Selon l’APNQL, la mort de 5 jeunes servira d’exemple de discrimination systémique

MONTRÉAL — La décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de ne pas porter d’accusations dans le dossier de la mort de cinq jeunes Atikamekw de Manawan, il y a 40 ans, sera sans doute évoquée lors des consultations sur la discrimination systémique et le racisme.

Au lendemain de l’annonce de cette décision, le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, a à son tour réclamé des excuses du gouvernement du Québec dans cette triste affaire, comme l’avaient fait la veille le chef de Manawan, Jean-Roch Ottawa, et le grand chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish.

«Même si c’est un dossier qui nous ramène 40 ans plus tard, il n’en demeure pas moins que les familles sont encore à court de réponses», a-t-il fait remarquer vendredi en entrevue avec La Presse canadienne.

«La moindre des choses du côté du gouvernement du Québec, ce serait de formuler des excuses aux familles», a laissé tomber le leader autochtone.

L’incapacité du DPCP d’aller de l’avant en raison d’une preuve insuffisante témoigne, selon Ghislain Picard, d’une situation qui mérite d’être soulevée lors des consultations sur la discrimination systémique et le racisme, annoncées en juillet dernier par le gouvernement Couillard.

«Le cas de Manawan sera certainement cité en exemple, d’après moi», a-t-il dit.

«C’est tout à fait légitime. Quand on parle de racisme systémique, c’est lié au traitement qu’on fait d’une situation», a-t-il expliqué, tout en se montrant prudent.

«Il y a des éléments qui semblent indiquer qu’il n’y a peut-être pas eu assez d’importance accordée à cette situation, alors que ç’aurait pu être différent si ç’avait été des non-Autochtones. Je dis ça en pesant mes mots parce que c’est difficile de faire cette démonstration.

«Mais si la question se pose en 2017, elle peut très certainement se poser dans le contexte de situations qui remontent à 30 ou 40 ans», a avancé M. Picard.

Les cinq jeunes étaient décédés en juin 1977 lorsque la fourgonnette dans laquelle ils prenaient place avait plongé dans la rivière du Milieu.

Deux non-Autochtones, dont le conducteur, avaient réussi à sortir du véhicule.

Un coroner avait conclu que ce dernier avait les facultés affaiblies et qu’il s’agissait d’un acte criminel, mais aucune accusation n’avait été déposée.

La Sûreté du Québec avait rouvert l’enquête l’an dernier à la suite d’un reportage de Radio-Canada, mais le DPCP a finalement conclu qu’il n’avait pas la preuve nécessaire pour aller de l’avant avec un procès contre le conducteur, qui est toujours vivant.

Les consultations sur la discrimination systémique et le racisme doivent s’amorcer plus tard ce mois-ci dans différentes régions du Québec. Des groupes de travail mèneront parallèlement des travaux sur différentes thématiques et le tout se conclura par un forum public en novembre 2017.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, qui pilote l’ensemble du dossier, devra ensuite faire rapport au gouvernement.