Scandale financier au Vatican: 10 personnes inculpées, dont un cardinal

ROME — Un juge du Vatican a inculpé samedi 10 personnes, dont un cardinal autrefois puissant, pour détournement de fonds, abus de pouvoir, extorsion et fraude dans le cadre de l’investissement de 350 millions d’euros de la secrétairerie d’État dans un projet immobilier à Londres. 

Le président du tribunal pénal du Vatican, Giuseppe Pignatone, a fixé au 27 juillet la date du procès, mais les avocats des accusés ont protesté, disant ne pas pouvoir se préparer si rapidement alors qu’ils n’ont pas encore officiellement reçu l’acte d’accusation et autres documents.

L’acte, lui-même, compte 487 pages. Il a été établi à la suite d’une vaste enquête de deux ans sur la gestion du vaste portefeuille d’actifs de la secrétairerie d’État, l’administration centrale du Vatican, dont la majeure partie est financée par le Denier de Saint-Pierre versé par les fidèles. Le scandale a entraîné des pertes de plusieurs millions de dollars. Il a incité le pape François à retirer à la secrétairerie le pouvoir de gérer cet argent.

Cinq anciens dirigeants du Vatican, dont le cardinal Angelo Becciu, et deux fonctionnaires de la secrétairerie d’État, ont été inculpés, ainsi que des hommes d’affaires italiens qui ont géré l’investissement londonien.

Les procureurs du Vatican accusent les principaux suspects d’avoir volé des millions d’euros au Saint-Siège en honoraires et autres pertes liées à des investissements financiers qui ont été financés en grande partie par des dons au pape pour des œuvres caritatives. Les suspects ont nié avoir commis des actes répréhensibles.

L’un des principaux suspects de l’affaire, le courtier italien Gianluigi Torzi, est accusé d’avoir extorqué 15 millions d’euros au Vatican pour obtenir la propriété de l’immeuble londonien à la fin de 2018. 

Selon les procureurs du Vatican, les hiérarques du Vatican ont été trompés par Torzi et un avocat italien – qui a également été inculpé samedi – pour accepter un accord d’achat d’actions. La secrétairerie d’État entend se déclarer partie lésée dans l’affaire.

Torzi a nié en bloc les faits qui lui sont reprochés, affirmant que tout était le fruit d’un malentendu. L’individu est actuellement à Londres dans l’attente d’une demande d’extradition des autorités italiennes, qui cherchent à le poursuivre pour d’autres délits financiers.

Ses représentants n’ont formulé aucun commentaire samedi, disant ne pas avoir lu l’acte d’accusation.

La tourmente a emporté un ancien candidat présumé au siège pontifical, le cardinal Angelo Becciu, qui a également été inculpé. Il avait contribué à organiser l’investissement initial de Londres lorsqu’il était chef de cabinet à la secrétairerie d’État.

Le pape François l’a limogé, l’année dernière, après qu’il eut donné 100 000 euros des fonds du Saint-Siège à une œuvre de bienfaisance diocésaine dirigée par le frère de Becciu.

Dans un communiqué publié samedi par ses avocats, Becciu a insisté sur «la fausseté absolue» des accusations à son endroit. Il a dénoncé ce qu’il a qualifié de «pilori médiatique sans précédent» monté contre lui par la presse italienne.

«Je suis victime d’un complot. J’attends depuis longtemps de connaître les accusations portées contre moi afin de pouvoir les rejeter rapidement et de prouver à tous mon innocence absolue», a-t-il déclaré.

Tomasso di Ruzza et René Bruelhart, deux anciens hauts responsables de l’Autorité d’information financière (AIF), le gendarme financier du Saint-Siège, ont été inculpés pour abus de pouvoir. Selon le site d’information Vatican News, les procureurs leur reprochent «d’avoir négligé les anomalies de l’opération de Londres», dont ils avaient été immédiatement informés.

Tous deux ont défendu leur travail. L’avocat du premier a insisté sur le fait que son client «a toujours agi dans le respect le plus scrupuleux de la loi et de ses devoirs  professionnels, dans l’intérêt exclusif du Saint-Siège». Le second a affirmé que son inculpation était une «faute procédurale qui sera annulée par les organes de justice du Vatican» dès que sa défense aura pu s’exprimer.

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