Rouyn-Noranda: un centre-ville piétonnier… sous surveillance

ROUYN-NORANDA, Qc — Rouyn-Noranda rend piétonnières les deux principales rues de son centre-ville. Le projet ne fait toutefois pas l’unanimité chez les commerçants de cette ville, qui avait été une des premières au Québec à fermer complètement en réponse à la pandémie.

La crise de la COVID-19 a eu un impact majeur pour la ville de Rouyn-Noranda. La municipalité avait été l’une des premières au Québec à être complètement fermée, en raison d’une éclosion importante du Coronavirus à la fin mars. La Société de développement commerciale du centre-ville a toutefois pris l’initiative, en collaboration avec la Ville de Rouyn-Noranda, de transformer les rues Principale et Perreault en rues piétonnières. Le projet-pilote s’est mis en branle le 23 juin, sera inauguré officiellement le 6 juillet, et se déroulera jusqu’au 6 septembre.

«Nous nous sommes inspirés de ce qui se fait dans d’autres villes de même taille ailleurs au Québec, explique le président de la SDC, Philippe Dessureault. Des villes comme Drummondville, Shawinigan et Trois-Rivières ont-elles aussi leur centre-ville piétonnier. Nous avons adapté le tout à notre réalité géographique.» Pour la SDC, Le projet revêtait une importance capitale, pour ramener le moral dans la population. «La population de Rouyn-Noranda a été confinée assez longtemps, rappelle Philippe Dessureault. Les gens ont besoin de sortir, de reprendre contact les uns avec les autres. »

La mairesse de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire, abonde dans le même sens : « Le contexte actuel avec la COVID-19, l’élan de solidarité créé par les appels à l’achat local et le besoin de se retrouver, même à deux mètres, nous ont amenés à rapidement considérer la demande de la SDC de piétonniser le centre-ville, affirme-t-elle. Il s’agit d’une belle opportunité d’agrandir les espaces pour les terrasses et de laisser plus de place à la circulation des piétons et des cyclistes.»

Les gens appuient, les commerçants moins

Lors d’un sondage, 75% des répondants se sont dit favorables au projet. La résonnance était cependant plus timide chez les commerçants eux-mêmes. Une pétition, signée par 70 commerçants du centre-ville, a été déposée à la Ville, notamment parce qu’il posait des problèmes logistiques. «C’est un projet en constante évolution, prévient M. Dessureault. Nous avons prévu une réévaluation après quatre semaines, pour ajuster le tir le cas échéant. Les enjeux de distanciation, les livraisons, les services d’urgence, il fallait penser à plusieurs choses en même temps. C’est compréhensible que certains commerçants ressentent de l’insatisfaction. Mais notre objectif, c’est d’offrir une expérience commerciale intéressante è notre clientèle, tout en respectant les normes sanitaires en place.»

Le stationnement, ou plutôt le manque de stationnement provoqué par la piétonnisation du centre-ville, crée des remous. La Ville va donc ajouter, en collaboration avec le Centre de services scolaire (ex-commission scolaire) de Rouyn-Noranda. De plus, la Ville rappelle que plus de 1000 espaces de stationnement se trouvent à cinq minutes de marche ou moins des avenues piétonnières. Elle-même grande marcheuse, la conseillère du quartier Centre-ville, Claudette Carignan, estime que le projet rendra aussi les citoyens plus actifs. «Il est vrai que nous avons l’habitude de nous stationner à proximité, mais ce projet de piétonnisation vient également encourager le transport actif. La marche et le vélo sont d’excellents moyens de se déplacer et de garder la santé.»

En attendant, les aménagements progressent, et les piétons peuvent déjà en profiter. «C’est un work in progress, conclut Philippe Dessureault. De plus, chaque projet passe par la santé publique, et le nôtre ne fait pas exception.»

Texte de l’Initiative de journalisme local