Sprint final de la campagne pour un siège au Conseil de sécurité de l’ONU

OTTAWA — La campagne acharnée pour décrocher un siège au Conseil de sécurité des Nations unies a pris de nouvelles formes, cette année, avec l’entrée en scène massive de la COVID-19 à New York.

Pour l’ambassadeur du Canada aux Nations unies, Marc-André Blanchard, il a fallu se tourner rapidement vers des méthodes inhabituelles pour ces diplomates davantage habitués aux rencontres individuelles et aux dîners-causeries. On a plutôt mis à profit les pique-niques, les promenades, les rencontres dans la rue à l’extérieur des résidences officielles de ses collègues ambassadeurs — et même les balades à vélo dans les parcs de Manhattan.

Pendant ce temps, au siège des Nations unies, à peu près désert, un petit groupe de fonctionnaires est resté autour de Tijjani Muhammad-Bande, le diplomate nigérian qui préside actuellement l’Assemblée générale de l’ONU. M. Muhammad-Bande a élaboré un plan qui, espère-t-il, préservera les traditions électorales de l’ONU afin que les 193 membres de l’Assemblée générale puissent voter cette semaine en secret, en personne et en toute sécurité sanitaire.

Cette nouvelle réalité est la toile de fond du scrutin de mercredi pour octroyer deux sièges non permanents, d’une durée de deux ans, au sein de l’organe le plus puissant de l’ONU. Trois pays se disputent ces deux sièges représentant le groupe «Europe occidentale et autres»: le Canada, la Norvège et l’Irlande.

M. Muhammad-Bande a obtenu un accord unanime de l’Assemblée générale sur un plan qui verra les ambassadeurs voter en groupes restreints, une heure à la fois, à partir de 9 h mercredi matin. Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, qui est arrivé dimanche à New York, en voiture, de sa circonscription de Saint-Maurice-Champlain, déposera le bulletin de vote du Canada sur l’heure du midi.

Les deux vainqueurs auront besoin des deux tiers des voix — soit 129 chacun; si cela ne se produit pas au premier tour, la procédure recommencera jeudi.

«La course est serrée, a soutenu M. Champagne en entrevue. J’ai passé plus d’une centaine d’appels au cours des deux ou trois dernières semaines et j’ai parlé aux ministres des Affaires étrangères du monde entier, et ici également, en discutant avec les représentants permanents à New York, je sens un élan. Mais, évidemment, on doit demeurer prudent.»

Le travail sur le terrain à Manhattan

Avant la pandémie, le premier ministre Justin Trudeau avait assisté au sommet de l’Union africaine en Éthiopie et effectué une visite bilatérale au Sénégal, en février, pour faire campagne. Le gouvernement canadien avait aussi déployé les anciens premiers ministres Joe Clark et Jean Chrétien en Afrique et au siège de l’ONU à New York pour serrer des mains. Ottawa a aussi dépêché l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest dans les États arabes du Golfe et le sénateur indépendant Peter Boehm, ex-diplomate de carrière, au sommet des petits États insulaires du Pacifique.

M. Boehm était ambassadeur du Canada à Berlin en 2010 lorsque l’Allemagne et le Portugal ont coiffé au poteau le Canada la dernière fois qu’il a concouru pour un siège. Il estime que la clé, c’est «le travail sur le terrain à New York», et que ce travail a été bien mené par M. Blanchard. «Il est respecté, il est aimé», a soutenu l’ancien ambassadeur. Et la présence sur place du ministre Champagne, un «travailleur de terrain réputé», ne fera qu’aider la cause du Canada, a ajouté M. Boehm.

M. Blanchard est revenu le mois dernier à New York, en voiture, et bien qu’il ait passé beaucoup de temps à travailler depuis son appartement, il en est sorti régulièrement pour rencontrer ses collègues ambassadeurs afin de défendre le dossier du Canada. Il soutient que les petits pays apprécient les rencontres personnelles, car cela montre «que le Canada veut être la voix de ces pays au Conseil de sécurité».

L’ONU fonctionne malgré la crise

Le processus lui-même envoie un message au monde et à ceux qui critiquent l’institution, a aussi déclaré M. Muhammad-Bande: l’ONU, malgré tous ses défauts, continue malgré une pandémie qui a menacé les institutions démocratiques dans le monde.

M. Muhammad-Bande rappelle qu’à cause des nouvelles procédures sanitaires, le vote qui aurait pris une heure en prendra cinq mercredi. «Le problème principal est la mécanique: garantir que tout sera fait de manière à ce que personne ne remette en question la validité du processus.»

Et M. Muhammad-Bande croit qu’une fois les votes comptabilisés, le Conseil de sécurité amorcera un nouveau cycle diplomatique important. Les cinq membres permanents — les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et la Russie —, qui détiennent un droit de veto, ont très souvent été dans une impasse, aux conséquences parfois tragiques.

Le Canada fait campagne sur une plateforme visant à unir les cinq membres permanents pour aider à reconstruire le «monde post-pandémique», en s’engageant à tirer parti des neuf autres membres non permanents pour forger un consensus.