Saskatchewan: un manifestant autochtone peut rester dans son tipi près du parlement

REGINA — Un juge de la Saskatchewan a décidé qu’un Métis pouvait rester sur la pelouse de l’Assemblée législative pour y poursuivre sa grève de la faim afin de dénoncer le nombre élevé de suicides dans le nord de la province.

Le gouvernement s’est adressé à la cour pour déloger Tristen Durocher, un jeune homme de 24 ans qui a installé son tipi dans le parc Wascana de Regina.

Il y est arrivé à la fin du mois de juillet après avoir parcouru à pied un trajet de 600 kilomètres à partir du nord de la Saskatchewan pour sensibiliser le public aux suicides dans la région.

Les avocats représentant le gouvernement ont soutenu que M. Durocher enfreignait les règlements du parc qui interdisent le camping de nuit et que sa présence présentait un risque pour la sécurité.

L’avocat de M. Durocher a déclaré la semaine dernière que le jeune homme observait un jeûne cérémonial qui se terminera dimanche et qu’il était protégé par la Charte canadienne des droits et libertés parce qu’il est autochtone.

Le juge Graeme Mitchell, de la Cour du Banc de la Reine, a rejeté la demande du gouvernement visant à obtenir une ordonnance du tribunal pour expulser Tristen Durocher, affirmant que les règlements administratifs du parc et l’avis d’intrusion qui lui a été remis sont inconstitutionnels.

Dans sa décision écrite publiée vendredi, le juge Mitchell souligne que les règlements du parc ne prévoient pas d’exemptions pour permettre «l’expression politique et spirituelle protégée par la Constitution comme celle qui est en cause dans cette affaire».

Il a décrété que les règles étaient «inopérantes» et a donné à la Commission de la capitale provinciale et à l’autorité du parc Wascana, qui contrôlent l’espace, six mois pour rédiger de nouveaux règlements.

Le juge souligne que le site web du parc reconnaît qu’il est situé sur des territoires autochtones cédés au gouvernement fédéral et abritant différentes nations autochtones, y compris les Métis. M. Mitchell a reconnu le fait que les terres ancestrales sont importantes pour les peuples autochtones lorsqu’ils pratiquent leur spiritualité.

Il a également déclaré que le droit de Tristen Durocher à la liberté d’expression avait été violé et qu’une place publique est un endroit où une personne peut légitimement se rendre pour «exprimer sa dissidence publique».

«À mon avis, la pelouse ouest du territoire de la législature de la Saskatchewan se qualifie manifestement de place publique. En fait, je ne peux penser à aucun autre espace qui mérite davantage une telle qualification», écrit le juge dans sa décision.

Il y a deux ans, un autre juge avait statué que la police de Regina pouvait déloger un camp de protestation autochtone du parc après que le gouvernement provincial eut présenté une demande similaire.

Le juge Mitchell a estimé que ce cas précédent était différent parce qu’il y avait un groupe de tipis plutôt qu’un seul, et que la situation actuelle implique un jeûne cérémonial.

«À mon humble avis, le jeûne cérémonial de Tristen représente une tentative, quoique petite et personnelle, de nous encourager tous à avancer un peu plus loin dans notre parcours national.»

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