Salutations et politesses à l’ère de la pandémie: quelques conseils

MONTRÉAL — Le confinement avait habitué plusieurs à rester dans leurs bulles : les interactions étant limitées, les conversations difficiles l’étaient tout autant et les salutations reléguées au second plan. Mais qu’advient-il de l’étiquette à l’heure du déconfinement, devrait-on ou non faire la bise, inviter un collègue antivaccin à son mariage ou même demander à quelqu’un s’il est vacciné lorsqu’on le (re)voit pour la première fois?

La Presse Canadienne a demandé quelques conseils à la professeure agrégée de bioéthique au Département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal, Vardit Ravitsky, pour naviguer à travers les relations sociales à l’ère de la pandémie. 

Peut-on demander à quelqu’un s’il est vacciné ou non?

«À mon avis (…) il est éthiquement préférable et même responsable de poser la question», répond Mme Ravitsky en entrevue téléphonique. 

«D’abord pour savoir comment se comporter», précise la spécialiste en bioéthique. Si la personne n’est pas vaccinée, «il vaut mieux garder une distance, mettre des masques», prendre des précautions qui ne seraient pas nécessaires de prendre avec une personne vaccinée. 

Poser la question est aussi une manière plus délicate de faire comprendre à la personne non vaccinée que son choix peut créer une barrière. 

En d’autres mots, c’est une façon d’afficher ses attentes ou ses limites. Ça démontre à la personne où on se situe par rapport à l’enjeu. 

Selon Mme Ravitsky, le point positif de cette situation est que ça peut entrainer les personnes qui hésitent à se faire vacciner à franchir le pas s’ils constatent que leur décision peut poser un problème ou créer une gêne avec leurs proches. 

C’est un bon moyen pour encourager un ami ou un membre de la famille à se joindre à l’effort collectif sans le forcer, explique-t-elle. 

Par ailleurs, Mme Ravitsky ne recommande pas d’éviter la question «pour être poli». «Ce n’est pas une affaire de politesse ou de vie privée, mais de santé publique», insiste la professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. 

Elle ajoute qu’il s’agit même d’une responsabilité sociale. Surtout que cette question représente l’occasion d’entretenir un dialogue sur la vaccination. 

Et si on est mal à l’aise d’en discuter?

La spécialiste en bioéthique reconnait que c’est une «conversation extrêmement difficile» à avoir. «Je comprends tout à fait. Moi aussi j’ai des amis non vaccinés.» 

Elle affirme toutefois que l’échange en vaut la peine, car il peut permettre de sauver des vies puisque la majorité des nouveaux décès dus au coronavirus sont liés à des gens qui n’ont pas été vaccinés. 

Ainsi «chaque personne qu’on réussit à convaincre est une vie qui est potentiellement sauvée». Le plus important est de faire preuve d’empathie et de considérer le point de vue de l’autre personne. 

C’est important de comprendre d’où vient la résistance, indique la spécialiste en bioéthique. Elle souligne aussi l’importance de garder une attitude et un ton respectueux. 

Elle admet qu’il y a peu de chance de convaincre quelqu’un qui s’oppose au vaccin depuis le premier jour. En revanche, si on discute avec quelqu’un qui préfère encore attendre ou qui a des inquiétudes particulières cela mènera à un débat plus raisonnable. 

En ce qui concerne les mariages, devrait-on retrancher ceux qui s’opposent au vaccin de sa liste d’invités? 

Mme Ravitsky trouverait dommage de ne pas envoyer d’invitation aux personnes qui ne sont toujours pas vaccinées. 

Là encore la professeure y voit une opportunité d’encourager son entourage à se retrousser la manche. C’est une occasion de créer une nouvelle norme sociale, dit-elle, en ajoutant une note qui souhaite la bienvenue aux personnes doublement vaccinées par exemple. 

Et qui dit rencontres, célébrations et fêtes, dit occasions de se saluer. 

Peut-on faire la bise quand on rencontre quelqu’un?

La spécialiste en bioéthique est présentement en Israël où la majorité de la population est vaccinée. Sur le terrain elle remarque qu’il est devenu normal d’approcher quelqu’un en lui demandant quel est son niveau de confort. 

Depuis à peine quelques jours elle a entendu toutes sortes de réponses : «Pas de masque, pas de bise ou avec masque la bise c’est OK, alors que d’autres sont à l’aise avec la mise même sans masque». 

Chaque personne, fait-elle observer, a maintenant «sa propre zone de confort et c’est important de respecter le désir de chacun». 

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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