Ste-Justine: les visites à l’urgence pour santé mentale ont bondi pendant la pandémie

MONTRÉAL — Le nombre de visites effectuées à l’urgence de l’hôpital Sainte-Justine pour des raisons de santé mentale a bondi de près de 70 % pendant les vingt premiers mois de la pandémie, révèle une nouvelle étude.

Le phénomène était nettement plus marqué chez les filles que chez les garçons, précisent les auteurs de la recherche.

Plusieurs chercheurs montréalais, dont les docteurs Olivier Drouin et Nicholas Chadi du CHU Sainte-Justine, ont participé à ces travaux, qui ont porté sur toutes les visites effectuées à l’urgence de l’hôpital pédiatrique par des enfants de 5 à 17 ans entre les mois d’avril 2016 et de novembre 2021.

Ils ont constaté que le nombre mensuel moyen de visites à l’urgence pour des raisons de santé mentale a grimpé de 69 % pendant les vingt premiers mois de la crise sanitaire; cette hausse chutait légèrement, à 44 %, quand les données étaient ajustées pour les changements saisonniers.

Les filles étaient plus susceptibles que les garçons de se présenter à l’urgence en raison de préoccupations liées à leur santé mentale, mais aucune différence liée au statut socio-économique n’a été constatée.

Cette plus grande présence des filles est probablement attribuable à une multitude de facteurs, a dit le docteur Chadi.

«À la base, les filles se présentaient plus que les garçons pour des raisons de santé mentale, a-t-il souligné. Est-ce que c’est que les filles vont plus aller chercher des soins ou est-ce que ce sont les filles qui ont plus de détresse psychologique? Est-ce que la perte des activités sociales, des activités sportives, des activités parascolaires, a plus affecté les filles que les garçons? Je pense que ça entre aussi en jeu.»

Une autre composante importante est la montée en flèche du temps consacré aux écrans pendant la pandémie. Entrent alors en scène les médias sociaux, la comparaison aux autres et les troubles alimentaires, a dit le spécialiste, «et ça a été ressenti très fortement par les jeunes filles».

«On n’a jamais eu autant de jeunes hospitalisés pour des troubles alimentaires, a-t-il révélé. Dans les urgences, c’est incroyable, on a tellement de jeunes qui se présentent avec des idées, des tentatives suicidaires.»

Si l’utilisation des services et ressources en santé mentale a quelque peu fléchi pendant les premiers mois de la pandémie, a dit le docteur Chadi, cette utilisation a été «largement compensée, puis dépassée» par la suite.

Qu’il s’agisse de troubles anxieux, de troubles de l’humeur, de troubles alimentaires, de toxicomanie ou de négligence, «pour toutes ces conditions-là, ça s’est maintenu au-dessus des moyennes et des normales attendues pour tout le reste de l’année 2021», a dit le docteur Chadi, à qui la Société canadienne de pédiatrie a récemment décerné le prix Victor-Marchessault de défense des enfants.

«Je le vois un petit peu comme la pointe de l’iceberg parce que c’est certain que les services d’urgence dans un hôpital tertiaire (comme Sainte-Justine), ce sont les jeunes qui ont probablement une plus grande détresse, une plus grande souffrance, ou qui ont perdu l’accès à leurs services ou à leurs soins réguliers», a-t-il ajouté.

La pandémie a compliqué l’accès à des services comme les thérapeutes ou les psychologues, ce qui faisait de l’urgence la ressource la plus accessible, a expliqué le docteur Chadi.

«On avait quand même une augmentation dans les dix dernières années de troubles de santé mentale chez les jeunes et ça a été exacerbé par là pandémie, a-t-il dit en conclusion. Il faut absolument s’assurer qu’on est là pour soutenir nos jeunes, que ça soit au niveau des services en communauté, des soins de santé, dans les écoles… Il ne faut pas hésiter à continuer à trouver des solutions innovantes.»

Les conclusions de cette étude sont publiées par le journal médical Annals of General Psychiatry.

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