cependant, l’a expulsé comme membre en 2018 après que le mouvement #moiaussi a suscité une prise de conscience sur les inconduites sexuelles.

Roman Polanski a soutenu qu’il y avait eu une inconduite judiciaire dans son cas. En 2010, un tribunal de Los Angeles a recueilli le témoignage sous scellé de Roger Gunson sur ses souvenirs des promesses faites au réalisateur par le juge en 1977.

Les avocats de Roman Polanski, qui étaient dans la salle lors du témoignage de M. Gunson, mais qui n’ont pas pu l’utiliser devant le tribunal, ont longtemps cherché à desceller cette transcription pour aider leur cause.

Le juge Laurence Rittenband, aujourd’hui décédé, avait été influencé par la publicité dans l’affaire et avait changé d’avis à plusieurs reprises sur la peine que Roman Polanski devrait encourir, a déclaré l’avocat Harland Braun.

Après un rapport des responsables de la probation selon lequel Roman Polanski ne devrait pas purger de temps derrière les barreaux, le juge Rittenband a envoyé le cinéaste à la prison d’État pour une évaluation diagnostique de 90 jours afin d’aider à déterminer la peine à laquelle il devrait faire face.

Le juge a déclaré que tant que Roman Polanski recevrait un rapport favorable de la prison, il ne purgerait aucune peine supplémentaire, a déclaré M. Gunson.

Après six semaines d’évaluation en prison, Roman Polanski a été libéré avec la recommandation de ne faire que la probation, a déclaré M. Braun.

Mais le juge Rittenband a considéré que les rapports de probation et de prison étaient superficiels, a déclaré M. Gunson, qui a convenu qu’ils minimisaient ou déformaient les crimes du réalisateur.

Le juge a dit en privé à M. Gunson et à l’avocat de Roman Polanski qu’il devait être plus dur à cause des critiques dans les médias.

Il a déclaré qu’il enverrait Roman Polanski en prison pour une durée plus longue, mais qu’il le ferait ensuite libérer dans les 120 jours, ce qui était possible en vertu des règles de détermination de la peine à l’époque.

«Roman dit: « Comment puis-je faire confiance à un juge qui a menti deux fois? » Alors il s’est envolé pour l’Europe», a raconté M. Braun.

M. Gunson a reconnu lors de son témoignage que le juge avait le pouvoir discrétionnaire de condamner Roman Polanski jusqu’à 50 ans parce qu’il n’y avait pas eu de peine convenue. Mais M. Gunson s’est opposé à la procédure «fictive» que le juge orchestrait et a estimé qu’il avait rompu les promesses faites au cinéaste.

La victime, Samantha Geimer, a longtemps plaidé pour que l’affaire soit classée ou que Roman Polanski soit condamné par contumace. Elle est allée jusqu’à voyager de son domicile à Hawaï à Los Angeles, il y a cinq ans, pour exhorter un juge à mettre fin à «une peine de 40 ans qui a été infligée à la victime d’un crime en plus qu’à son auteur».

«Je vous implore d’envisager de prendre des mesures pour enfin clore cette affaire en tant qu’acte de miséricorde envers moi-même et ma famille», a demandé Mme Geimer.

L’Associated Press ne nomme généralement pas les victimes d’agressions sexuelles, mais Mme Geimer a dévoilé son identité il y a des années et a écrit un mémoire intitulé «The Girl: A Life in the Shadow of Roman Polanski» («La fille: ma vie dans l’ombre de Roman Polanski»). La couverture présente une photo prise par Roman Polanski.

Le réalisateur a accepté de verser à Mme Geimer plus de 600 000 $ pour régler un procès en 1993.

Mme Geimer, qui a fait pression pour une enquête sur l’inconduite judiciaire, a demandé que la transcription soit descellée et dans une lettre le mois dernier et a exhorté le bureau du procureur à jeter un nouveau regard sur l’affaire.

Les procureurs se sont constamment opposés à la publication du matériel, mais ont cédé plus tôt cette semaine pour honorer les souhaits de Mme Geimer et être transparents avec le public.

«Cette affaire a été décrite par les tribunaux comme « l’une des plus longues sagas de l’histoire de la justice pénale californienne », a déclaré M. Gascón dans un communiqué. Pendant des années, ce bureau s’est battu contre la divulgation d’informations que la victime et le public ont le droit de connaître.»

Cependant, le bureau du procureur n’a pas indiqué si Roman Polanski serait en mesure d’éviter une comparution devant le tribunal. Le communiqué de presse indique que le réalisateur demeure un fugitif et qu’il devrait se rendre au tribunal pour être condamné.

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