Santé du coeur: les femmes au Canada n’ont pas l’attention adaptée à leurs cas

MONTRÉAL — Les femmes sont trop nombreuses à souffrir ou à mourir de maladies du coeur à cause d’un système mal équipé pour diagnostiquer, traiter et soutenir leur santé cardiaque, indique un bulletin publié jeudi.

Dans le Bulletin du coeur 2018 émis par la Fondation des maladies du coeur et de l’AVC, le chef national de la direction, Yves Savoie, déplore qu’on commence tout juste au pays à comprendre le fonctionnement du coeur des femmes et de voir le temps qu’il faut pour que les connaissances leur parviennent.

En outre, les deux tiers des études cliniques sur les maladies du coeur se concentrent sur les hommes. Pourtant, les femmes sont cinq fois plus à risque de mourir d’une maladie du coeur que du cancer du sein.

De plus, les femmes qui font une crise cardiaque sont plus susceptibles que les hommes d’en mourir ou de subir un deuxième événement cardiaque dans les six mois suivants.

Annie Richard connaît très bien les symptômes de l’infarctus. La Montréalaise de 47 ans en a subi quatre au cours des dernières années. Pourtant, cette non-fumeuse qui s’alimente bien et prend soin de sa santé ne correspond en rien à l’image que l’on se fait habituellement des personnes cardiaques.

C’est peut-être pour cette raison que les professionnels de la santé ont parfois eu de la difficulté à poser le bon diagnostic lorsqu’elle s’est présentée devant eux avec de fortes douleurs thoraciques et d’autres symptômes.

Annie Richard souffre de tachycardie paroxystique supraventriculaire, une forme d’arythmie, depuis son enfance. Ce problème n’est pas lié aux infarctus, note-t-elle, mais il faisait en sorte qu’elle était déjà suivie par un cardiologue. 

Au premier infarctus, elle admet avoir «rationnalisé ses symptômes» et s’être convaincue qu’elle ne pouvait pas, à son âge et dans sa condition physique, faire une crise cardiaque. Peu de temps auparavant, le médecin spécialiste lui avait fait passer des tests et avait conclu que «tout était beau».

«Les électrocardiogrammes étaient beaux. Ils attribuaient les douleurs à l’anxiété et au stress», s’est-elle souvenue.

Moins d’un mois plus tard, elle se réveille à nouveau avec d’intenses douleurs, qui l’ont finalement amenée à l’urgence. Après une prise de sang à l’Institut de cardiologie, on a finalement découvert qu’elle faisait effectivement un infarctus.

Au troisième incident, elle s’est présentée à l’urgence enrhumée, certaine que ses symptômes étaient ceux d’un infarctus.

«J’ai dit (à l’urgentologue) que je faisais un infarctus, que j’en avais déjà fait deux, que j’avais une une endoprothèse artérielle. Ce qu’elle m’a répondu, c’est qu’elle pensait plutôt que je faisais une bronchite. Elle m’a fait passer des examens», a-t-elle raconté. Quelques heures plus tard, l’urgentologue est venue la revoir pour lui dire que les prises de sang confirmaient qu’elle avait fait un infarctus.

La docteure Karin Humphries, directrice scientifique d’un centre sur la santé cardiaque de la Colombie-Britannique, signale dans le bulletin de la Fondation que les types de maladies du coeur peuvent grandement différer chez les hommes et les femmes, et donc nécessiter une démarche particulière de diagnostic et de traitement. 

Annie Richard a de son côté constaté que son propre médecin de famille n’avait peut-être pas reçu toute l’information nécessaire pour reconnaître le risque d’infarctus chez les jeunes femmes.

«Elle me disait: « Nous à l’école, ce qu’on a appris, c’est que les femmes commencent à faire des infarctus de 10 à 15 ans après leur ménopause. Donc à 38-39 ans, (comme j’étais) en bonne santé, non fumeuse, active et (que je) mangeais bien, elle ne pouvait imaginer que je pouvais faire un infarctus», souligne celle chez qui on a finalement diagnostiqué de l’angine vasospasique, un problème génétique rare.

Yves Savoie lance un appel pour que les dispensateurs de soins aient les outils pour étudier et traiter les maladies du coeur différemment chez les femmes. Il réclame aussi que les femmes aient un accès à la réadaptation cardiaque autant que les hommes.

De son côté, Annie Richard conseille aux femmes de connaître les signes d’un infarctus, d’aller consulter et d’insister auprès des médecins s’ils refusent de tenir compte de la possibilité qu’elles puissent faire un infarctus.

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Les signes d’une crise cardiaque chez les femmes

Le signe le plus commun est la douleur ou l’inconfort thoracique. Toutefois, les femmes peuvent subir une crise cardiaque sans ressentir de pression à la poitrine. Leurs symptômes peuvent comprendre un essoufflement; une pression ou une douleur à la mâchoire, dans le haut du dos, dans la partie inférieure du thorax ou dans la partie supérieure de l’abdomen; des étourdissements ou un évanouissement, ou encore une fatigue extrême.

Source: Fondation des maladies du cœur et de l’AVC du Canada

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