Rouyn-Noranda veut interdire les bateaux à moteur sur le lac Osisko

ROUYN-NORANDA, Qc — ROUYN-NORANDA- La Ville de Rouyn-Noranda veut interdire la circulation de bateaux à moteur sur le lac Osisko. Le dossier revient périodiquement à l’avant-scène depuis une trentaine d’années à Rouyn-Noranda, mais cette fois, la Ville a la volonté ferme d’entreprendre des démarches pour réglementer le plan d’eau, situé en plein centre-ville. 

Plusieurs étapes

Le problème pour la Ville, c’est qu’elle n’a pas le pouvoir de légiférer sur les plans d’eau, qui relèvent du gouvernement fédéral. C’est pourquoi elle a tenu une séance d’information mercredi soir (10 février), en compagnie d’Isabelle Girard, responsable du Règlement sur la restriction visant l’utilisation des bâtiments (REVUB). 

Il s’avère que réglementer les cours d’eau n’est pas une sinécure, comme l’expliquait Mme Girard. «Il faut démontrer que l’interdiction est la dernière option possible, a-t-elle expliqué à la trentaine de participants réunis sur Zoom. Il faut aussi démontrer que le problème ou risque est actuel. On ne peut pas légiférer pour l’avenir.»

Le problème est déjà identifié depuis longtemps, estime la mairesse de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire. «La Fonderie Horne (autrefois la Noranda) a déposé des sédiments toxiques au fond du lac pendant des années. Les hélices des bateaux à moteur ramènent ces sédiments en suspension dans l’eau. Sans oublier les plantes aquatiques nuisibles, comme le myriophylle à épis, qui peuvent se transmettre de lac en lac avec les embarcations.»  

Il faut ajouter à tout cela une kyrielle de formulaires et d’étapes avant que le règlement ne soit adopté. «Je ne m’attendais pas à ce que ce soit si complexe, a dit Mme Dallaire, au lendemain de la réunion. Avec tout ce que j’ai entendu, la restriction ne sera pas en vigueur avant 2022.»

En plus des formulaires, les municipalités doivent tenir des consultations et tenter de trouver des solutions alternatives, tout cela avant le 15 août de chaque année. La mairesse a même évoqué la municipalité de Nominingue, dans les Laurentides, qui a dû attendre huit ans avant de voir son règlement adopté. «Il fallait attendre que soient appliquées les solutions alternatives, ce qui représentait un an à chaque fois», a expliqué Isabelle Girard. 

De l’espoir

L’espoir est cependant revenu il y a environ un quart de siècle, alors que la Fonderie Horne a pris des mesures pour améliorer son bilan environnemental. Elle a notamment cessé de rejeter ses résidus miniers dans le lac, construisant des digues pour retenir les liquides.  Depuis, divers groupes et individus ont évoqué la possible restauration du lac Osisko.

À cet effet, un organisme citoyen s’est donné comme mission de «redonner le lac Osisko à ses citoyens». Le Collectif Territoire travaille avec la Ville de Rouyn-Noranda pour trouver des moyens de dépolluer le lac. «Plusieurs de nos sympathisants ont signé la pétition à l’origine de la démarche de la Ville, indique la directrice du Collectif, Geneviève Aubin. Certains d’entre eux étaient même à l’origine des premiers projets d’encapsulage du lac, il y a plus de 25 ans.» 

Bien qu’il y ait un lien entre l’interdiction des bateaux à moteur et la réhabilitation du lac Osisko, la Ville de Rouyn-Noranda traite les deux dossiers séparément. «Le projet de réhabilitation du lac Osisko est un bel exemple de mobilisation des citoyens, du milieu universitaire et de celui des affaires, rappelle Diane Dallaire. Tout le monde met la main à la pâte avec l’objectif de redonner le lac aux citoyens pour le centenaire de la ville (en 2026). En Abitibi-Témiscamingue, on a développé une expertise en réhabilitation de sites miniers. La technologie existe, le projet est faisable.» 

Quant à l’interdiction des bateaux à moteur, c’est une question de sensibilisation et en même temps de conservation des autres lacs, selon la mairesse. «Il y a plus de 600 lacs sur notre territoire, souligne-t-elle. Les plaisanciers doivent laver leur embarcation avant de changer de plan d’eau. Je suis contente de voir que le message passe, car de plus en plus de gens utilisent notre station de lavage, dans le secteur Arntfield. Mais il reste encore de la sensibilisation à faire.» 

Laisser un commentaire