Secteur public: Daniel Boyer voit difficilement Québec adopter une loi spéciale

MONTRÉAL — Même si les négociations du secteur public durent depuis un an, le président de la FTQ, Daniel Boyer, croit que le gouvernement Legault pourra difficilement adopter une loi spéciale en 2021.

Et le gouvernement risque de se retrouver bientôt avec des votes de grève de la part de plusieurs syndicats, notamment dans le secteur de l’éducation, a prévenu le président de la plus grande centrale syndicale du Québec, récemment en entrevue avec La Presse Canadienne.

«Ce serait bien difficile de venir décréter, à moins qu’on mette sens dessus dessous le réseau de la santé et le réseau de l’éducation. Et on est loin d’être partis pour ça. On va aller se chercher des mandats de grève, effectivement. Ça va être plus facile à exercer dans le milieu de l’éducation. Dans le milieu de la santé, écoutez, je ne sais pas comment on peut exercer des mandats de grève, au moment où l’on se parle», a affirmé M. Boyer.

Qui plus est, la Cour suprême a rendu en 2015 l’arrêt Saskatchewan, qui a accordé une protection constitutionnelle au droit de grève.

«Il n’y aurait aucun motif pour le gouvernement de décréter les conditions de travail. Par contre, il y a beaucoup de motifs pour les négocier, les conditions de travail», a soutenu M. Boyer.

Il rappelle qu’à l’heure actuelle, le gouvernement peine à retenir ses travailleurs dans la santé et l’éducation. «Imaginez s’il décrétait les conditions de travail.»

«Pas montrable»

M. Boyer se dit néanmoins convaincu qu’aucune entente n’est possible si l’offre de Québec demeure dans les mêmes paramètres.

Québec offre à ses 550 000 employés 1,75 % d’augmentation de salaire la première année de la convention collective avec un montant forfaitaire de 1000 $, puis 1,75 % la deuxième année avec un montant forfaitaire de 600 $, puis 1,5 % la troisième année.

«On ne sera pas montrable en assemblée, devant nos membres, si on se présente avec la proposition initiale», s’exclame M. Boyer.

Dernière année à 15 $

Alors que le salaire minimum a été haussé à 13,10 $ l’heure en mai dernier et que Québec vient d’annoncer qu’il sera majoré à 13,50 $ en mai 2021, le président de la FTQ s’impatiente. La centrale revendique 15 $ l’heure depuis 2016.

«Ça prend tellement de temps que c’est la dernière année qu’on réclame 15 $ de l’heure, là! C’est la dernière année! C’est fini, parce qu’on va réclamer plus que ça, parce qu’on ne sera pas capable de vivre dignement et décemment avec 15 $ de l’heure», s’exclame M. Boyer.

Déjà, lors du congrès de la FTQ en 2019, certains de ses grands syndicats affiliés avaient soumis des propositions pour que la centrale revendique désormais 17 $, voire 18 $ l’heure.

Travailleurs essentiels

M. Boyer souligne que la pandémie a permis de réaliser que plusieurs des travailleurs jugés essentiels gagnaient si peu qu’il a fallu hausser leur salaire avec des primes: préposés aux bénéficiaires, employés dans les épiceries et dans les usines de transformation de la viande, par exemple.

Même la Prestation canadienne d’urgence (PCU), qui donnait 500 $ par semaine pour subvenir aux besoins essentiels durant la pandémie, leur accordait un revenu plus élevé que le salaire minimum, rappelle M. Boyer.

Santé-sécurité à amender

L’année 2021 amènera une réforme en santé-sécurité que le monde du travail attend depuis des décennies. Le projet de loi qui refond le régime de santé et sécurité au travail vient d’être déposé par le ministre du Travail, Jean Boulet, et la plus grande centrale syndicale en est passablement insatisfaite.

«Il ne faut pas que ce soit adopté tel quel. Ce qui est sur la table, c’est une modernisation qui mérite de très, très grandes améliorations. Sinon, on va inviter le ministre à réécrire son projet de loi», lance M. Boyer.

Entre autres reproches, il note que le secteur de la santé est classé comme un secteur à risque «faible» en matière de santé-sécurité, alors que tant de travailleurs y sont affectés par des problèmes d’épuisement, de maux de dos, sans compter les infections comme la COVID-19.

«Pour des gains qui ne sont vraiment pas à la hauteur en termes de prévention, on sacrifie les droits des travailleurs et travailleuses accidentés. Et ça, ça vient nous chercher pas mal profondément», conclut M. Boyer.

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