Sanders et Warren risquent d’être exclus de l’administration Biden

WILMINGTON, Del. — Bernie Sanders et Elizabeth Warren, dirigeants de l’aile gauche du Parti démocrate, risquent d’être exclus des échelons supérieurs de l’administration du président désigné Joe Biden, qui tente de concilier les demandes de la base progressiste de son parti avec les réalités politiques d’un Sénat divisé.

Les sénateurs progressistes de la Nouvelle-Angleterre souhaitent toujours faire partie du cabinet du prochain président, mais même certains de leurs alliés reconnaissent qu’ils font face à des obstacles politiques majeurs pour y parvenir. Anticipant une déception, les dirigeants progressistes ont commencé à contrecoeur à exprimer leur soutien pour des choix moins controversés.

Mme Warren, qui a passé sa carrière politique à militer pour diminuer le pouvoir des grandes banques, est le premier choix du mouvement progressiste pour le secrétaire du Trésor. M. Sanders, qui se définit lui-même comme un socialiste démocrate, a réitéré sa volonté, jeudi, de devenir le nouveau secrétaire du Travail de M. Biden.

Qu’il soit inclus ou non dans le cabinet, M. Sanders a signalé que le président désigné ne devrait pas ignorer les progressistes.

«Ça semble clair pour moi que les opinions progressistes doivent être exprimées au sein d’une administration Biden», a confié M. Sanders à l’Associated Press. 

«Ce serait, par exemple, extrêmement insultant si Biden mettait sur pied une « équipe de rivaux » — et il y a des discussions sur le fait que c’est ce qu’il a l’intention de faire — qui pourrait inclure des républicains et des démocrates conservateurs, mais qui ignorerait la communauté progressiste. Je pense que ce serait très, très malheureux.»

Le président désigné fait face à une pression incroyable pour mettre sur pied une équipe qui rallie toutes les factions du parti. Il sera presque certainement critiqué, peu importe qui il choisit pour les postes les plus importants, mais il peut probablement moins se permettre de s’aliéner la base progressiste de son parti.

Pour satisfaire l’aile gauche, l’équipe de transition de Joe Biden a embauché Analilia Mejia, une conseillère de Bernie Sanders qui a été directrice politique de sa campagne présidentielle. Il est peu probable, cependant, que les embauches pendant la transition soient suffisantes pour satisfaire les progressistes.

M. Biden a déclaré aux journalistes jeudi qu’il avait finalisé son choix pour le secrétaire du Trésor et a précisé que ce serait «quelqu’un qui sera accepté par tous les éléments du Parti démocrate, modérés et progressistes». Il a esquivé une question spécifique au sujet de M. Sanders.

Joe Biden, qui sera probablement confronté à un Congrès divisé, réfléchit à l’idée d’adopter une série de mesures exécutives qui forceraient des changements importants dans les soins de santé, les banques, la réglementation environnementale, l’immigration et la politique étrangère.

L’équipe de transition de M. Biden a refusé de parler publiquement de M. Sanders et Mme Warren.

Des attentes réalistes

Et bien que les progressistes n’aient pas abandonné l’espoir que l’un ou les deux puissent encore être nommés, ils ont reconnu la possibilité — même la probabilité — que ces sénateurs de l’aile gauche bien en vue restent au Sénat.

«Il est prudent de dire qu’Elizabeth Warren a assurément gagné la confiance et l’oreille de Joe Biden, et jouera sûrement un rôle influent dans l’établissement de l’ordre du jour à l’avenir, soit en tant que sénatrice très puissante, ou soit dans un rôle plus formel dans son administration», a avancé Adam Green, cofondateur du Progressive Change Campaign Committee, qui fait partie des plus fervents partisans de Mme Warren à Washington.

Waleed Shahid, du comité d’action politique Justice Democrats, affirme que son groupe et d’autres reconnaissent que «tous les membres de l’administration ne seront pas progressistes». Il a ajouté que les progressistes voulaient simplement «une représentation adéquate» au cabinet.

«Nous plaidons pour leur inclusion, mais nous avons également des plans B», a-t-il déclaré à propos de Mme Warren et M. Sanders.

En effet, des groupes progressistes ont tenté de se rallier à des candidats moins connus, tels que le représentant du Michigan Andy Levin pour le département du Travail et l’ancienne présidente de la Réserve fédérale américaine Janet Yellen pour diriger le département du Trésor.

Défis au Sénat

Les progressistes comprennent le défi politique auquel les démocrates seraient confrontés si M. Sanders ou Mme Warren quittaient le Sénat. Dans les deux cas, les gouverneurs républicains auraient la possibilité de désigner leurs remplaçants, au moins à court terme.

M. Sanders a toutefois noté que le gouverneur du Vermont, Phil Scott, avait promis de pourvoir un poste vacant potentiel avec un indépendant qui se range derrière les démocrates, tout comme le sénateur actuel.

Dans le meilleur des scénarios pour les démocrates, le Sénat serait divisé à 50 contre 50 en janvier lorsque le nouveau Congrès prêtera serment, avec la vice-présidente désignée Kamala Harris qui briserait l’égalité. Mais c’est seulement si les démocrates remportent les deux élections en Géorgie le 5 janvier.

Le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, aura une grande influence sur les candidats du cabinet de Joe Biden, quel que soit le parti qui prend le contrôle.

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