Santé et sécurité du travail: les directeurs de la santé publique sonnent l’alarme

QUÉBEC — Les autorités de la santé publique mettent en garde contre la réforme des normes de la santé et de la sécurité du travail du gouvernement Legault.

Les travailleurs risquent de subir davantage de blessures et de maladies professionnelles, craignent les directeurs de la santé publique (DSP) du Québec. Le projet de loi 59 s’en remet trop à «l’autorégulation» des entreprises et c’est un danger qui pourrait finir par coûter plus cher, plaide un médecin spécialiste expert dans le domaine. 

Ils déposeront un mémoire jeudi devant la commission parlementaire qui étudie cette imposante refonte de la loi sur la santé et la sécurité du travail pilotée par le ministre Jean Boulet.  

La Presse Canadienne a obtenu un exemplaire du mémoire signé par les DSP. 

En vertu de la loi actuelle, les médecins de la santé publique peuvent intervenir dans les milieux de travail et voient à l’élaboration et à la mise en oeuvre de programmes de santé particuliers pour chaque entreprise.  

Selon le nouveau projet de loi, les médecins de la santé publique ne pourront plus intervenir sur le terrain, accompagner les milieux de travail, qu’à la demande des employeurs. 

«Je dois attendre le coup de téléphone d’un employeur pour aller l’aider à faire son programme de prévention», a déploré en entrevue téléphonique mercredi le Dr Geoffroy Denis, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive, chef médical du secteur santé au travail de la DSP de Montréal.

L’employeur pourra donc faire son propre programme lui-même ou faire appel à un expert-conseil. 

«Il y a des risques associés à ça. On ne pense pas que le travail d’une institution publique et neutre peut être remplacé par ça, a-t-il commenté. II y a des limites à l’autorégulation. Il faut faire attention. À long terme, concernant les coûts du système, cela pourrait venir nous hanter.»  

Les employeurs qui appellent les DSP sont ceux qui sont déjà plus sensibilisés et actifs en sécurité du travail. Mais les réfractaires et les négligents, eux, n’amélioreront pas leur bilan de santé et de sécurité, prédit le Dr Denis. 

Il craint en outre que les équipes de la DSP perdent 40 ans d’expertise accumulée sur le terrain qui leur permet justement de préparer des programmes de prévention généraux pertinents destinés à différents secteurs d’activité.

Les directeurs de la santé publique demandent de maintenir les pouvoirs actuels qui leur permettent d’évaluer la conformité des programmes de prévention et leur mise en oeuvre dans les entreprises.    

Le projet de loi 59 vise à réduire les coûts d’indemnisation.

Environ 700 personnes font partie des équipes de la santé publique qui se penchent sur la santé des travailleurs. 

C’est la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) qui assume les coûts de cette enveloppe de plus de 70 millions $. C’est bien peu par rapport aux budgets de la CNESST. 

La CNESST a versé des prestations totalisant 2,22 milliards $ en 2018. Elle avait alors accepté 103 406 lésions professionnelles et enregistré 226 décès. Chaque jour, 251 travailleurs subissent un accident.

Selon les données de la CNESST, les lésions psychologiques ont augmenté de 67 % au cours des 10 dernières années. 

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