Sénat: les démocrates croient à leurs chances dans des États rouges

WASHINGTON — Enthousiasmés par des collectes de fonds sans précédent, les candidats démocrates au Sénat croient maintenant à leurs chances dans des États qui semblaient jusqu’à présent imprenables, menaçant du fait même le contrôle républicain de la chambre.

En Caroline du Sud, le démocrate Jaime Harrison, qui affronte le sénateur Lindsay Graham, a fracassé des records quand il a annoncé dimanche avoir récolté 57 millions $ US lors du trimestre qui a pris fin en septembre.

Au Texas, MJ Hegar rapporte avoir engrangé 13 millions $ US pendant la même période pour sa campagne face au sénateur républicain John Cornyn.

Au Kentucky, un État rouge foncé, Amy McGrath fait état de chiffres solides face au leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell.

Et au Mississippi, Mike Espy annonce avoir récolté 4 millions $ US pour tenter à nouveau de détrôner la sénatrice républicaine Cindy Hyde-Smith.

La générosité des donateurs témoigne de l’énergie qui anime la base démocrate, qui espère non seulement évincer le président Donald Trump, mais aussi reprendre le contrôle du Sénat où les républicains détiennent une majorité de 53 contre 47. Le candidat démocrate Joe Biden aura besoin du Sénat pour mettre en oeuvre son programme, s’il gagne.

Certains candidats bien en vue au Sénat reçoivent tellement d’argent qu’ils pourraient manquer de temps pour tout dépenser. Cela pourrait avoir l’effet pervers de priver certains candidats moins connus des ressources dont ils auraient besoin pour avoir une chance de l’emporter.

Et puisqu’une bonne partie de l’argent provient de bienfaiteurs de l’extérieur de l’État, cela permet difficilement de juger des chances réelles d’un candidat, surtout dans les États rouges.

«Pour Jaime Harrison et Amy McGrath, l’argent peut vous acheter beaucoup de temps publicitaire à la télévision, a dit Josh Holmes, un stratège républicain et un conseiller de M. McConnell. Mais ils n’auront jamais assez d’argent pour acheter deux millions d’électeurs progressistes en Caroline du Sud et au Kentucky.»

Ces candidats ne voudront pas oublier l’histoire du représentant du Texas Beto O’Rourke, qui a été battu par le sénateur Ted Cruz après avoir engrangé 80 millions $ US en 2018.

M. Harrison pourrait bientôt se retrouver dans la même position. Les sondages le placent au coude à coude avec M. Graham, un des principaux alliés de M. Trump.

M. Graham dirige les audiences du comité sénatorial qui examine la candidature de la juge Amy Coney Barrett, que M. Trump souhaite nommer à la Cour suprême en remplacement de la juge progressiste Ruth Bader Ginsburg. Dans les jours qui ont suivi le décès de la juge Ginsburg, la plateforme de financement démocrate ActBlue a reçu plus de 100 millions $ US, dont une bonne partie est allée à M. Harrison.

Le gérant de la campagne de M. Harrison, Zack Carroll, a dit qu’il compte consacrer «chaque dollar reçu» à des publicités, à la mobilisation numérique et aux communications.

Mais le marché de la télévision est saturé et les occasions de dépenser autant d’argent de manière productive à seulement trois semaines du vote sont limitées.

«Je ne pense pas que Jaime Harrison peut dépenser 57 millions $ US au cours des deux prochaines semaines», mais ce n’est pas sa faute, a dit le sondeur démocrate Jefrey Pollock.

M. Pollock a ajouté que l’essentiel de l’argent ira à la publicité, à la mobilisation des électeurs et à d’autres dépenses, mais «à un moment donné ils vont commencer à envoyer l’argent ailleurs».

Au Kentucky, Mme McGrath lutte à contre-courant pour déloger Mitch McConnell. Elle n’a pas encore dévoilé ses plus récents chiffres, ce qu’elle doit faire d’ici jeudi, mais elle avait engrangé 47 millions $ US en date du 1er juillet.

Les démocrates répliquent qu’on ne peut jamais avoir trop d’argent. De plus, les succès retentissants de certains déforment la réalité de ce qui est vraiment nécessaire, disent-ils.

Certains républicains s’inquiètent. Les événements de cette année — notamment la pandémie, l’effondrement de l’économie et le diagnostic de COVID-19 du président — ont augmenté le nombre d’États où les courses sont serrées.

Même dans des États où les démocrates ne devraient avoir aucune chance, comme le Kansas, l’Alaska et le Mississippi, les républicains doivent augmenter leurs dépenses publicitaires pour répliquer à leurs adversaires, selon la firme Kantar/CMAG.

Au Kansas, par exemple, le groupe d’action politique Senate Leadership Fund devrait dépenser 14 millions $ US en appui au représentant républicain Roger Marshall, qui voit sa rivale démocrate Barbara Bollier dépenser quatre fois plus d’argent que lui.

Au Texas, par contre, M. Cornyn dépense plus que M. Hegar, ce qui devrait perdurer à moins d’une nouvelle entrée de fonds démocrates.

En Caroline du Sud, M. Harrison profite de la manne non seulement pour inonder les ondes de la télévision, mais aussi pour diffuser des annonces numériques qui attaquent les candidats des partis tiers, dans l’espoir de priver M. Graham de votes conservateurs.

Dans le Maine, où la sénatrice républicaine modérée Susan Collins affronte la démocrate Sara Gideon, le parti démocrate local a acheté des affiches «Trump Collins 2020» pour mettre en évidence les liens entre la sénatrice et le président. Cette course a aussi fracassé des records de financement, les deux camps devant récolter plus de 100 millions $ US.

Enfin, ses coffres bien remplis, Mme McGrath a acheté une campagne de dessins animés qui présente M. McConnell comme un citoyen de première classe de ces marais de Washington que M. Trump avait promis de drainer en 2016.

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