Ron Klain amène des dizaines d’années d’expérience à la Maison-Blanche

WASHINGTON — Ron Klain remplit toutes les cases d’un professionnel épanoui de Washington: Georgetown, l’école de droit de Harvard, greffier à la Cour suprême, membre du personnel au Capitole, conseiller à la Maison Blanche et, en cours de route, bien sûr, lobbyiste et avocat.

Maintenant, M. Klein se prépare à devenir chef de cabinet du président désigné Joe Biden, un poste souvent décrit comme le directeur des opérations du pays.

Avec son curriculum vitæ sans tache, sa connaissance approfondie des engrenages et des leviers du pouvoir dans la capitale et son association de plusieurs décennies avec Joe Biden, M. Klain s’est attiré de rares éloges des deux côtés du spectre politique.

Le père de trois enfants de 59 ans est réputé parmi les démocrates, et même parmi certains républicains, pour sa compétence — un attribut notable après une administration qui a récompensé et renvoyé des personnes en raison de leur loyauté envers le président Donald Trump.

Dans son nouveau travail, M. Klain devra faire respecter les souhaits du président, attraper les lances jetées contre lui et superviser des dizaines d’autres membres du personnel de haut niveau dont l’ambition démesurée peut correspondre à la sienne.

L’ère de l’expérience

«Ce n’est pas le moment des novices inexpérimentés», a souligné Valerie Jarrett, qui a travaillé comme conseillère principale du président Barack Obama alors que M. Klain était chef de cabinet du vice-président Biden.

Mme Jarrett affirme que M. Klain connaît la fonction de chaque agence du gouvernement fédéral, entretient des relations profondes au Capitole et a le respect évident de Joe Biden et de son entourage.

«Nous avons vu au cours des quatre dernières années à quel point les choses peuvent mal tourner lorsque des personnes qui ne comprennent pas réellement le fonctionnement du gouvernement sont responsables», a-t-elle ajouté.

Ron Klain marque le retour de la main expérimentée de Washington.

«Il a un profil discret parmi le grand public et un profil énorme parmi ceux qui comprennent le vrai pouvoir», a expliqué Evan Osnos, auteur d’une nouvelle biographie du président désigné, «Joe Biden: The Life, The Run and What Matters Now».

M. Osnos note le fait que la nomination de M. Klain ait été «applaudie par un spectre incroyablement large» de politiciens et d’experts — de la représentante progressiste Alexandria Ocasio-Cortez au commentateur conservateur Hugh Hewitt.

Ron Klain, un natif d’Indianapolis, a été un employé de haut niveau dans les trois branches du gouvernement, et dans la quatrième branche, moins officielle, celle de K Street et ses lobbyistes.

Et il a été une présence silencieuse à des moments politiques importants sur trois décennies.

Il a aidé à diriger l’équipe juridique du vice-président Al Gore lors du recomptage de la Floride en 2000, il était avocat principal du Comité judiciaire du Sénat (présidé par le sénateur Joe Biden à l’époque) lors des audiences de confirmation acrimonieuses du juge Clarence Thomas et il a contribué à la nomination de Ruth Bader Ginsberg à la Cour suprême.

«Concentrez-vous sur les faits»

Mme Jarrett se souvient d’un vieux mantra de Ron Klain qui s’applique bien, maintenant que M. Biden commence à assumer la présidence du pays, et que Donald Trump continue de remettre en doute les résultats.

«Ignorez le bruit», a-t-il dit à la Maison-Blanche. M. Klain était à l’époque coordinateur de la réponse au virus Ebola et l’administration Obama s’inquiétait d’une éventuelle arrivée du virus en territoire américain.

«Ignorez le bruit et concentrez-vous sur les faits.»

«Parce qu’il y aura toujours du bruit, a mentionné Mme Jarrett. Et cela peut être distrayant.»

Le sénateur Ed Markey avait embauché un jeune Ron Klain, qui avait été greffier pour le juge de la Cour suprême Byron White. Il s’est démarqué avec sa capacité à assimiler et articuler les politiques les plus arides de façon à ce qu’elles deviennent intelligibles, a confié M. Markey.

«Cela défiait son âge», a-t-il soutenu.

Dans une récente entrevue téléphonique, il s’est souvenu d’un moment où il avait remis à M. Klain le livre d’un professeur d’économie et lui avait demandé de se familiariser avec lui avant que l’auteur ne se rende au bureau le lendemain.

Lorsque la rencontre a eu lieu, M. Klain a fait bien paraître le sénateur Markey en conversant avec l’auteur sur l’argument économique dense exposé dans le livre.

«Si vous étiez à « Who Wants to be a Millionaire », que vous pouviez appeler un ami et que le million de dollars en dépendait, Ron Klain est celui que j’appellerais», a-t-il illustré.

Son souci du détail se retrouve même dans sa vie de famille. Des collègues de longue date le décrivent comme étant centré sur le travail et la famille, aimant planifier chaque détail des grandes vacances en famille. Il est également connu pour organiser des fêtes à la maison avec des touches originales, comme louer un camion de crème glacée pour venir à sa porte d’entrée ou installer un écran de cinéma pour son arrière-cour. M. Klein est également un passionné de la course Indianapolis 500, à laquelle il assiste.

Mais M. Klain n’a pas toujours été considéré comme l’homme de la situation. Lorsque l’administration Obama l’a nommé en 2014 à la tête de l’équipe d’intervention contre Ebola, il s’est fait critiquer pour son manque d’expérience médicale.  Le sénateur républicain Ted Cruz du Texas a parlé de lui comme d’un «agent politique de la Maison-Blanche» et le défunt sénateur républicain John McCain de l’Arizona l’avait qualifié d ‘«apparatchik démocrate». «Saturday Night Live» l’avait ridiculisé en le présentant comme étant dépassé par les événements.

Des paroles prémonitoires

Mais maintenant, l’expérience de M. Klain avec cette épidémie confère un air d’autorité à ses critiques des stratégies de l’administration Trump en temps de pandémie. Il a accordé plusieurs entrevues dans les médias et il a fait une apparition dans les vidéos de campagne de M. Biden dans lesquelles il explique la situation avec un tableau blanc.

Plus d’un an avant que le coronavirus ne soit même découvert, M. Klain prévenait que le style présidentiel de Donald Trump était singulièrement mal adapté pour faire face à une pandémie. Ses commentaires formulés en 2018 lors d’un forum d’été de l’Aspen Institute semblaient prémonitoires.

«Le président est anti-science. Il troque les attaques contre les experts. Il troque les théories du complot. Toutes ces choses conduiraient à la perte de nombreuses vies en cas d’épidémie aux États-Unis», a prédit M. Klain.

«Nous aurions besoin du public pour ne pas échanger des théories du complot, ne pas croire que les nouvelles sont fausses mais bien respecter l’expertise des scientifiques.»

M. Klain a été chef de cabinet de deux vice-présidents (MM. Gore et Biden) et d’un procureur général (Janet Reno). Il travaille avec M. Biden sous une forme ou une autre depuis plus de 30 ans.

L’homme des débats

En cours de route, Ron Klain s’est également taillé un créneau particulier: l’homme de référence pour la préparation du débat présidentiel. Il a participé aux préparatifs du débat pour les candidats démocrates à la présidentielle depuis John Kerry en 2004. Et M. Klain et sa partenaire fréquente, Karen Dunn, ont contribué à aider Barack Obama à rebondir après une performance fragile lors de son premier débat contre Mitt Romney en 2012.

Gene Sperling, un autre employé qui a aidé à la préparation de M. Obama, était dans la salle lorsque M. Klain a reçu un appel de Barack Obama après la première confrontation. Selon M. Sperling, M. Klain n’avait pas essayé d’embellir la situation; il a reconnu le revers et a été d’accord avec l’évaluation sévère de Barack Obama sur sa performance. Mais il a décidé de se concentrer sur les débats à venir.

«Il disait: « OK, deux de plus, nous ferons cela, nous ferons cela »», a raconté M. Sperling lors d’une récente entrevue téléphobique.

«Je crois que c’est vraiment important. Vous pouvez encourager et perdre votre crédibilité, vous pouvez être juste un prince des ténèbres ou vous pouvez être la voix directe qui reconnaît certaines difficultés mais qui réalise que la seule chose qui aide est d’avoir la tête froide. Ron avait la tête froide.»

Ron Klain peut parfois être irritant ou colérique et a été décrit comme quelqu’un qui tolère mal les imbéciles. Mais ses collègues se souviennent que son style de gestion est discipliné et inclusif — un contraste par rapport à la tourmente de la Maison-Blanche de Donald Trump et, mais aussi par rapport au premier chef de cabinet de Barack Obama, Rahm Emanuel, qui était connu pour son style agressif, souvent vulgaire.

Des hauts et des bas, aussi

Il y a eu quelques faux pas en cours de route. En tant que principal adjoint de Joe Biden lors du déploiement du plan de relance de près de 800 milliards $ US du Recovery Act, M. Klain s’est publiquement impliqué dans la controverse entourant Solyndra, un fabricant de panneaux solaires qui a fait faillite après avoir reçu plus de 500 millions de dollars de fonds de relance. M. Klain, malgré les doutes connus quant à la viabilité de l’entreprise, avait approuvé une visite de Barack Obama à l’usine de Solyndra, qui est devenue embarrassante et a ouvert le programme de relance aux accusations de mauvaise gestion.

Le lien professionnel de M. Klain avec M. Biden a également connu des hauts et des bas.

Dans la course présidentielle de 2016, Ron Klain est devenu conseiller de la meneuse de la course démocrate, Hillary Clinton, avant même de savoir si M. Biden — qui était en deuil de son fils Beau — annoncerait sa candidature.

Cette association a été mal reçue, selon ce qui a été révélé dans les courriels piratés du directeur de campagne de Mme Clinton, John Podesta. Dans un courriel adressé à M. Podesta datant d’octobre 2015, Ron Klein a reconnu que son choix avait nui aux perspectives de campagne de M. Biden et à sa relation avec son patron de longue date.

«C’était un peu difficile pour moi de jouer un tel rôle dans l’effondrement de Biden, écrivait alors Klain. «Je suis assurément mort pour eux — mais je suis heureux de faire partie de l’équipe HRC.»

Mais lorsque la campagne de Joe Biden s’est échauffée en 2020, M. Klain s’est une fois de plus retrouvé profondément ancré dans les activités, représentant l’un des visages publics de la campagne et préparant son candidat au débat présidentiel le plus chaotique de l’histoire américaine.

«Klain a pu revenir à Bidenland grâce à sa compétence pure», a conclu M. Osnos.

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