Sklavounos refuse d’admettre son problème avec les femmes, selon l’opposition

QUÉBEC – Si le premier ministre Philippe Couillard choisit de réintégrer Gerry Sklavounos dans le caucus libéral, il devra affronter la colère des partis d’opposition, prompts à rejeter le député en raison de sa façon de se comporter avec les femmes.

Le retour attendu la semaine prochaine du député indépendant de Laurier-Dorion à l’Assemblée nationale crée un véritable malaise à Québec, particulièrement parmi les élues des partis d’opposition, nombreuses à croire qu’il n’a plus sa place au parlement.

Blanchi récemment d’une allégation d’agression sexuelle, l’ex-député libéral a aussi fait l’objet de diverses allégations à caractère sexuel provenant de jeunes femmes ayant travaillé à l’Assemblée nationale, stagiaires et pages. Aucune plainte formelle n’a été déposée, mais plusieurs témoignages anonymes dans les médias faisaient état de paroles, gestes et comportements déplacés du député, sans compter les invitations répétées avec insistance.

Conformément à la demande expresse du premier ministre, qui lui a indiqué que son retour dans l’équipe ne serait ni immédiat, ni automatique, et qu’il devait d’abord faire amende honorable, M. Sklavounos a pris la parole publiquement, jeudi à Montréal, pour s’expliquer sur son comportement passé et futur envers les femmes.

Invité à réagir, le premier ministre s’est contenté de dire qu’il devait d’abord prendre connaissance de la déclaration et consulter son caucus. La semaine dernière, il disait s’attendre à «une déclaration très forte, très sentie et très sincère» du député, pour envisager son retour au bercail.

Questionné à savoir s’il était au courant des rumeurs qui circulaient sur M. Sklavounos avant que des témoignages soient publiés dans les médias, M. Couillard est demeuré évasif, disant qu’il ne connaissait «aucun détail spécifique» de ce genre.

Quant à eux, la plupart des députés et ministres ont refusé de commenter la déclaration de leur ancien collègue, jeudi, et de dire s’ils étaient favorables ou non à son retour.

Comme plusieurs de ses collègues, la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, a dit qu’elle ne ferait «aucun commentaire sur la place publique».

Plus bavarde, l’opposition péquiste s’est montrée surprise et déçue par la déclaration du député, qui refuse selon elle de reconnaître ses manquements dans sa façon de se comporter avec les femmes.

«Lorsque le député de Laurier-Dorion nous dit qu’il est extraverti, volubile, passionné, spontané, ce n’est pas là la reconnaissance que nous nous attendions», a noté la whip de l’opposition officielle, la députée Carole Poirier, en point de presse.

Il blâme les femmes d’avoir mal interprété ses gestes ou ses propos, au lieu de se blâmer lui-même pour ses comportements déplacés, a renchéri la porte-parole péquiste en matière de condition féminine, la députée Mireille Jean.

«C’est toujours les autres qui étaient dans le tort et non pas lui», déplore-t-elle à propos de la position du député.

Il n’aurait donc pas rempli une des conditions du premier ministre pour renouer avec le caucus libéral: faire un examen de conscience sur ses rapports avec les femmes.

L’opposition péquiste ne croit donc pas qu’il puisse siéger comme membre du caucus gouvernemental, mais ne va pas jusqu’à demander sa démission.

Québec solidaire va plus loin et estime que M. Sklavounos n’a tout simplement plus la légitimité morale pour siéger à l’Assemblée nationale et représenter les électeurs de sa circonscription.

Gerry Sklavounos se conduit comme «un vieux mon’oncle cochon qui se trouve drôle», résume la députée solidaire Manon Massé, qui n’a pas du tout été convaincue par le témoignage de celui qui, dès la semaine prochaine, siégera juste à côté d’elle au parlement, s’il ne retourne pas dans le giron ibéral.

Selon elle, M. Sklavounos banalise la situation et réduit des comportements répréhensibles à des «jokes» sans conséquence.

Elle y voit la preuve que le député de Laurier-Dorion n’a pas compris les rapports de pouvoir et d’autorité qui peuvent interférer dans une relation de séduction entre un homme élu et une employée. Un élu, dit-elle, a davantage de privilèges et doit avoir davantage de responsabilités.

La Coalition avenir Québec (CAQ) parle d’un gâchis dû au manque de leadership du premier ministre. Selon la députée Nathalie Roy, le premier ministre a eu tort de ne pas avoir pris au sérieux les dénonciations, dès le départ.

Elle soutient qu’il aurait dû depuis des mois interroger le député sur ses agissements et commander des enquêtes sur les allégations publiées.

Sur le fond, à savoir si oui ou non le député devait remettre les pieds à l’Assemblée nationale et réintégrer le caucus libéral, la CAQ ne se prononce pas et renvoie la question au premier ministre.

«C’est à M. Couillard de mettre ses culottes et force est de constater qu’il ne les a pas mises depuis quatre mois», selon elle.