Sextortion: un avocat craint une hausse de «victimes blâmées»

HALIFAX — Un expert sur les questions de vie privée se dit inquiet de voir des cas de «victimes blâmées» après les récentes séries de sextorsion en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador.

Une anarque au sexe survient lorsqu’un individu se lie d’amitié avec leurs victimes sur les réseaux sociaux, obtient des photos ou des vidéos à caractère sexuel d’elles et menace de les partager si elles ne leur envoient pas de l’argent ou n’acquiescent pas à leurs demandes.

Jeudi, le détachement de la GRC de Terre-Neuve-et-Labrador a publié un communiqué afin de prévenir d’une anarque «qui sévit dans les réseaux sociaux». Il y a deux semaines, celui de la Nouvelle-Écosse avait lancé le même genre d’avertissement, disant avoir reçu six plaintes relatives à la sextorsion.

Le sergent d’état-major Royce MacRae avait alors rappelé que «si vous faites une vidéo ou prenez une photo avec un appareil muni d’une connexion Internet, il est possible que la vidéo ou la photo soit vue par n’importe qui» et que le seul moyen de se protéger est «ne jamais accepter une demande de devenir ami envoyée par une personne que vous ne connaissez pas».

David Fraser, un avocat au cabinet McInnes Cooper, rappelle que ce genre d’extorsion est particulièrement préjudiciable, car leurs auteurs se servent de la vulnérabilité de leurs victimes pour exercer un chantage contre elles.

Me Fraser dit connaître le cas d’une victime qui a perdu son emploi après que des photos intimes eurent été publiées sur les réseaux sociaux.

«J’ai été témoin que cela peut être totalement dévastateur, a-t-il ajouté. C’est une incroyable trahison. Chaque personne a une vie privée. Et ça, c’est quelque chose de vraiment intime. C’est aussi le genre de chose qu’on peut utiliser pour humilier quelqu’un.»

Selon lui, il n’a rien de honteux à être la victime d’une sextortion, même si cela de «leur apporte aucune consolation (de le savoir)».

Blâmer les victimes commence lorsqu’on leur dit qu’elles n’auraient pas dû envoyer des photos ou des vidéos intimes d’elles. Ce genre de mentalité n’aide pas les victimes. Le fardeau de l’acte est placé sur leurs épaules plutôt que sur celles des criminels.

«C’est comme prôner l’abstinence sexuelle à l’école: cela ne fonctionne pas. Tout ce qu’on parvient à faire, c’est d’accroître le malaise des victimes.»

Me Fraser se dit préoccupé de voir les victimes refuser de dénoncer leur bourreau de crainte d’être blâmées.

«Une grande partie du tort subi est d’ordre psychologique. Alors si en dénonçant le crime, on risque d’aggrave son état, ce n’est pas très avantageux.»