Souffrir des multiples symptômes de la «longue COVID», mais sans médecin de famille

VANCOUVER — La présidente de l’Association médicale canadienne exhorte le gouvernement fédéral à améliorer l’accès à un médecin de famille pour ceux qui ressentent encore de multiples effets de la COVID-19 et qui auraient besoin d’être référés à des spécialistes de plusieurs disciplines.

La docteure Ann Collins rappelle que les personnes aux prises avec des symptômes persistants et variés de la COVID-19 ont besoin d’un «médecin régulier» pour gérer leurs traitements, qui devront se poursuivre longtemps après la fin de la pandémie.

Au moins 10 % des patients atteints de la COVID-19 souffriraient de symptômes des mois après leur premier diagnostic, selon diverses études dans le monde. Ces gens qui souffrent de la «longue COVID» ressentent toujours des symptômes comme le «brouillard mental», l’anxiété et des conditions impliquant plusieurs organes, notamment le cœur et les poumons.

La docteure Collins admet que le réseau ne reconnaît pas trop encore la «longue COVID», probablement parce que certains patients présentent des symptômes similaires au syndrome de fatigue chronique, ce qui entraîne une frustration supplémentaire pour les patients qui sont coincés dans une lutte apparemment sans fin contre cette maladie.

«Ce qui me frappe, c’est que lorsque nous parlons de COVID, nous parlons de chiffres, de confinement et de décès, puis maintenant de vaccins. Mais nous ne passons pas beaucoup de temps à parler des gens qui sont malades.»

Peu de «cliniques post-COVID»

Shane Kinniburgh, de Woodstock, en Ontario, a été déclaré positif en octobre dernier. Quatre mois plus tard, lui, sa fille de trois ans et sa fiancée sont toujours aux prises avec une constellation de symptômes différents — mais ils n’ont pas de médecin de famille pour assurer le suivi de ce qui leur arrive.

«Lorsque j’essaie de prendre rendez-vous dans une clinique sans rendez-vous, je dois m’assurer qu’ils peuvent faire des consultations par téléphone ou par vidéo, parce que comme j’ai des symptômes, selon les règlements du gouvernement, je ne peux aller nulle part.»

Les symptômes de M. Kinniburgh, âgé de 40 ans, sont les pires dans sa famille: blocage cardiaque, urticaire, allergies alimentaires et sensibilité intense à la lumière du soleil. Lorsqu’il s’est retrouvé aux urgences avec des palpitations, il a été référé à un cardiologue. Quand il a commencé à avoir des migraines, il est retourné voir un neurologue qu’il avait consulté après une commotion cérébrale deux ans plus tôt. Mais c’est le «brouillard mental» qui est le pire. «Vous avez l’impression d’avoir 90 ans, avec une démence. Je pourrais littéralement entrer dans une pièce puis ne plus savoir qui je suis et où je suis.»

Des «cliniques post-COVID» ont ouvert en Colombie-Britannique et en Alberta et certains chercheurs ont mené des études pour mieux comprendre la maladie, mais les patients ne sont généralement vus que trois mois après l’apparition de leurs premiers symptômes.

Dans le budget 2021?

Dans ses demandes prébudgétaires, il y a un an, l’Association médicale canadienne avait déjà recommandé au gouvernement fédéral d’étendre les soins de première ligne, en particulier pour les populations défavorisées, rurales et vieillissantes souffrant de maladies chroniques. La docteure Collins explique aujourd’hui que la «longue COVID-19» a considérablement amplifié ce besoin.

L’association a demandé à Ottawa un engagement de financement de 1,2 milliard $ sur quatre ans pour établir des réseaux de soins de première ligne à travers le pays, sur la base de programmes réussis en Ontario, en Alberta et au Québec — comme les groupes de médecine familiale.

Or, le gouvernement libéral fédéral n’a pas déposé de budget au début de l’année dernière en raison de la pandémie et une date n’a pas encore été fixée pour dévoiler le budget 2021. Santé Canada n’a pas fourni d’information sur une augmentation prévue du financement spécifiquement pour élargir les initiatives de médecine familiale liées à la pandémie. Mais le ministère a souligné l’Accord sur la relance sécuritaire de septembre 2020 avec les provinces et territoires visant à redémarrer leurs économies. Cet accord prévoyait notamment une enveloppe de 700 millions $ pour soutenir des mesures telles que les tests et la recherche des contacts, en réponse à une future augmentation potentielle des cas de COVID-19.

Les données de Statistique Canada publiées en octobre dernier montrent que 14,5 % des Canadiens âgés de 12 ans et plus, soit environ 4,6 millions de personnes, n’avaient pas en 2019 de «fournisseur habituel de soins de santé» — généralement un médecin de famille. Les résidents du Québec étaient les plus défavorisés: 21,5 % n’avaient pas de médecin de famille. Les Ontariens et les Néo-Brunswickois étaient les plus chanceux au pays, avec respectivement 9,4 % et 10,2 %.

La docteure Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, rappelait lors d’une conférence de presse le mois dernier que la prestation des soins de santé était de compétence provinciale, mais que les Institut de recherche en santé du Canada appuyaient une meilleure compréhension de l’impact à long terme de la COVID-19. Elle soulignait par ailleurs que les médecins devaient reconnaître qu’on sait encore bien peu de choses sur la «longue COVID» et que «nous devons continuer à soigner et soutenir ceux qui ont été atteints».

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