Six mois de prison pour un enseignant du secondaire coupable de voyeurisme

TORONTO — Un enseignant du secondaire en Ontario reconnu coupable en Cour suprême de voyeurisme pour avoir filmé en secret des élèves avec un stylo-caméra a été condamné à six mois de prison.

Le juge Andrew Goodman, de la Cour supérieure, a rejeté la recommandation de la défense, qui réclamait une peine avec sursis pour cette première offense; la Couronne demandait une peine de 12 à 18 mois de prison ferme. Le juge a estimé qu’un sursis serait contraire à l’intérêt public et qu’il fallait imposer une peine exemplaire pour une infraction «qui peut être qualifiée d’abus de confiance envers de jeunes adolescentes».

La police de London avait accusé Ryan Jarvis de voyeurisme pour des enregistrements réalisés en 2010 et 2011 alors que l’enseignant discutait avec 27 élèves de 14 à 18 ans. En novembre 2015, le juge Goodman avait qualifié son comportement de «moralement répugnant et professionnellement inacceptable». Il avait toutefois acquitté l’enseignant d’anglais au motif qu’il n’avait aucun but sexuel, même si les élèves étaient en droit de s’attendre au respect de leur vie privée à l’école.

Dans une décision partagée, la Cour d’appel avait ensuite exprimé son désaccord avec le juge Goodman, mais elle avait néanmoins confirmé l’acquittement d’octobre 2017 — pour les motifs inverses, toutefois. La Cour d’appel concluait que les enregistrements de la poitrine des étudiantes étaient manifestement sexuels, mais que les adolescentes n’étaient pas en droit de s’attendre au respect de leur vie privée à l’école.

La Cour suprême du Canada a conclu à l’unanimité, en février dernier, qu’une élève devrait être en droit de s’attendre à ne pas être filmée à son insu par un enseignant pendant de longues minutes. Le plus haut tribunal du pays a donc reconnu Ryan Jarvis coupable de voyeurisme et a renvoyé l’affaire au juge Goodman pour qu’il impose une peine.

En rendant sa peine, le juge a rappelé que des appareils photo, téléphones portables et autres appareils capables d’enregistrer des personnes à leur insu ou sans leur consentement sont omniprésents aujourd’hui. «À mon avis, cela augmente la nécessité de rappeler au grand public qu’il est inapproprié de prendre des images de personnes se trouvant dans des positions délicates — par exemple, des femmes portant un haut ample ou un décolleté», a soutenu le juge Goodman. «C’est ce que M. Jarvis a fait, à plusieurs reprises et avec ruse.»

Ryan Jarvis a perdu son permis d’enseigner en avril dernier après avoir été reconnu coupable de faute professionnelle par l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario.