Selon Yvon Deschamps, «la CAQ est toute seule. J’aime pas ça du tout!»

MONTRÉAL — Yvon Deschamps est «malheureux de ce qui se passe en politique» en marge de l’actuelle campagne électorale.

C’est là l’expression qu’il a spontanément utilisée en ouverture d’un entretien avec La Presse Canadienne sur la campagne électorale en cours.

Du haut de ses 87 ans, l’œil brillant et l’esprit vif, l’humoriste n’a pas hésité à commenter la politique comme il l’a souvent fait dans le passé, et son propos est à la fois cinglant et triste par rapport à ce qu’il constate.

Indépendantiste, mais apolitique

«Je ne sais pas pourquoi on fait une campagne électorale. Je ne pense pas que personne ne va prendre la place de la CAQ! Il n’y a pas d’autres partis en ce moment qui peuvent faire ça et c’est terrible.»

Il faut avoir suivi l’historique des interventions d’Yvon Deschamps pour comprendre qu’il ne se fait pas critique de la CAQ pour autant. Indépendantiste de la première heure, l’humoriste s’est toujours néanmoins défini comme apolitique, estimant que la question de l’indépendance se situe au-dessus des partis. Approché par de nombreux partis, la seule charge qu’il ait jamais acceptée fut celle de chef de «l’Action démagogique du Québec» dans «Les Parlementeries» sur la scène du Théâtre St-Denis en 2008.

«J’aime pas ça du tout»

Ce qui l’inquiète, c’est plutôt l’espace qu’occupe la Coalition avenir Québec, ou plutôt celui que n’occupent pas ses adversaires : «On aimerait bien avoir une démocratie. On aimerait bien avoir des partis forts qui sont dans l’opposition, mais là, la CAQ est toute seule. J’aime pas ça du tout. Ça m’inquiète.»

Il rappelle à cet effet, l’époque où le Parti progressiste-conservateur s’était scindé en deux avec la création du Reform Party, qui allait devenir l’Alliance canadienne avant de se réunir à nouveau au Parti conservateur : «Ç’a été le cas au fédéral pendant longtemps, quand les conservateurs se sont séparés en deux gangs et qu’ils se sont chicanés entre eux au lieu de s’occuper des affaires de l’État, le Parti libéral (du Canada) pouvait faire n’importe quoi. Pas grave, il n’y avait pas d’opposition!» 

«Je ne voudrais pas que ça arrive ici. J’espère que les partis politiques vont se prendre en mains, qu’ils vont se réveiller et qu’ils vont trouver comment retrouver le cœur des Québécois, comment faire pour aller les chercher», poursuit-il.

«Je ne sais pas ce qu’on veut»

Il constate comme tout le monde que l’ancienne dualité souverainiste-fédéraliste n’est plus au cœur de la vie politique et, selon lui, cet effacement de la question nationale a créé un vide que personne n’a su combler: «En réfléchissant, je suis moi-même incapable de définir qu’est-ce qu’on veut? Je ne le sais pas ce qu’on veut. Je ne le sais plus.»

«Avant c’était simple. On veut se séparer, on travaille là-dessus. En travaillant là-dessus, on prenait du poil de la bête, on faisait des choses et même s’il n’y avait pas la séparation, ce n’est pas grave; ça nous faisait avancer. C’était quelque chose qui nous donnait des coups de pied dans le derrière pour dire: Il faut que tu prouves que t’es capable de faire quelque chose par toi-même, alors bouge tes fesses.»

«Là, on dirait qu’on n’a pas de but, quelque chose qui nous pousse tout le monde. On ne sait plus où on est pantoute!», conclut-il.

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