Semaine de relâche: Québec songe à ériger des barrages policiers inter-provinciaux

QUÉBEC — Les Ontariens ne seront peut-être pas les bienvenus au Québec durant la semaine de relâche.

Le Québec songe à ériger des barrages policiers durant la semaine de relâche scolaire pour contrôler à la fois les déplacements entre les régions et ceux en provenance de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a dit mercredi, en point de presse, que les variants du virus de la COVID-19 constituaient une grande source de préoccupation pour le gouvernement et que des mesures étaient à l’étude pour éviter qu’ils se propagent à travers le Québec durant la semaine de relâche scolaire, réputée pour favoriser les déplacements entre les régions et les provinces.

Des annonces devraient être faites la semaine prochaine.

Les visiteurs en provenance de l’Ontario, notamment les étudiants qui ont pris l’habitude de visiter en grand nombre le Québec durant le Spring Break, sont particulièrement visés.  

«Pour l’Ontario, et même pour le Nouveau-Brunswick, mais peut-être plus pour l’Ontario dans ce cas-là, on a des discussions continuellement», a confirmé la vice-première ministre.

L’Ontario est la province canadienne ayant rapporté le plus grand nombre de cas de contamination aux nouveaux variants du virus, considérés extrêmement contagieux.

Si, dans ces circonstances, le Québec choisit de mieux contrôler l’accès à sa frontière, il aura la bénédiction du gouvernement fédéral. 

Interrogé à ce propos mercredi matin, en marge d’une annonce, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué que le contrôle des frontières entre les provinces relevait des gouvernements provinciaux.

«Les provinces et les territoires peuvent très bien décider quelles sont les mesures à leur propre frontière qui sont nécessaires», a-t-il fait valoir.

Il a ajouté que le gouvernement fédéral serait présent «pour travailler avec les provinces pour instaurer les mesures qu’elles considèrent nécessaires pour décourager les déplacements et l’expansion de la COVID-19 à l’intérieur de leurs régions».

Mardi, pour éviter la propagation du virus, le premier ministre François Legault avait affirmé que le gouvernement évaluait présentement la nécessité de resserrer les contrôles sanitaires durant la semaine du congé scolaire, soit la dernière de février ou la première de mars, selon les régions.

Mercredi, la ministre Guilbault a précisé que plusieurs scénarios étaient envisagés, dont «le contrôle des allées et venues entre les provinces et à l’intérieur de la province».

Changement de ton

Contrairement à ce qu’elle avait affirmé la semaine dernière, la ministre a soutenu que la question de la disponibilité des ressources policières n’entrait pas en ligne de compte dans l’évaluation de la situation et des besoins.

«Les ressources ne seront jamais un enjeu», a-t-elle dit, ajoutant que si nécessaire d’autres types de professionnels pourraient prendre le relais des policiers pour assurer les contrôles routiers.

«Si la mesure est jugée nécessaire, on s’arrange pour la faire appliquer», a assuré la ministre, insistant pour dire que les ressources policières ne devaient pas orienter le processus décisionnel.

La semaine dernière, talonnée par l’opposition qui réclamait des barrages routiers pour freiner les déplacements entre zones rouges et orange, Mme Guilbault disait qu’il fallait se fier à «la bonne foi» des Québécois, en ajoutant que la Santé publique n’avait pas formulé de recommandation allant dans le sens d’ériger des barrages policiers.

Elle avait alors fait valoir que les policiers étaient déjà fort occupés à faire appliquer le couvre-feu et la quarantaine des voyageurs de retour au pays, et étaient donc moins disponibles pour effectuer d’autres tâches.

«Si on mettait des policiers pour faire des barrages, forcément, il y en aurait moins qui feraient autre chose en même temps. Il y a une question de ressources policières, mais il y a une question aussi de priorités d’actions pour nos policiers», affirmait-elle, rappelant que le Québec comptait 15 000 policiers. 

L’opposition réclame une décision claire

Les trois partis d’opposition ont réclamé que le gouvernement affiche ses couleurs clairement, sans aucune ambiguïté possible, pour que la population sache à quoi s’en tenir.

«Ce que je demande aujourd’hui, c’est d’éviter qu’il y ait de la confusion. Si ça prend des barrages, s’il faut éviter que les gens passent d’une région à l’autre, bien, qu’on le fasse, mais que ce soit clair, puis que ça ne soit pas dit: ‘Bien, on recommande fortement’. Non, non, on dit oui ou on dit non. Il faut que ce soit clair», a insisté la députée libérale Isabelle Melançon.

Même son de cloche du côté du Parti québécois. «Ce que je dis, c’est: prenez position, gouvernement du Québec», a commenté le député Pascal Bérubé. Selon lui, le gouvernement n’a pas encore tranché, «parce que c’est toujours ça avec la CAQ, ne pas déplaire à trop au monde».

Le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a émis l’avis que «le statu quo est impossible». À ses yeux, «on ne peut pas vivre une semaine de relâche sans qu’il n’y ait aucun contrôle, aucun encadrement des déplacements interrégionaux et j’inclus là-dedans les déplacements entre l’Ontario et les régions limitrophes au Québec».

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