Sauver les caribous sans tuer des loups, proposent des chercheurs

On peut parvenir à éloigner les loups des troupeaux de caribous dont ils se nourrissent en rendant plus difficiles leurs déplacements sur les sentiers d’origine humaine que ces prédateurs utilisent pour chasser.

C’est ce que laisse entendre une nouvelle étude.

Son auteur principal, Jonah Keim, affirme que les gouvernements ne sont pas obligés d’abattre ou d’empoisonner des loups pour protéger les caribous, dont les troupeaux sont en voie de disparition.

«C’est probablement l’un des problèmes de conservation les plus difficiles de l’hémisphère nord», dit M. Keim, un chercheur indépendant établi dans l’État de New York.

Les troupeaux de caribous en Alberta et en Colombie-Britannique sont en déclin depuis des décennies. Les scientifiques l’expliquent par la perte d’habitat – depuis 2000, ces deux provinces ont perdu pas moins de 33 000 kilomètres carrés de forêts anciennes. La présence de prédateurs, comme les loups et les ours, s’est accrue dans des endroits qui autrefois offraient un refuge sûr aux caribous.

Les gouvernements, avec un soutien scientifique, se sont tournés vers des enclos, l’élevage en captivité et l’élimination de centaines de loups dans le but de maintenir la présence du caribou dans ces régions.

Il y a peut-être un autre moyen, propose M. Keim. Les loups sont peut-être moins un problème que les sentiers artificiels dont ils profitent.

«Comment pouvons-nous réduire leurs déplacements», s’est-il demandé.

Ses collègues et lui ont installé des caméras à détecteur de mouvement sur les chemins forestiers, les lignes sismiques et les sentiers de chasse à travers l’aire de répartition du caribou Parker dans le nord-est de la Colombie-Britannique. L’équipe a enregistré les mouvements d’animaux devant ces caméras pendant un an.

Elle a mesuré les caractéristiques des itinéraires les plus faciles à parcourir pour les loups en les chronométrant. Elle a aussi examiné les sentiers qui mènent à des secteurs marécageux qu’aiment fréquenter les caribous et ceux qui se dirigent vers des secteurs plus élevés.

Elle a ensuite compliqué les déplacements des loups vers les habitats privilégiés par les caribous.

«Nous avons placé des arbres dans la ligne sismique, raconte M. Keim. Nous avons formé des monticules de terre. Nous avons essayé de rendre ces chemins aussi parcourir que l’habitat adjacent.»

L’équipe a laissé tourner les caméras. Ensuite, elle a comparé l’incidence de la présence de loups, d’ours et de caribous utilisant le même sentier le même jour à celle d’une zone témoin non traitée.

«Nous avons pu réduire de 85 % le taux de rencontre entre les loups et les caribous », déclare M. Keim.

Si Dave Hervieux, un spécialiste du caribou à Environnement Alberta, reconnaît que les résultats de l’équipe de M. Keim concordent avec ceux d’autres études,  celles-ci ne traitent que de la moitié du problème.

«Des niveaux anormalement élevés et non durables de prédation contre le caribou sont dus à la fois à un plus grand nombre de loups et à une hausse de leurs déplacements, explique-t-il. La restauration des caractéristiques linéaires est une action-clé. Cependant, il est peu probable que ce moyen pourra fournir à lui seul une protection suffisante à court terme pour les populations de caribous des bois en voie de disparition.»

M. Hervieux dit que le gouvernement albertain travaille avec l’industrie pour restaurer la couverture forestière des lignes sismiques, des oléoducs et des routes.

Selon M. Keim, se concentrer sur la «gestion des rencontres» pourrait contribuer grandement à réduire la nécessité de tuer chaque année un grand nombre de loups.

«Nous savons que l’élimination des prédateurs est socialement et éthiquement controversée et qu’elle ne résout peut-être pas le vrai problème.»

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