Secteur public: la FTQ, la FIQ et l’APTS boycotteront les forums de discussions

MONTRÉAL — Coup de théâtre: la FTQ, la FIQ et l’APTS refusent de participer aux trois forums de discussions annoncés par Québec dans le cadre des négociations des secteurs public et parapublic.

Le nouveau processus que voulait mettre en place le gouvernement Legault, s’il n’a pas déraillé, est sérieusement entravé par ces trois refus d’y participer.

Lorsqu’il avait déposé ses offres aux 550 000 employés de l’État, à la mi-décembre, le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, avait du même souffle annoncé une «première» dans le cadre des négociations du secteur public: la création de trois forums de discussions.

Ces forums portent sur la réussite éducative, sur la santé des travailleurs et sur l’accessibilité aux soins pour la clientèle en hébergement de longue durée ou recevant des soins à domicile.

Composés de représentants patronaux et syndicaux, ces forums doivent notamment permettre de discuter de mesures monétaires particulières pour les préposés aux bénéficiaires et les enseignants en début de carrière, avait expliqué le ministre Dubé.

FTQ: «une distraction inutile»

Or, au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne vendredi, le président de la FTQ, Daniel Boyer, a fait savoir que sa centrale ne participerait pas à ces forums, y voyant «une distraction inutile».

M. Boyer estime que c’est aux tables de négociation que ces questions doivent être réglées, et non à des tables parallèles.

«C’est une distraction inutile. Est-ce qu’on veut nous amener ailleurs? Je n’en ai aucune idée. Je ne sais pas c’est quoi les intentions du gouvernement, mais nous, ce qu’on dit, c’est qu’on ne veut pas embarquer dans ce jeu-là. On veut négocier à la bonne place les conditions de travail et les conditions d’exercice d’emploi des gens. Il n’y a pas un processus de négociation et de renouvellement des conventions collectives pour rien!» s’est exclamé M. Boyer.

«Peut-être que si ça avait été mis sur pied il y a deux ans, peut-être qu’on y aurait participé. Mais là, dans le cadre actuel, on trouve que c’est de truquer les affaires. Truquer les affaires pour qu’on convienne dans d’autres lieux que le lieu approprié — qui est celui des tables de négociation — des conditions de travail et des conditions d’exercice d’emploi du monde», a conclu le président de la FTQ, dont 52 000 membres sont concernés par cette négociation.

FIQ-APTS

Le refus d’y participer est aussi catégorique de la part de l’alliance FIQ-APTS (Fédération interprofessionnelle de la santé-Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux), qui représente 131 000 infirmières, infirmières auxiliaires, techniciennes en laboratoire, travailleuses sociales et autres.

En entrevue, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) Nancy Bédard, n’a vu «aucune valeur ajoutée» dans ces forums, qui comportent «beaucoup de flou».

«Ces forums ne feront que multiplier les tables de négo et vont clairement ralentir les tables officielles et rallonger inutilement le processus de négo», a critiqué Mme Bédard.

«Dans un contexte où nos membres à l’APTS et à la FIQ tombent comme des mouches, dans un contexte où nos gens travaillent à se rendre malades — et ça c’est terminé — vouloir rallonger la période de négociation, en ajoutant un processus de discussions sur des enjeux qui sont déjà connus, tant de la part du gouvernement que de nous, pour nous ça manque énormément de respect et de rigueur», a tonné Andrée Poirier, présidente de l’APTS.

CSQ et CSN

De son côté, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) se montre «très critique» de ces forums, mais n’a pas encore décidé de l’attitude à adopter face à cette nouvelle structure.

Au cours d’une conférence de presse, lundi dernier, la présidente de la CSQ, Sonia Éthier, disait avoir besoin de «plus de détails» pour comprendre de quoi il en retournait. La centrale rencontrait justement le Conseil du trésor vendredi et devrait prendre position à ce sujet au cours des prochains jours.

À la CSN, la décision sera prise la semaine prochaine. Pour le moment, la centrale veut savoir en quoi consistent ces forums de discussions, a-t-on fait savoir­.