G7: l’Iran sera sans doute au menu des discussions, selon des diplomates

OTTAWA — La décision du président Donald Trump de retirer les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien sera sans doute au menu des discussions au prochain sommet du G7, le mois prochain, selon des diplomates européens.

La rencontre entre les leaders des sept puissances mondiales qui se tiendra à La Malbaie, dans la région de Charlevoix, risque de placer l’hôte, le premier ministre Justin Trudeau, dans une position peu enviable, puisqu’un autre sujet litigieux risque de revenir sur le tapis: le commerce.

Des ambassadeurs européens, qui participaient à un événement sur le sommet à venir, ont minimisé le risque que des fissures profondes se créent à la rencontre. Selon eux, il serait peu probable que les dirigeants forment un «G6» pour exclure les États-Unis.

Le club sélect des sept puissances est capable de mener des discussions franches, croient-ils.

Mardi, la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a dit regretter que les États-Unis prennent cette décision sur un accord «qui n’est pas parfait, mais qui a toutefois permis d’endiguer une menace réelle à la paix et à la sécurité internationale». Plusieurs autres alliés du Canada se sont dits déçus du retrait des États-Unis.

Ainsi, en ces temps de turbulences, Justin Trudeau pourrait avoir de la difficulté à imposer ses priorités.

«C’est évident que ce sera l’un des sujets qui seront discutés au sommet», a prédit Peteris Ustubs, l’ambassadeur de l’Union européenne au Canada, en faisant référence à la question iranienne.

Des discussions parfois inconfortables

M. Ustubs ne croit toutefois pas que ce soit une raison d’exclure les États-Unis du G7.

«Nous devrions arrêter de penser que le G7 est seulement un club pour des conversations confortables. S’il y a des conversations qui sont inconfortables, cela fait partie des conversations du G7», a-t-il indiqué.

L’Union européenne est un membre à part entière du G7, mais elle n’est pas comptée dans le «groupe des 7».

L’ambassadrice allemande au Canada, Sabine Sparwasser, a fait remarquer que cette rencontre donnait toujours l’occasion de débattre sur des sujets où tout le monde n’est pas nécessairement d’accord.

Kareen Rispal, qui représente la France au Canada, croit que le groupe saura surmonter les obstacles. «Nous ne pouvons exclure un État ou un pays qui ne partage pas notre point de vue», a-t-elle soutenu.

«Oui, il y a un risque qu’il y ait un communiqué à 6 contre 1, mais je crois que tout le monde tente d’éviter ce genre de situation parce que nous n’irions nulle part», a ajouté l’ambassadrice de la France, pays qui succède au Canada pour la présidence du G7 l’an prochain.

Le commerce, un sujet inévitable

Plus tôt dans la journée, Peter Boehm, sous-ministre pour le sommet du G7 et représentant personnel du premier ministre Justin Trudeau, disait anticiper que les dirigeants du G7 ne pourraient éviter de discuter des enjeux commerciaux à la rencontre.

Boehm n’a pas mentionné directement Donald Trump dans son discours, mardi, mais il a fait ces commentaires lors d’une conférence sur la politique étrangère du Canada, dans un contexte protectionniste aux États-Unis.

«J’ai bien peur que nous ne puissions éviter une discussion sur le commerce à Charlevoix», a-t-il déclaré lors de l’événement organisé par l’Institut canadien des affaires mondiales.

«Nous sommes au courant que c’est un enjeu litigieux au sein du G7, surtout avec, en toile de fond, les tarifs douaniers sur l’aluminium et l’acier et les négociations sur l’ALÉNA (l’Accord de libre-échange nord-américain).»

Bien que ces sujets divisent, il est plausible qu’ils puissent s’entendre sur l’idée de revitaliser l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a-t-il indiqué.

D’après Peter Boehm, le Canada et ses six partenaires doivent s’engager à travailler ensemble pour renforcer un système commercial mondial encadré par des règles, combattre le protectionnisme et promouvoir un libre-échange qui profite à tous.

La rencontre d’une journée, qui réunissait des experts de la politique étrangère, des diplomates et des universitaires à Ottawa, portait sur le positionnement du Canada dans un ordre international en pleine transformation.

Ce changement a été provoqué en grande partie par l’arrivée au pouvoir de Donald Trump qui, depuis son élection, s’en prend aux institutions multilatérales.

Une entente possible, selon Ambrose

L’une des discussions qui portait sur «l’effet Trump» avait comme panéliste l’ancienne ministre conservatrice Rona Ambrose, qui fait maintenant partie d’un comité consultatif non partisan sur la renégociation de l’ALÉNA.

Mme Ambrose a suggéré aux participants que les Canadiens ne pouvaient plus adhérer à la «notion romantique» selon laquelle le Canada et les États-Unis restent les meilleurs amis et alliés.

Cela dit, il est encore possible de parvenir à un accord qui plairait aux trois pays, a-t-elle martelé, ajoutant que le gouvernement libéral faisait tout en son pouvoir pour s’entendre avec l’imprévisible administration Trump.

Selon Peter Donolo, ancien directeur des communications de l’ex-premier ministre libéral Jean Chrétien, M. Trump sera satisfait de l’entente seulement si elle lui permet de déclarer une victoire sur toute la ligne.

«Il a besoin de démontrer qu’il a fait mordre la poussière à ses adversaires», a-t-il indiqué.

«Il définira son succès ainsi: « Nous avons gagné, nous avons beaucoup gagné. Le Canada et le Mexique mordent la poussière, ils sont finis, ils sont humiliés. »»