Sécurité aux aéroports canadiens: fort roulement de personnel selon des syndicats

TORONTO — Des syndicats représentant les contrôleurs de sécurité dans les aéroports du Canada affirment que le roulement des nouveaux employés est élevé malgré les efforts pour embaucher plus de travailleurs.

Dans certaines régions, à peine une personne sur trois récemment embauchée est encore en poste.

Les retards importants et les annulations de vols dans les aéroports du Canada plus tôt cette année ont attiré l’attention des passagers et des politiciens. Pour atténuer le chaos, le gouvernement a embauché depuis plus de 2000 nouveaux agents de contrôle.

David Lipton du syndicat des Métallos, qui représente environ 2000 agents de contrôle de sécurité dans 41 aéroports, affirme qu’environ un tiers seulement des agents de contrôle embauchés sont restés, les autres ayant démissionné pendant la période de formation ou non. D’autres syndicats ont signalé des niveaux de roulement similaires pour les nouvelles embauches récentes.

Par exemple, David Lipton signale que l’aéroport d’Ottawa avait besoin de 350 à 380 travailleurs pour disposer d’un personnel adéquat, mais on en compte environ 270.

Les contrôleurs de sécurité dans les aéroports canadiens travaillent pour des entrepreneurs tiers embauchés par l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA), une société d’État. Trois principaux entrepreneurs fournissent des agents de contrôle dans les aéroports du Canada: Allied Universal, Securitas et GardaWorld.

L’ACSTA soutient que le taux d’attrition moyen signalé pour les agents de sécurité au cours du trimestre terminé le 30 septembre était de 12,2 %. La porte-parole, Suzanne Perseo, assure que l’agence est prête pour la prochaine saison des Fêtes.

GardaWorld et Allied Universal assurent qu’ils sont bien dotés en personnel, GardaWorld augmentant les embauches pour les vacances, tandis que Securitas refuse de commenter, citant des négociations en cours.

Presque tous les agents de sécurité représentés par le syndicat des Métallos sont actuellement en négociations avec leurs employeurs. Parmi eux se trouvent les agents de contrôle du Québec et du Canada atlantique, qui ont récemment rejeté une offre de Securitas, et des travailleurs de l’aéroport d’Ottawa qui négocient avec GardaWorld.

David Lipton observe que l’inflation a rendu les salaires actuels pour le contrôle de sécurité moins attrayants, ce qui rend plus difficile de retenir les travailleurs. « En période de forte inflation, les travailleurs ont besoin d’une augmentation plus importante juste pour joindre les deux bouts », dit-il.

Mais il ajoute que les conditions de travail éloignent également les gens, car avec moins de travailleurs, les quarts de travail sont plus longs et plus stressants.

Keith Aiken de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale, qui représente des milliers d’agents de sécurité en Colombie-Britannique et en Ontario, y compris ceux de l’aéroport Pearson de Toronto, affirme pour sa part que le taux de roulement des agents de sécurité est très élevé. Dans le cas de l’aéroport Pearson, il explique le phénomène par les horaires et les conditions de travail.

« Nos agents de contrôle préembarquement sont hautement surveillés et évoluent dans un environnement stressant, ce qui fait que les nouveaux travailleurs ne veulent pas faire le travail », selon Keith Aiken.

Le cabinet du ministre des Transports reconnaît que, comme d’autres secteurs, l’ACSTA fait actuellement face à des taux de roulement de personnel plus élevés. Mais la porte-parole, Nadine Ramadan, affirme que l’ACSTA a atteint les niveaux de dotation en personnel d’avant la pandémie dans les principaux aéroports et entame la saison des Fêtes avec des temps d’attente plus courts. Par exemple, dit-elle à Pearson, l’ACSTA est de 25 % au-dessus des niveaux de dotation d’avant la pandémie, y compris le roulement.

Cependant, Keith Aiken observe que les nouveaux employés qui restent font face à des arriérés dans le processus de formation fourni par l’ACSTA. Par conséquent, de nombreuses nouvelles recrues ne peuvent effectuer que certaines tâches, et non des tâches complètes.

Suzanne Perseo de l’ACSTA répond que l’autorité de contrôle a modifié sa formation plus tôt cette année pour « accélérer la préparation des agents de contrôle tout en donnant la priorité à l’efficacité de la sécurité ». Cela signifie que certaines recrues effectuent des tâches autres que la sélection dans les files d’attente pour optimiser la dotation. Mme Perseo signale que l’ACSTA a aussi ajouté plus de formateurs.

Catherine Cosgrove du syndicat des Teamsters, qui représente environ 1000 préposés au contrôle de GardaWorld à travers le Canada, a observé que la COVID-19 a changé la réalité des travailleurs. « Le roulement est actuellement généralisé », dit-elle, convenant qu’environ un tiers des recrues des derniers mois sont toujours en poste.

Les agents de contrôle de l’aéroport d’Edmonton ont signé une entente en septembre avec une augmentation de salaire de 12 % sur deux ans et demi après avoir voté en faveur de la grève en juillet. Mais malgré ces gains, Mme Cosgrove pense que la rétention des travailleurs sera un problème persistant dans l’industrie.

David Lipton avertit qu’à l’approche de la période des Fêtes, des agents syndiqués avec les Métallos pourraient ne pas être en mesure de faire la grève. Les syndicats attendent une décision du Conseil canadien des relations industrielles pour déterminer s’ils ont le droit de faire la grève.

Le syndicat des Métallos demande au gouvernement d’augmenter le financement des agents de contrôle de l’ACSTA, expliquant que les employeurs citent des restrictions de financement dans leurs contrats avec des tiers comme raison pour ne pas être en mesure d’offrir de meilleures offres à la table de négociation.

L’ACSTA n’a fait aucun commentaire sur son financement, mais se dit convaincue que les entrepreneurs peuvent travailler avec les syndicats pour parvenir à des accords, tandis que le personnel du ministre des Transports a déclaré que le gouvernement n’avait pas coupé ou diminué le financement du personnel de l’ACSTA.

Mais David Lipton pense « qu’un problème majeur est que l’ACSTA doit financer adéquatement les opérations de contrôle afin que les entrepreneurs de contrôle puissent payer des salaires appropriés à ces personnes et stabiliser la main-d’œuvre ».

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