Services à la famille et à l’enfance : les Autochtones pris dans une dispute entre Québec et Ottawa

LAC-SIMON , Qc — En matière de services à la famille et à l’enfance, les communautés autochtones du Québec se retrouvent prises au milieu d’une dispute de compétences entre Québec et Ottawa.

Le 8 juillet dernier, le ministre fédéral des Affaires autochtones, Marc Miller, signait avec l’Assemblée des Premières-Nations un protocole d’entente qui, en vertu de la loi C-92, conférait pleins pouvoirs aux communautés en matière de famille et d’enfance.

Or, le gouvernement du Québec conteste la constitutionnalité de la Loi, affirmant que les services sociaux sont une compétence des provinces.

Responsable du dossier auprès du conseil de bande de Lac-Simon, près de Val-d’Or, Lucien Wabanonik fondait beaucoup d’espoirs sur la Loi C-92.

Il ne comprend pas l’attitude du gouvernement Legault. «Quand vient le temps de reconnaître une certaine autonomie aux Premières-Nations, François Legault met les freins», dit-il.

Les juristes consultés par les Autochtones assurent que ce dossier relève du fédéral, puisqu’il touche les Premières-Nations.

«On attend toujours, dit le conseiller de Lac-Simon. Le gouvernement croit qu’on veut un droit de veto, mais ce n’est pas ça du tout. On veut juste pouvoir s’occuper de nos jeunes.»

Drame de Wendake : «Évitable»

En Abitibi-Témiscamingue, les communautés Anishinabeg de Lac-Simon, Pikogan, Kitcisakik et Winneway se sont unies pour demander que leur soient délégués les services de protection de la jeunesse sur leur territoire. «Ça fait longtemps qu’on travaille pour récupérer des pouvoirs pour les communautés en matière de Jeunesse, mais ça n’avance pas vite», affirme Lucien Wabanonik.

Quelques avancées ont eu lieu avec la Direction de la protection de la jeunesse régionale (DPJ), mais encore là, les vrais pas de géant se font toujours attendre.

«Philippe Gagné (ex-DPJ de la région) a fait beaucoup pour comprendre nos réalités culturelles et nous permettre de gérer nos services Famille et Jeunesse, explique Lucien Wabanonik. Mais encore une fois, ça traînait au niveau politique.»

Lucien Wabanonik pose un jugement sévère sur ce qui s’est passé à Wendake. «Les petits seraient-ils encore vivants si les Premières-Nations avaient eu juridiction en matière de Jeunesse dans leurs communautés? Je pense que oui. Là, après trois signalements, la DPJ n’avait toujours pas agi dans le dossier. C’est dommage de dire ça, mais ces enfants-là sont des victimes innocentes des chicanes de juridiction entre Québec et Ottawa.»

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