Sommet Legault-Ford: Trudeau prié d’accroître les transferts en santé

MISSISSAUGA, Ont. — Le Québec et l’Ontario unissent leur voix pour forcer la main au premier ministre Justin Trudeau en vue d’obtenir une hausse substantielle et récurrente des paiements de transfert en santé versés aux provinces chaque année.

La situation ne peut plus durer, a estimé en substance le premier ministre François Legault, calculant que Québec assumait 80 % de la facture des soins de santé, contre seulement 20 % par Ottawa. Dans le passé, le gouvernement fédéral a assumé jusqu’à la moitié des coûts en ce domaine.

Le Québec et l’Ontario avaient organisé un sommet de deux jours près de Toronto, mardi et mercredi, dans le but d’augmenter leur rapport de forces avec le gouvernement fédéral.

Les deux provinces les plus peuplées du Canada cherchent ainsi à créer un front commun interprovincial destiné à influencer les décisions financières prises à Ottawa et ayant un impact direct sur les provinces.

À cette fin, tous les premiers ministres des provinces se réuniront à Québec, les 24 et 25 septembre, sous le chapeau du Conseil de la fédération, pour jeter les bases de ce front commun. La rencontre sera présidée par le premier ministre Legault.

Ce sera l’occasion de préciser et chiffrer les demandes des provinces. 

En conférence de presse, mercredi après-midi, au terme de la rencontre, les deux premiers ministres ne tarissaient pas d’éloges l’un envers l’autre, s’appelant mutuellement «mon bon ami».

L’Ontario et le Québec sont deux provinces «plus près l’une de l’autre que jamais», a commenté le premier ministre Doug Ford. Unies, «rien ne peut nous arrêter», a-t-il dit, qualifiant le sommet de «rencontre historique».

Le but des deux premiers ministres consiste à relancer l’économie, mise à mal par la pandémie depuis six mois. Mais cette relance ne peut se faire sans un financement plus adéquat des services de santé, a plaidé M. Legault, rappelant que la facture en ce domaine augmentait de 5 à 6 % par année, sans donner plus de services, en raison du vieillissement de la population.

Pour l’ensemble des provinces canadiennes, la santé coûte 200 milliards $ par année, alors que le gouvernement fédéral n’assume que 42 milliards $ du total, soit environ 21 %, s’est désolé M. Legault.

Le premier ministre Trudeau «doit reconnaître qu’on ne peut pas continuer à partager la facture» dans une proportion de 80-20 %, a fait valoir M. Legault.

Ce dernier a insisté pour dire qu’il n’attendait pas d’Ottawa un montant sporadique, mais bien une nouvelle façon de financer la santé au pays, en tenant pour acquis que le fédéral accepterait d’assumer une part plus importante de la facture sur une base récurrente.

Et ce, «sans conditions» attachées à ces montants, a-t-il spécifié.

Des sommes additionnelles permettraient notamment d’embaucher plus de personnel dans le réseau.

En parallèle, l’Ontario et le Québec revendiquent plus de flexibilité de la part d’Ottawa dans l’application des programmes de financement des infrastructures, principalement dans le domaine très coûteux du transport en commun.

Bouches à 2 mètres 

Une photo montrant les deux premiers ministres trinquant autour d’une bière, mardi, a soulevé la controverse sur les réseaux sociaux, certains s’interrogeant à savoir si les deux chefs de gouvernement respectaient la consigne de distanciation et se conformaient à leur devoir de montrer l’exemple.

Mais le premier ministre Legault a répliqué à ses détracteurs pour dire que malgré les apparences, ils avaient respecté les consignes, selon lui.

«Nos bouches sont restées à plus de deux mètres», a-t-il commenté.

Sceptique, la porte-parole libérale en santé, la députée Marie Montpetit, a quand même tenu à rappeler que le premier ministre avait un devoir d’exemplarité et se devait d’être «irréprochable» en cette matière.

«Il ne peut pas, d’un côté, blâmer les Québécois et parler de leur serrer la vis et, de l’autre, poser des gestes qui ne respectent pas les consignes les plus élémentaires», a estimé Mme Montpetit. 

Une importante délégation accompagnait le premier ministre Legault à Toronto, où quatre ministres étaient aussi présents: Eric Girard (Finances), Christian Dubé (Santé et Services sociaux), Pierre Fitzgibbon (Économie et Innovation) et Sonia LeBel (Conseil du Trésor). François Bonnardel (Transports) devait être du voyage, mais il s’est placé en isolement, craignant alors avoir attrapé la COVID-19. Son test a été négatif.

Trudeau ne ferme pas la porte

En juillet, le premier ministre Trudeau avait annoncé qu’il réservait 19 milliards $, une somme non récurrente pour aider les provinces à affronter la pandémie et une éventuelle deuxième vague.

Initialement, en juin, M. Trudeau avait fixé la somme totale à 14 milliards $, mais les pressions de certaines provinces, dont le Québec, avaient fait monter les enchères jusqu’à 19 milliards $.

Mercredi, interpellé sur les demandes du Québec et de l’Ontario lors d’une conférence de presse sur un autre sujet, M. Trudeau a laissé la porte ouverte.

Il a rappelé qu’il avait versé récemment 19 milliards $ à l’ensemble des provinces pour la santé.

«Mais on va continuer d’être là et j’ai bien hâte d’entamer des discussions avec les premiers ministres des provinces et des territoires sur les prochaines étapes et les prochaines façons qu’on va pouvoir aider. Comme je dis depuis le début (de la pandémie), notre gouvernement sera là pour assurer la santé, la sécurité des Canadiens», a ajouté M. Trudeau, sans donner de détails. 

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