Six mois après son élection, le chef conservateur traverse une zone de turbulence

OTTAWA — Le combat pour remporter la direction de son parti pourrait n’être rien par rapport à ce qui attend le chef conservateur Erin O’Toole: garder ses troupes unies alors qu’il tente de conquérir des électeurs qui boudent le parti depuis quelque temps.

Le moral du caucus était bon, cette semaine, en raison d’une motion conservatrice qui a été adoptée par la Chambre des communes, reconnaissant un génocide contre les musulmans ouïghours en Chine. 

Mais les conservateurs sont toujours à la traîne contre les libéraux dans les sondages, et la cellule de crise libérale est en marche pour qu’ils restent dans cette posture.

Le point de vue belliciste des conservateurs sur la Chine constitue un point de démarcation entre M. O’Toole et le premier ministre Justin Trudeau. Ainsi, même si les conservateurs ont salué le vote de lundi comme une victoire pour les droits de l’homme, c’est aussi un gain pour eux.

Le fait que les députés libéraux, mais pas le cabinet, aient voté avec les conservateurs sur la motion souligne ce point, a fait valoir M. O’Toole après le vote.

«Le fait que M. Trudeau ne se soit même pas présenté pour rendre des comptes est un terrible signe de leadership», a-t-il soutenu.

Cette prise de position ferme sur la Chine était une promesse clé que M. O’Toole a faite dans sa candidature à la direction l’an dernier.

Des promesses en suspens?

Mais le respect de ses autres promesses est remis en question alors que le chef conservateur marque ses six mois à la tête du parti.

On craint qu’il revienne sur une promesse chère au cœur du parti, notamment dans l’Ouest: l’abrogation de la taxe fédérale sur le carbone.

Selon des députés qui n’étaient pas autorisés à discuter des délibérations du caucus, plusieurs membres sont inquiets de l’appui de M. O’Toole à un projet de loi libéral visant à réduire à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre du Canada d’ici 2050.

La plupart des experts en environnement et en économie disent qu’il est possible d’y arriver sans taxe sur le carbone, mais cela coûterait plus cher parce que les réglementations nécessaires pour atteindre l’objectif seraient finalement plus coûteuses.

La porte-parole du chef conservateur a assuré qu’il restait déterminé à supprimer la taxe fédérale sur le carbone. Or, M. O’Toole lui-même ne l’inclut plus dans les discours devant le grand public et il a refusé de répéter son engagement devant les journalistes la semaine dernière.

Une autre promesse phare, celle d’infliger des compressions à la CBC, est également dans l’air.

La porte-parole Chelsea Tucker n’a pas répondu directement cette semaine lorsqu’on lui a demandé s’il le ferait encore si les conservateurs gagnaient le pouvoir.

Tous les médias ont besoin d’un terrain de jeu équitable, a-t-elle indiqué dans un courriel.

«Les conservateurs sont déterminés à assurer la meilleure voie à suivre pour le secteur canadien de l’information.»

Les promesses concernant la taxe sur le carbone et les compressions à CBC ont été les éléments clés de la campagne à la direction de M. O’Toole, car il avait besoin de la base conservatrice à ses côtés pour gagner.

Une grogne grandissante

Mais comme il cherche maintenant à élargir l’attrait du parti, de nombreux membres du caucus expriment leur frustration relativement à son approche.

De récentes réunions ont été marquées par des tensions et des demandes de changement, ont témoigné plusieurs d’entre eux à La Presse canadienne.

À la base de la grogne: l’exclusion du député controversé Derek Sloan, une rétrogradation apparente de Pierre Poilievre à l’important poste de porte-parole en matière de finances et la frustration suscitée par le discours général des conservateurs auprès du public.

Dans certains cas, les députés ont publié leurs propres déclarations lorsque les lignes officielles du bureau de M. O’Toole ne correspondaient pas à leurs propres points de vue.

Les députés Rachael Harder et Jeremy Patzer ont publiquement critiqué les nouvelles mesures libérales limitant les voyages pour lutter contre la pandémie de COVID-19, les qualifiant de draconiennes et d’exagérées, tandis que le bureau d’Erin O’Toole a continué à lancer un appel à la compassion.

Pendant ce temps, certains députés considèrent que de se concentrer sur autre chose que les vaccins contre la COVID-19 représente un gaspillage d’énergie politique, dont le récent vote sur la Chine. D’autres soutiennent que l’accent de M. O’Toole sur les emplois ne signifie pas grand-chose sans idées pour avancer.

O’Toole tente de se définir

L’équipe du chef conservateur explique les mauvais sondages par l’impossibilité de se présenter devant un public en temps de pandémie, et elle a tenté de remédier à la situation avec des publicités.

Ces efforts visent également à définir Erin O’Toole avant que les libéraux n’offrent leur propre présentation.

Les deux partis se sont affrontés mercredi. Alors que M. O’Toole marquait ses six mois en tant que chef avec une nouvelle publicité le dépeignant comme un travailleur sérieux, les libéraux ont sauté sur une vidéo de sa course à la direction dans laquelle il suggère qu’il veut mettre le premier ministre dans des toilettes chimiques.

Le bureau de M. O’Toole a accusé les libéraux de vouloir détourner l’attention sur leur bilan.

Il y a d’autres signes d’une déconnexion émergeant entre M. O’Toole et au moins certains membres du caucus.

L’une d’entre elles porte sur un vote de la Chambre des communes sur l’interdiction des thérapies de conversion pour les gens remettant en question leur genre ou leur orientation sexuelle. M. O’Toole s’y oppose, mais il y aura un vote libre.

Les membres de son caucus qui s’opposent à l’interdiction organisent leurs propres réunions de stratégie pour encadrer leurs votes prévus, démarches qui incluent le chef de cabinet adjoint de M. O’Toole.

Et l’aile sociale conservatrice bien organisée du parti se prépare pour le congrès de mars des conservateurs.

Ses membres souhaitent obtenir rapidement des postes de délégués pour exclure des piliers des partis, ce qui pourrait leur permettre d’adopter des politiques controversées.

M. O’Toole a récemment déclaré que le portrait actuel des sondages n’a pas d’importance.

«Les conservateurs ont permis au Canada de traverser la dernière récession mondiale, mieux que tout autre pays, sans augmenter les impôts. C’est ce que nous allons faire», a-t-il soutenu.

«Et je pense que les sondages auront lieu le jour des élections, lorsque les Canadiens voudront choisir cet avenir solide.»

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