Santé Canada maintient son approbation des herbicides à base de glyphosate

OTTAWA — Les experts de Santé Canada concluent qu’il n’y a aucune raison de douter des preuves scientifiques qu’ils ont utilisées jusqu’ici pour approuver l’usage du glyphosate dans les herbicides.

L’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire du ministère fédéral a donc maintenu, vendredi, sa décision de 2017 selon laquelle les herbicides et les pesticides contenant du glyphosate sont sans danger — s’ils sont utilisés et étiquetés de manière appropriée.

L’agence fédérale est tenue de réévaluer les herbicides tous les 15 ans. Après une telle réévaluation en 2017, elle avait approuvé l’utilisation du glyphosate au Canada, assortie d’exigences supplémentaires en matière d’étiquetage. La revue de littérature a porté sur plus de 1300 études et a conclu que les produits à base de glyphosate ne posent aucun risque pour l’homme ni pour l’environnement tant qu’ils sont correctement utilisés et étiquetés.

Le glyphosate est l’un des herbicides les plus utilisés au monde. Il est présent dans plus de 130 produits vendus au Canada et est largement utilisé par les agriculteurs pour empêcher les mauvaises herbes de pénétrer dans leurs cultures.

Après avoir publié en 2017 sa «décision de réévaluation finale», Santé Canada avait reçu huit avis d’opposition. Ces détracteurs accusaient Monsanto, le fabricant du «Roundup», un herbicide à base de glyphosate, d’avoir déposé des études scientifiques à l’appui de leur produit sans révéler que l’entreprise avait participé à ces études.

Leurs allégations étaient fondées sur des documents déposés dans le cadre d’une poursuite judiciaire intentée aux États-Unis. Un ancien jardinier avait obtenu un règlement de plusieurs millions de dollars après que des jurés ont conclu que son cancer était lié au glyphosate.

Les groupes écologistes, dont Ecojustice, Environmental Defence et l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, ont demandé à la ministre de la Santé, Ginette Petipas Taylor, d’ordonner une enquête indépendante sur la décision de Santé Canada.

Au lieu de cela, Santé Canada a chargé 20 scientifiques qui n’étaient pas impliqués dans la réévaluation d’examiner la question. Connie Moase, directrice de la division des effets sur la santé de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire, a assuré vendredi que ces scientifiques «n’ont ménagé aucun effort».

«Les objections soulevées n’ont pas suscité de doute ou d’inquiétude quant au fondement scientifique de la décision de réévaluation du glyphosate en 2017», a conclu Mme Moase.

Elle a précisé que les documents, connus sous le nom de Monsanto Papers, consistaient principalement en des évaluations d’études et non en de véritables études, alors que l’approbation de Santé Canada reposait sur les résultats originaux des études elles-mêmes.

Selon Mme Moase aucun organisme comparable dans le monde n’a conclu que le glyphosate cause le cancer aux niveaux d’exposition actuels.

Trish Jordan, directrice des affaires publiques et sectorielles de la division des sciences de la culture de Bayer Canada, a mentionné que la société avait soutenu la vérification supplémentaire lancée par Santé Canada et qu’elle était satisfaite du résultat.

Bayer Ag, propriétaire de Monsanto, nie avoir influé de manière inappropriée sur les résultats de centaines d’études qui prouveraient, selon lui, que son produit est sans danger.

«Nous avons un engagement indéfectible en faveur d’une science solide, de la transparence et de la production d’outils précieux qui vont aider les agriculteurs à continuer de nourrir de manière durable une population en croissance», a déclaré Mme Jordan.

Elaine MacDonald, responsable des communautés en santé pour Ecojustice, a qualifié cette décision de grande déception.

«Comment pouvons-nous faire confiance à la science si nous ne pouvons pas être sûrs qu’elle est indépendante?», a-t-elle commenté.

Muhannad Malas, gestionnaire du programme de lutte contre les substances toxiques chez Environmental Defence, a affirmé qu’il n’y avait aucune raison de faire confiance à Santé Canada si le ministère demande à ses propres scientifiques d’évaluer le travail de leurs pairs.

«Nous maintenons que le public ne peut pas avoir confiance en la validité de la décision du gouvernement de reconduire l’approbation du glyphosate à moins que le ministre de la Santé ne s’adresse à un groupe d’experts indépendants non affiliés à Santé Canada ou à l’industrie», a-t-il insisté.

Thierry Bélair, attaché de presse de la ministre Ginette Petipas Taylor, a mentionné que le gouvernement était bien conscient des préoccupations des Canadiens concernant les pesticides et que cet examen a été effectué avec le plus grand soin.

Des tests effectués récemment par Environmental Defence ont mis au jour des traces de glyphosate dans un certain nombre de produits alimentaires populaires, notamment des beignets, des biscuits et des céréales. Ces quantités étaient toutefois bien en dessous des seuils jugés à risque par Santé Canada pour la consommation humaine.

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1 commentaire
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Encore une déception de ma part de Santé Canada, je ne suis pas surpris car ils poursuivent la même attitude concernant les problèmes avec les prothèses mammaires dont plusieurs femmes de ce pays ont déposées des plaintes au fait que Santé Canada protège les compagnies plutôt que la population.
J’ai connu un scientifique de Santé Canada qui a perdu son emploi suite à avoir divulgué des renseignements pertinents de ses recherches. C’est un autre jour triste.