Services de police autochtones: ce n’est plus le temps de discuter selon les chefs

OTTAWA — Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a déclaré que le gouvernement libéral travaillera à la création d’une loi pour garantir aux Premières Nations les services de police dont elles ont besoin et qu’elles méritent – mais des questions se posent quant aux raisons pour lesquelles ces travaux viennent tout juste de commencer.

Bill Blair a déclaré mardi soir au comité de la sécurité publique de la Chambre des communes qu’il avait récemment commencé à communiquer avec les dirigeants autochtones de tout le pays pour trouver la meilleure façon de transformer les services de police dans leurs collectivités.

Les libéraux ont promis de prendre des mesures concernant les services de police des Premières Nations il y a plus de six mois, d’abord dans la lettre de mandat que le premier ministre Justin Trudeau a adressée à Bill Blair en décembre, puis à nouveau en réponse aux manifestations des Autochtones contre le projet Coastal GasLink dans le nord de la Colombie-Britannique.

Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations Perry Bellegarde a déclaré que ce travail se faisait attendre depuis longtemps.

«Bien sûr, cela aurait dû commencer il y a longtemps», a-t-il déclaré mercredi.

«Mais maintenant, nous avons l’occasion de commencer à travailler avec eux pour que cela se fasse bientôt.»

Perry Bellegarde et les autres dirigeants autochtones espèrent profiter du moment alors qu’il y a de nombreuses demandes pour réformer la police dans la foulée d’incidents violents impliquant des Autochtones et des policiers à travers le Canada.

En février, au moment ou des barrages routiers et ferroviaires étaient installés à la grandeur du pays en soutien aux chefs héréditaires Wet’suwet’en, qui s’opposaient à un projet de pipeline en Colombie-Britannique, certains ont demandé si Ottawa devrait en faire plus pour étendre les services de police gérés par les Premières Nations afin de mettre fin aux affrontements.

Bill Blair avait alors averti que cette idée ne représentait pas une solution rapide pour résoudre les manifestations, notant que cette proposition nécessiterait des discussions «complexes» et longues.

Les changements à la façon dont les services de police fonctionnent nécessitent la participation et l’approbation des provinces et des territoires, car les questions de police opérationnelle relèvent de la compétence provinciale.

Le Programme des services de police des Premières Nations, créé en 1992 comme moyen d’améliorer le niveau et la qualité des services de police pour les collectivités, a permis de voir environ 60% des collectivités des Premières Nations et des Inuits être servis au moins en partie par une force policière dirigée par des Autochtones.

Mais Perry Bellegarde souligne que ce programme a longtemps souffert de déficits de financement. L’Assemblée des Premières Nations a fait pression pour que les services de police dirigés par les Premières Nations ne soient plus simplement un programme, mais qu’ils soient inscrits dans la loi.

«Il n’y a pas de base législative, leurs ressources financières sont insuffisantes et pourtant c’est ce dont nos membres ont besoin pour mettre en place un service de police. C’est inacceptable», a déclaré Perry Bellegarde.

«Nous allons maintenant profiter de cette occasion pour le faire et le faire correctement, et ensuite nous pourrons commencer à examiner les services de police communautaires du point de vue des Premières Nations, et c’est de cela qu’il s’agit: une police des Premières Nations considérée comme un service essentiel doté d’une base législative.»

L’Assemblée des Premières Nations demande également une révision de la Loi sur la Gendarmerie royale du Canada qui comprendrait l’octroi de plus de pouvoirs à l’organisme de surveillance civile des gendarmes. L’Assemblée veut également une politique de tolérance zéro pour l’usage excessif de la force au sein de la GRC et pour que les gendarmes portent des caméras corporelles pour accroître la transparence.

Le grand chef Stewart Phillip, président de l’Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique, a déclaré qu’il croit que la longue histoire de conflits entre la GRC et les Premières Nations, les Inuits et les Métis est arrivée à un point «au-delà de la réconciliation». Il a déclaré que la seule voie à suivre est celle qui permet à plus de communautés autochtones d’être responsables de leurs propres services de police.

Le grand chef Phillip a également souligné le rôle qu’avaient joué les agents de la GRC pour séparer les enfants de leurs familles et les emmener dans des pensionnats, où bon nombre d’entre eux ont été maltraités, négligés.

Il a fait écho aux appels de Perry Bellegarde pour légiférer sur les services de police autochtones au Canada et a dit qu’il croyait que les libéraux auraient dû passer à l’action plus tôt.

«Ils ont fait preuve de bon sens avec des notions progressistes sur la mise en œuvre des déclarations de l’ONU en ce qui concerne la police indigène, mais il y a très peu de suivi, s’il y en a. Et parmi les conséquences, il y a la mort de Chantel Moore, par exemple, ou des autochtones qui sont soit battus, soit morts aux mains de la police», a déclaré Stewart Philip mercredi.

Chantel Moore a été tuée par balle par la police au début du mois au Nouveau-Brunswick après qu’un policier d’Edmundston ait été envoyé à son domicile afin de s’assurer de son état de santé.

«Il s’agit d’une urgence nationale et elle doit être résolue. Assez parlé, nous devons prioriser cela», a déclaré Stewart Philip.

Dans un communiqué publié mercredi, la porte-parole du ministre Blair, Mary-Liz Power, a déclaré que le ministre «avait et continuera de s’entretenir avec les chefs des Premières Nations de tout le pays au sujet des incidents inquiétants qui se sont produits au cours des dernières semaines».

«C’est une priorité dans le mandat du ministre Blair d’élaborer conjointement un cadre législatif pour les services de police des Premières Nations, qui reconnaît les services de police des Premières Nations comme un service essentiel et garantit que les services de police reflètent mieux les collectivités qu’ils desservent», a déclaré Mary-Liz Power.

«Le ministre Blair travaillera également avec les collectivités intéressées pour accroître le nombre de personnes desservies par les services de police des Premières Nations.»

 

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