Visé par des allégations de neuf femmes, Gilbert Rozon quitte ses fonctions

MONTRÉAL — Visé par des allégations de harcèlement et d’agression sexuelle de la part de neuf femmes, dont certaines bien connues sur la scène artistique québécoise comme la comédienne Salomé Corbo et l’animatrice Pénélope McQuade, le grand patron de Juste pour rire, Gilbert Rozon, a quitté l’ensemble de ses fonctions. Depuis, certaines entreprises ont commencé à prendre leurs distances.

Les femmes ont confié, mercredi, ce qu’elles ont vécu au journal Le Devoir et à la station de radio 98,5 FM. Ces allégations n’ont pas été prouvées devant un tribunal.  

La réaction du président du Groupe Juste pour rire n’a pas tardé.

Mercredi soir, Gilbert Rozon a dit quitter «dès maintenant», dans la foulée «d’allégations (le) concernant», ses fonctions multiples, soit de président du Groupe Juste pour rire, de commissaire aux célébrations du 375e de Montréal et son poste de vice-président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le tout dans une déclaration officielle diffusée sur sa page Facebook.

Le producteur s’est dit «ébranlé par les allégations» le concernant. «Je me retire par respect pour les employés et les familles qui travaillent pour ces organisations ainsi que tous nos partenaires», a indiqué M. Rozon.

Gilbert Rozon n’a pas offert davantage d’explications. «À toutes celles et ceux que j’ai pu offenser au cours de ma vie, j’en suis sincèrement désolé», écrit-il en conclusion de son message.

Par voie de communiqué, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain a confirmé mercredi en soirée que Gilbert Rozon «avait remis sa démission à titre d’administrateur du conseil d’administration» et que cette dernière prenait effet immédiatement. La Chambre et ses administrateurs ont ajouté qu’ils n’émettraient aucun autre commentaire à ce sujet pour le moment.

Même son de cloche du côté de la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, qui a dit «accuser réception de la démission de M. Rozon».

Le Groupe Juste pour rire a fait part jeudi que toutes ses activités et ses festivals au Québec et à l’étranger allaient se poursuivre tel que prévu. Un conseil d’administration indépendant a été formé pour la suite des choses, est-il précisé dans un communiqué.

La décision de M. Rozon de quitter ses fonctions est survenue quelques heures seulement après que l’humoriste Guillaume Wagner eut commenté sur sa page Facebook les allégations d’inconduites sexuelles rapportées mercredi par «La Presse» envers l’animateur et producteur Éric Salvail. L’humoriste ajoutait à la fin de sa publication: «Maintenant parlons du prochain. Gilbert Rozon», affirmant qu’il avait «entendu des histoires», dont certaines «récentes».  

M. Wagner concluait en disant qu’il ne travaillerait «plus pour Juste pour rire tant et aussi longtemps qu’un agresseur en serait le patron».

Les allégations rapportées par les présumées victimes se seraient déroulées dans différentes circonstances et à différentes époques — les plus récentes remonteraient à 2016.

Certaines des femmes citées par les deux médias allèguent qu’elles étaient adolescentes au moment des faits et la majorité d’entre elles oeuvrent de près ou de loin dans le milieu artistique.

Parmi les neuf témoignages recueillis, on compte celui de Marlène Bolduc, qui a dévoilé sur son compte Twitter avoir «été harcelée sexuellement par Gilbert Rozon sur (son) lieu de travail».

«Je travaillais pour un organisme en tant qu’animatrice-cycliste. Cet été-là, notre équipe a été embauchée par le Festival Juste pour rire», raconte-t-elle dans sa publication.

Elle allègue qu’un soir où elle devait transporter sur son vélo le président du Groupe Juste pour rire et deux de ses employés, Gilbert Rozon lui aurait fouetté le dos avec son foulard, disant qu’elle a un «beau dos cambré».

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a ouvert dans les derniers jours une enquête criminelle sur M. Rozon pour agression sexuelle, mais les circonstances de cet événement ne sont pas connues pour le moment.

Devant la possibilité que les dénonciations des derniers jours en incitent d’autres, le SPVM a mis en place une ligne téléphonique temporaire pour les victimes qui veulent signaler une agression ou du harcèlement sexuel.

«Nous sommes à l’écoute», avancent les policiers.

Le directeur du SPVM, Philippe Pichet, a aussi voulu rassurer les victimes: «Très sensible à la situation actuelle. La section des agressions sexuelles traitera toutes les plaintes avec le plus grand professionnalisme», a-t-il écrit sur son compte Twitter. 

Ce n’est pas la première fois que Gilbert Rozon doit répondre de ses actes.

En novembre 1998, il avait plaidé coupable à des accusations d’agression sexuelle relativement à un événement survenu en février de la même année lors d’une réception pour le 15e anniversaire du Festival Juste pour rire au Manoir Rouville-Campbell.

Durant la fête, l’homme d’affaires avait tenté de caresser une croupière âgée de 19 ans après l’avoir invitée dans sa chambre. La jeune femme avait toutefois réussi à s’enfuir et à aviser le personnel de l’établissement de ce qui venait de se produire.

Condamné à verser une amende, M. Rozon avait obtenu trois mois plus tard une absolution inconditionnelle de la part de la Cour supérieure du Québec.

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