SMSN: les ressources doivent cibler les populations les plus vulnérables

MONTRÉAL — Les femmes qui continuent à boire et à fumer au-delà de leur premier trimestre de grossesse multiplient par douze leur risque de syndrome de mort subite du nourrisson (SMSN), prévient une nouvelle étude américaine.

Une experte montréalaise croit toutefois que ces résultats doivent être remis en contexte et qu’ils mettent surtout en relief l’importance de consacrer les ressources disponibles aux populations qui en ont vraiment besoin.

Les chercheurs ont étudié l’issue de quelque 12 000 grossesses à Cape Town, en Afrique du Sud, et dans cinq communautés américaines, dont deux réserves autochtones des Dakotas. Ces sites ont été choisis, admettent les auteurs dans un communiqué, en raison de leur prévalence élevée de consommation d’alcool prénatale et de SMSN.

«Ils ont enrôlé des mamans (…) dans des populations chez qui on connaît que le risque est beaucoup plus élevé de mort subite, a commenté la docteure Aurore Côté, une médecin de l’Hôpital de Montréal pour enfants qui est une sommité en matière de SMSN. Alors c’est sûr qu’il faut faire un peu attention parce que déjà, quand on regarde le taux de mort subite dans cette population-là, ils ont eu 28 décès. Ça donne 2,6 décès par 1000 patients — alors ça c’est (environ) 15 fois plus élevé qu’au Québec et c’est aussi plus élevé que la moyenne nationale aux États-Unis, qui est plus élevée qu’au Québec.

«Dans les populations moins à risque il y a moins de cigarettes puis moins d’alcool aussi, a-t-elle ajouté. On ne sait pas si ça aurait été 12 fois plus élevé dans des populations non à risque.»

Les chercheurs ont aussi constaté que les risques de SMSN étaient multipliés par cinq chez les mamans qui continuaient à fumer après le premier trimestre de grossesse, et par quatre chez celles qui continuaient à consommer de l’alcool.

Cibler les ressources

Cela étant dit, la docteure Côté estime qu’une telle étude, même si elle a été bien faite, illustre surtout l’importance de cibler les populations qui en ont le plus besoin avec les ressources disponibles.

«Ce que ça nous dit, c’est que quand on veut faire de grandes campagnes de santé publique, on sait que d’insister sur des facteurs qui ne sont pas importants ou pas très prévalents dans les populations, ça ne donne pas de résultats», a-t-elle lancé.

Elle cite en exemple tous les efforts qui sont consacrés à mettre les mamans en garde contre le fait de partager leur lit avec leur bébé — ce qu’on appelle parfois le «cododo» — alors qu’on sait que le risque du cododo est «minime, minime, minime» si la maman ne fume pas, qu’elle allaite et que l’enfant couche sur le dos.

«Alors toute cette énergie qui est mise sur le sommeil en sécurité, ne pas dormir avec son enfant, ne pas faire ci, ne pas faire ça, ce sont des choses qui ne fonctionnent pas, a déploré la docteure Côté. Ça a été prouvé parce qu’on s’adresse à un risque qui est extrêmement faible et souvent, à cause des bienfaits de l’allaitement qui favorise le cododo, les gens ne suivent pas les recommandations.»

La situation est évidemment différente si la maman dort sur le divan avec son bébé après avoir consommé de la drogue ou de l’alcool. Mais même dans un tel cas, poursuit l’experte, l’intervention doit être ciblée.

«Si vous avez une petite maman avec vraiment des conditions socioéconomiques faibles, elle couche avec son bébé même si elle est fumeuse et des fois elle prend de l’alcool, parce qu’elle n’a pas d’autre lit, c’est bien plus facile d’essayer de lui trouver un lit pour le bébé qu’elle met dans sa chambre que de lui dire, ‘tu couches pas avec ton bébé, un point c’est tout, c’est dangereux», a-t-elle illustré.

Donc, si on peut aider les parents avec des facteurs de risque qui sont potentiellement modifiables, si on peut par exemple les amener à réduire leur consommation de tabac et d’alcool, on obtiendra beaucoup plus de résultats qu’en s’attaquant à la population générale avec des politiques de santé publique et en consacrant tous les efforts à toutes les familles, a dit la docteure Côté.

«Ça renforce que si nos interventions sont faites pour diminuer le risque dans les populations à haut risque et qu’on est capable de travailler avec eux autres sur ça, on fait beaucoup plus de bien que de marteler de ne pas faire certaines choses qui sont à risque bas dans les populations à très bas risque», a-t-elle résumé.

«Comme les ressources sont limitées, nos efforts devraient être concentrés sur les populations où le risque est élevé de toutes sortes de morbidité et de mortalité, toutes sortes de causes.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées par EclinicalMedicine, une publication en ligne de The Lancet.

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