Sécurité ferroviaire: le transport de pétrole retiré de la liste de surveillance

OTTAWA — Le transport de liquides inflammables par train, comme le pétrole, a été retiré de la Liste de surveillance du Bureau de la sécurité des transports (BST), cinq ans après la tragédie de Lac-Mégantic, a annoncé lundi sa présidente, Kathy Fox.

«Même si c’est enlevé de la liste de surveillance parce que l’industrie et l’organisme de réglementation ont fait spécifiquement ce qu’on leur a demandé de faire, ça ne veut pas dire que c’est disparu de notre radar, loin de (là)», a-t-elle affirmé en conférence de presse.

Le BST, qui est chargé d’enquêter sur les accidents dans le transport aérien, ferroviaire et maritime, se dit généralement satisfait des mesures prises par le gouvernement fédéral et l’industrie pour réduire les risques posés par le transport de matières dangereuses. Il identifie toutefois d’autres facteurs de risque comme la fatigue des cheminots et le non-respect des signaux ferroviaires.

Le transport des liquides inflammables avait été ajouté à la Liste de surveillance du BST en 2014 dans la foulée de la tragédie de Lac-Mégantic.

Quarante-sept personnes avaient perdu la vie en juillet 2013 lorsqu’un train transportant 7,7 millions de litres de pétrole brut s’est mis en mouvement et a déraillé à Lac-Mégantic. Les wagons s’étaient enflammés et avaient détruit le coeur du centre-ville de cette municipalité de moins de 6000 habitants.

«Depuis 2014, et surtout depuis 2016, on voit que les compagnies ferroviaires font une meilleure gestion de risque lorsqu’elles transportent des liquides inflammables. Aussi, dernièrement, le ministre des Transports a accéléré le processus de retirer les anciens wagons-citernes les plus vulnérables», a dit Mme Fox.

Les DOT-111, qui ne pouvaient plus transporter de pétrole brut depuis deux ans, ne pourront plus transporter de liquides inflammables volatils à compter du 1er janvier 2019, soit six ans plus tôt que prévu. C’est ce type de wagons-citernes qui avait été impliqué dans la tragédie de Lac-Mégantic. Les CPC 1232 sans couche de protection thermique, qui transportent également du pétrole brut, seront également retirés de façon progressive dès le 1er novembre, presque un an et demi plus tôt.

La Liste de surveillance publiée tous les deux ans depuis 2010 identifie les enjeux de sécurité à régler dans le transport aérien, ferroviaire et maritime. Encore une fois, le BST dénonce la lenteur du ministère des Transports du Canada à mettre en oeuvre ses recommandations. Sa présidente s’explique mal pourquoi 62 de ses recommandations, dont 34 ont été émises il y a plus de 10 ans, ne font pas l’objet d’un suivi.

Elle invite également le gouvernement fédéral et les industries ferroviaire, aérienne et maritime à prendre au sérieux le problème de fatigue de leurs employés, un facteur qui a contribué à plusieurs incidents depuis la création du BST en 1990. La fatigue des cheminots était déjà inscrite à sa Liste de surveillance en 2016.

«On veut éviter qu’une tragédie ne se reproduise», a commenté le député conservateur Luc Berthold qui représente la région de Lac-Mégantic à la Chambre des communes.

«Donc, tous ces éléments-là qui peuvent (permettre) à un événement comme celui de Lac-Mégantic de se reproduire… Quand on a la possibilité d’agir, c’est incompréhensible qu’on n’agisse pas dès maintenant.»

«Non seulement, ce n’est pas normal, mais je retiens un mot important dans votre question, c’est « réitère », a dénoncé à son tour le porte-parole néo-démocrate en matière de transports Robert Aubin en mêlée de presse. (…) D’année en année, ce qu’on voit, ce sont les mêmes problèmes dont celui de la fatigue dans l’ensemble des modes de transport.»

Il accuse le gouvernement de laisser «le maximum de pouvoir aux grandes compagnies» et d’avoir «abdiqué ses propres responsabilités en termes de régulation».

Le ministre des Transports, Marc Garneau, a assuré que la sécurité était sa priorité.

«On fait du progrès», a-t-il constaté en soulignant que le BST avait retiré deux autres enjeux de sa Liste de surveillance, soit l’ajout d’enregistreurs audio-vidéo à bord des locomotives et les approches non stabilisées des avions à l’atterrissage qui augmentent le risque d’accidents.

«Est-ce qu’il reste du travail à faire  Oui, a continué le ministre. Il y a beaucoup d’enjeux qu’ils ont soulevés où on est presque prêts à sortir avec des nouveaux règlements. Alors, je vous demande d’être un petit peu patients.»

M. Garneau n’a pas voulu préciser d’échéancier, se limitant à dire que ces règlements seraient dévoilés «aussitôt que possible».

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